Ce passage poursuit : les Égyptiens furent des kelim (réceptacles) pour les miracles, un ''hessed, « la grande main », afin que le peuple craigne Hachem ; Israël, au grand intellect, n'a pas besoin de prodiges, le peuple aux petits mohin en a besoin. Rabbi Lévi Its'hak enseigne qu'auprès du Créateur il n'y a ni mesure : Il émana l'amour (Atsilout), puis Beria, Yetsira et Assia. À l'ouverture de la mer, la vitalité et les lettres retournèrent à leur racine et la mer se fendit d'elle-même ; « az » est le zayin élevé vers le alef, et le cantique s'écrit demi-brique sur brique, vide de lettres. Pessa'h est le premier hei, le monde de Beria.
Aussi : le cantique d'Égypte au féminin, celui de l'avenir au masculin par la seule joie ; une servante vit sur la mer ce que Ye'hezkel n'a pas vu ; « leimor » pour accroître la joie, et Hachem qui chante comme l'ombre
ולפי דברינו יתבאר על נכון, כי זה היה חסד גדול למצריים שהם היו כלים לניסי ה' שעל ידם נתקדש שמו הגדול והיו העם יראים את ה' מפחדו ומהדר גאונו. וידוע כי יד הגדולה הוא חסד ויד החזקה הוא משפט.
וזהו וירא ישראל את היד הגדולה אשר עשה ה' במצרים, כלומר החסד אשר עשה ה' במצרים שהחסד הוא היד הגדולה. ומפרש איזה חסד היה למצרים, ואמר הפסוק שהחסד הוא שהם היו (כלים שיראו העם את ה' שהיו כלים) שיהיו העם יראים את ה' ויאמינו בה', כלומר שהיו כלים להאמונה בה'.
והנה מי שהוא במדריגה גדולה אין צריך להאמונה והיראה עדות של ניסים ונפלאות כאשר ביארנו כמה פעמים, כי מי שיש לו שכל גדול רואה בחוש השכל מציאות הבורא ברוך הוא רק מי שיש לו מוחין קטנים צריך לניסים ונפלאות כדי להאמין בהבורא ברוך הוא ולירא מלפניו. וזהו וירא ישראל את היד הגדולה כו' ויראו העם את ה', קשה למה בתחילה אמר ישראל, ואחר כך העם.
אפס לפי מה שכתבנו יתבאר, כי ידוע כי ישראל הם אנשים הצדיקים אשר להם שכל גדול והעם המה האנשים פשוטים אשר להם שכל קטן וזהו וירא ישראל, המה האנשים אשר להם שכל גדול אשר אין צריכין להאמונה והיראה ניסים ונפלאות נמצא לגבייהו לא היה חסד למצרים בקריעת ים סוף רק שהם ראו את החסד שהיה למצרים מה שהם כלים לניסים ונפלאות שעל ידי זה העם אשר הם בקטנות השכל שהמה צריכין להאמונה והיראה הניסים והנפלאות יראו ויפחדו את ה' ויאמינו בה', נמצא היו המצרים כלים שהעם יראו את ה' והאמינו בה' ודו"ק:
Et selon nos paroles cela s'expliquera comme il faut : ce fut un grand 'hessed (bonté) pour les Égyptiens d'avoir été des kelim (réceptacles, instruments) pour les miracles de ה', car par eux Son grand Nom fut sanctifié et le peuple craignit ה', par effroi devant Lui et devant la splendeur de Sa majesté. Et il est connu que 'la grande main' est le 'hessed, tandis que 'la main forte' est le jugement (michpat).
Et c'est cela 'et Israël vit la grande main que ה' avait exercée contre l'Égypte' (Exode 14,31), c'est-à-dire le 'hessed que ה' fit en Égypte, car le 'hessed est 'la grande main'. Et le verset précise quel 'hessed il y eut pour les Égyptiens : il dit que le 'hessed est qu'ils furent (des kelim pour que le peuple craigne ה', qu'ils furent des kelim) pour que le peuple craigne ה' et croie en ה', c'est-à-dire qu'ils furent des kelim pour la foi en ה'.
Et voici : celui qui se trouve à un grand degré (madrega) n'a pas besoin, pour la foi et la crainte, du témoignage de miracles et de prodiges, comme nous l'avons expliqué plusieurs fois ; car celui qui possède un grand intellect voit par le sens de l'intellect l'existence du Créateur, béni soit-Il, tandis que seul celui qui a des mohin (cerveaux, états de conscience) petits a besoin de miracles et de prodiges pour croire au Créateur, béni soit-Il, et pour Le craindre. Et c'est cela 'et Israël vit la grande main, etc. et le peuple craignit ה', etc.' : il est difficile de comprendre pourquoi il dit d'abord 'Israël' et ensuite 'le peuple'.
Mais selon ce que nous avons écrit cela s'expliquera, car il est connu qu'Israël désigne les hommes justes, ceux qui ont un grand intellect, tandis que 'le peuple' désigne les hommes simples, ceux qui ont un petit intellect. Et c'est cela 'et Israël vit' : ce sont les hommes qui ont un grand intellect, qui n'ont pas besoin, pour la foi et la crainte, de miracles et de prodiges ; il se trouve donc qu'à leur égard il n'y eut pas de 'hessed pour les Égyptiens lors de l'ouverture de la mer des Joncs, sinon qu'eux virent le 'hessed qu'il y eut pour les Égyptiens, à savoir qu'ils furent des kelim pour les miracles et les prodiges, afin que par cela le peuple, qui est dans la petitesse de l'intellect et qui a besoin, pour la foi et la crainte, des miracles et des prodiges, craigne et redoute ה' et croie en ה'.
Il se trouve donc que les Égyptiens furent des kelim pour que le peuple craigne ה' et croie en ה' - et examine bien (ve-dok).
יש ליתן טעם למה השירה של עכשיו היא בלשון נקבה והשירה שלעתיד יהיה נאמר בלשון זכר. משום דהשירה שלעתיד לא תקבל משום דבר רק מחמת שמחה לבד על דרך שאמר מורי ורבי זצ"ל על פסוק (ישעיה סא, י) שוש אשיש כו', מה שאין כן השירה של מצרים קיבלה מן הנס של קריעת ים סוף:
Il y a lieu de donner une raison pour laquelle le cantique (chira) de maintenant est au féminin, tandis que le cantique de l'avenir sera dit au masculin (chir). C'est parce que le cantique de l'avenir ne recevra rien d'aucune chose, mais viendra uniquement de la joie seule, à la manière de ce que disait mon maître et mon rabbi, de mémoire bénie, sur le verset (Isaie 61,10) 'je me réjouirai grandement en ה', etc.' ; il n'en va pas de même du cantique d'Égypte, qui a reçu du miracle de l'ouverture de la mer des Joncs.
ויראו העם את ה' ויאמינו בה' ובמשה עבדו. פירוש, כי מחמת שבאו אז להשגה גדולה וראתה שפחה על הים מה שלא ראה יחזקאל והאמינו שיכול אדם לבא למדריגה כמו משה רבינו עליו השלום:
'Et le peuple craignit ה' et ils crurent en ה' et en Moché Son serviteur' (Exode 14,31). Explication : parce qu'ils parvinrent alors à une grande appréhension (hassaga, saisie des choses divines) et qu'une servante vit sur la mer ce que Ye'hezkel (Ezechiel) n'a pas vu, et ils crurent qu'un homme peut parvenir à un degré tel que celui de Moché notre maître, la paix soit sur lui.
אז ישיר משה ובני ישראל את השירה הזאת לה' ויאמרו לאמר (שמות טו, א). יש להבין דהא עיקר השמחה הוא בלב ואם כן מה צורך לדבר ולשיר בעת השמחה.
והענין הוא, דהשמחה שבלב היתה נפסקת לשעה או ליותר אבל כשהאדם מדבר דיבורים בעת שמחתו השמחה מתפעלת ונתרבה יותר ויותר. ולכן עם בני ישראל כשנקרע הים לפניהם רצו להרבות השמחה ולהשתעשע עם בוראם ושלא להפסיק על כן נכנסו לגדר הדיבור ושוררו לו בני אלים בכדי להרבות התענוג.
וזהו פירוש הפסוק אז ישיר כו' ויאמרו לאמר, רצה לומר שאמרו דיבורים בכדי לאמר יותר ויותר וזולת זה אין למלת לאמר הבנה דהא כולם אמרו והאיך שייך כאן לאמר לאחרים:
'Alors Moché et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique pour le Nom, et ils dirent, disant (leimor)' (Exode 15,1). Il y a lieu de comprendre : l'essentiel de la joie est dans le cœur ; s'il en est ainsi, quel besoin y a-t-il de parler et de chanter au temps de la joie ?
Or la chose est ainsi : la joie qui est dans le cœur se serait interrompue au bout d'une heure où davantage ; mais lorsque l'homme prononce des paroles au temps de sa joie, la joie s'excite et s'accroît de plus en plus. C'est pourquoi le peuple des enfants d'Israël, lorsque la mer se fendit devant eux, voulut accroître la joie et se délecter avec leur Créateur, et ne pas s'interrompre ; c'est pourquoi ils entrèrent dans le domaine de la parole et 'les fils des puissants Lui chantèrent', afin d'accroître le plaisir (taanoug).
Et telle est l'explication du verset 'alors chanta, etc. et ils dirent, disant' : il veut dire qu'ils prononcèrent des paroles afin de dire encore et encore ; sans cela le mot 'leimor' (disant) n'aurait aucun sens intelligible, car tous ont dit, et comment pourrait-il s'agir ici de dire à d'autres ?
או יאמר, כי בכל מקום אשר נמצא בתורתינו הקדושה מלת לאמר, כגון וידבר ה' אל משה לאמר, הענין הוא כך, שהרי התורה קדמה לעולם, ואם כן איך שייך בה ותמנע היתה פלגש (בראשית לו, יב) או שאר הספורי מעשיות קודם שנברא העולם. אלא ודאי האמת שכל התורה כולה שמותיו של הקדוש ברוך הוא והיו בה צרופי אותיות רזין וסודות נעלמים אשר לא שזפתן עין אלא שבהשתלשלותם לזה העולם השפל נתלבשו בלבוש עב וגם בסיפורי מעשיות.
אבל מי שחננו ה' דעה בינה והשכל ומגלה מסך העוורת מעל עיניו יראה בתורתו נפלאות. אמנם בני עליה המה מועטים ורוב בני עמינו מבינים התורה כפשטה.
וזהו וידבר ה' אל משה, רצה לומר שהדיבור היה אל משה בסגנון זה שהוא לאמר לעם בני ישראל ושיכלו לקבלה ולהבינה אל דלת העם אבל באמת התורה יש בה עוד דברים בגו רזין וסודות נעלמים. וזהו אז ישיר משה כו' ויאמרו לאמר, פירוש כי השירה עצמה יש בה סודות נעלמים אבל מה שאמרו הוא בבחינת לאמר, דהיינו שיבינו אף דלת העם:
Ou bien l'on dira : partout où se trouve dans notre sainte Torah le mot 'leimor' (disant), comme dans 'et ה' parla à Moché, leimor', la chose est ainsi. Car voici, la Torah a précédé le monde ; s'il en est ainsi, comment peut-il s'y trouver 'et Timna fut concubine' (Genèse 36,12), ou les autres récits d'événements, avant que le monde ne fût créé ?
Mais assurément la vérité est que la Torah tout entière est faite des Noms du Saint, béni soit-Il, et qu'il y avait en elle des combinaisons de lettres (tsiroufei otiot), des mystères et des secrets cachés que nul œil n'a aperçus ; seulement, en s'enchaînant (be-hichtalcheloutam, par la descente graduelle de degré en degré) jusqu'à ce monde inférieur, ils se sont revêtus d'un vêtement épais, et aussi de récits d'événements. Mais celui à qui ה' a fait grâce de savoir, d'intelligence et d'entendement, et de qui l'on ôte de dessus les yeux le rideau d'aveuglement, verra des merveilles dans Sa Torah.
Cependant les fils de l'élévation (benei aliya) sont peu nombreux, et la plupart des fils de notre peuple comprennent la Torah selon son sens simple (pchat). Et c'est cela 'et ה' parla à Moché' : il veut dire que la parole fut adressée à Moché sur ce mode, à savoir pour dire (leimor) au peuple des enfants d'Israël, de façon qu'ils puissent la recevoir et la comprendre, jusqu'aux plus humbles du peuple ; mais en vérité il y a encore dans la Torah des choses au-dedans, mystères et secrets cachés.
Et c'est cela 'alors chanta Moché, etc. et ils dirent, disant' : l'explication est que le cantique lui-même contient des secrets cachés, mais que ce qu'ils ont dit relève de l'aspect de 'leimor', c'est-à-dire que même les plus humbles du peuple le comprennent.
או יאמר, על דרך שבארנו במקום אחר, שעיקר התענוג והשמחה הוא שזכינו לעבוד את בוראינו בורא עולמות עליונים ותחתונים עד אין קץ וכל העולמות עובדים אותו שרפים וחיות ואופנים ואף על פי כן יעקב בחר לו יה, שיהיו עובדים אותו, ונמצא שהעבודה שאנו עובדים את בוראינו היא עצמה תענוג גדול לנו. וזהו אז ישיר משה ובני ישראל, ומפרש המקרא מה היה שירתם ושמחתם.
ואמר את השירה הזאת לה', פירוש על שזכו לאמר שירה לפני המקום. וזהו ויאמרו לאמר, רצה לומר שכל אמירתם היה על שזכו לאמר:
Ou bien l'on dira, à la manière dont nous l'avons expliqué en un autre endroit : l'essentiel du plaisir et de la joie est que nous avons mérité de servir notre Créateur, Créateur des mondes d'en haut et d'en bas jusqu'à l'infini ; et tous les mondes Le servent, serafim, hayot et ofanim (catégories d'anges), et malgré cela 'Yaakov, Il l'a choisi pour Lui, Ya' (Psaumes 135,4), afin qu'ils Le servent. Il se trouve donc que le service même par lequel nous servons notre Créateur est en lui-même un grand plaisir pour nous.
Et c'est cela 'alors chantèrent Moché et les enfants d'Israël', et l'Écriture précise quel fut leur cantique et leur joie. Et il dit 'ce cantique pour le Nom' : l'explication est que c'est sur le fait qu'ils ont mérité de dire un cantique devant le Lieu (ha-Makom, le Saint, béni soit-Il).
Et c'est cela 'et ils dirent, disant' : il veut dire que toute leur parole portait sur le fait qu'ils avaient mérité de dire.
או יאמר, דהנה חיבב את השביעית תחת כל השמים שהרי כל העולמות נבראו שבעה שבעה שבע ארצות שבע ימים שבע נהרות שבע רקיעים. והנה עליית העולמות הוא כשעולים למדת אי"ן אז יש להם עלייה יתירה שבמדה הזאת היא למעלה ממדות ועולם התענוג.
והאל"ף היא רומזת למדת אי"ן, כי הוא מלשון פלא כידוע. נמצא כשכל העולמות הם בסוד ז' עולים למדת אי"ן שהוא בסוד א' ומתרבה השמחה.
וזהו אז, פירוש הז' עולים לאז ישיר משה כו' שאז השמחה מתרבה:
Ou bien l'on dira : voici, Il a chéri le septième sous tous les cieux, car tous les mondes ont été créés par sept : sept terres, sept mers, sept fleuves, sept firmaments. Et voici, l'élévation des mondes a lieu lorsqu'ils s'élèvent vers la mesure du Ayin (אי״ן, le Néant) ; ils ont alors une élévation supplémentaire, car cette mesure est au-dessus des mesures (midot) et est le monde du plaisir.
Et le alef (אל״ף) fait allusion à la mesure du Ayin, car il est du langage de 'pelé' (פלא, merveille cachée - alef est fait des mêmes lettres que pelé), comme on le sait. Il se trouve donc que lorsque tous les mondes, qui sont dans le secret du ז (sept), s'élèvent vers la mesure du Ayin, qui est dans le secret du א, la joie s'accroît.
Et c'est cela 'az' (אז, alors) : l'explication est que le ז s'élève vers le 'az' de 'alors chanta Moché, etc.', car alors la joie s'accroît.
או יבואר אז ישיר משה ובני ישראל את השירה הזאת לה' ויאמרו לאמר. להבין הלשון שאמר ישיר ולא אמר שר.
נראה לפרש בעזרת השם, דהנה הבעל שם טוב אמר פירוש הפסוק (תהלים קכא, ה) ה' צלך, שהשם יתברך ברוך הוא מתנהג עם האדם גם כן כמו הצל. כמו שכל מה שהאדם עושה גם הצל עושה, כן הבורא ברוך הוא מתנהג עם האדם גם כן כמו שהוא עושה.
ונמצא כשישראל אמרו השירה בשעת גאולת מצרים אזי היה הקדוש ברוך הוא גם כן שר כביכו"ל את השירה הזאת. והנה ישיר לשון יפעיל הוא.
וכך פירוש הפסוק אז ישיר, כלומר שישראל פעלו בשירתם. את השירה הזאת לה', כלומר שהקדוש ברוך הוא כביכו"ל גם כן ישיר את השירה הזאת.
ויאמרו לאמר, שהיו אומרים שיאמר השם יתברך גם כן את השירה ודו"ק:
Ou bien l'on expliquera 'alors chanta (yachir) Moché et les enfants d'Israël ce cantique pour le Nom, et ils dirent, disant'. Il faut comprendre l'expression employée : il dit 'yachir' (il chantera) et non 'char' (il chanta).
Il apparaît qu'on peut expliquer, avec l'aide du Nom : voici, le Baal Chem Tov a donné l'explication du verset (Psaumes 121,5) 'ה' est ton ombre' - le Nom, qu'Il soit béni, béni soit-Il, se conduit lui aussi avec l'homme comme l'ombre : de même que tout ce que l'homme fait, l'ombre le fait aussi, ainsi le Créateur, béni soit-Il, se conduit lui aussi avec l'homme comme celui-ci agit. Il se trouve donc que, lorsque Israël dit le cantique au moment de la délivrance d'Égypte, alors le Saint, béni soit-Il, chanta lui aussi, pour ainsi dire (kivyakhol, si l'on peut s'exprimer ainsi), ce cantique.
Et voici, 'yachir' est de la forme hifil (forme causative du verbe). Et telle est l'explication du verset 'alors yachir', c'est-à-dire qu'Israël a agi par son cantique ; 'ce cantique pour le Nom', c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, lui aussi, pour ainsi dire, chante ce cantique. 'Et ils dirent, disant' : ils disaient que le Nom, qu'Il soit béni, dise lui aussi le cantique - et examine bien.
או יבואר, אז ישיר משה, כי הכלל זה הפסוק מרמז גם על עתיד וכן מבואר בדברי רבותינו ז"ל (סנהדרין צא:) והנראה על פי פירוש הפסוק (תהלים סח, כח) שרי יהודה כו' שרי בנימין כו', כי שבט יהודה ונחשון בן עמינדב הלכו תחילה לים כמאמר חכמינו ז"ל בפסוק (שם סט, ב) כי באו מים עד נפש, ואמרו זה המזמור והושיע להם ה'. והנראה כי זה שבאו שבט יהודה תחלה בים הוא מחמת שבטחו בה' שבוודאי יבקע להם את הים ועל ידי זה יאמרו שירה.
ונמצא בתחילה כשנכנסו להים היה בהם זה המחשבה שבוודאי ה' יבקע הים ויאמרו שירה. וזהו הרמז אז ישיר, דהיינו שבטוחין אנחנו שנאמר שירה ואחר כך אשירה כו':
Ou bien l'on expliquera 'alors chanta Moché' : la règle est que ce verset fait allusion aussi à l'avenir, et ainsi est-il expliqué dans les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie (Sanhédrin 91b). Et ce qui apparaît, c'est d'après l'explication du verset (Psaumes 68,28) 'les princes de Yehouda, etc., les princes de Binyamin, etc.' : car la tribu de Yehouda et Nahchon ben Aminadav entrèrent les premiers dans la mer, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie, sur le verset (ibid.
69,2) 'car les eaux sont venues jusqu'à l'âme', et ils dirent ce psaume et ה' les sauva. Et il apparaît que si la tribu de Yehouda entra la première dans la mer, c'est parce qu'ils avaient confiance en ה', qu'Il leur fendrait certainement la mer et que par cela ils diraient un cantique.
Il se trouve donc qu'au début, lorsqu'ils entrèrent dans la mer, il y avait en eux cette pensée que certainement ה' fendrait la mer et qu'ils diraient un cantique. Et telle est l'allusion 'alors il chantera (yachir)' : c'est-à-dire que nous sommes assurés que nous dirons un cantique ; et ensuite 'je chanterai (achira), etc.'
או יבואר, אז ישיר משה, ועיין ברש"י שר לא נאמר כו' אז עלה בדעתו לשיר שירה. לבאר דברי רש"י, הכלל כשאדם רואה גדולת הבורא אז יראה ורעד ופחד אחזתו ואי אפשר להיות לו אז תענוג כיון שהוא ביראה גדולה רק באמת אחר היראה השם יתברך משפיע כל הטובות וזה הוא התענוג.
ובאמת בעת שמשיג ורואה גדולת הבורא אז הוא מלא יראה ומתישב בלבו שאחר כך יגיע מזה תענוג גדול. והנה התענוג הוא בחינות שירה.
והנה בכאן כתיב ויראו העם את ה', ובשעת היראה אי אפשר להתענג מזה, רק שעולה על המחשבה שאחר כך יהיה מזה תענוג. וזה שפירש רש"י אז בשעת היראה עלה בלבו לומר שירה זו התענוג אחר היראה:
Ou bien l'on expliquera 'alors chanta Moché' - et vois dans Rachi : 'il n'est pas dit char (il chanta), etc. ; alors il lui vint à l'esprit de dire un cantique'. Pour expliquer les paroles de Rachi : la règle est que lorsque l'homme voit la grandeur du Créateur, alors la crainte, le tremblement et l'effroi le saisissent, et il lui est impossible d'avoir alors du plaisir, puisqu'il est dans une grande crainte ; mais en vérité, après la crainte, le Nom, qu'Il soit béni, déverse tous les biens, et cela est le plaisir.
Et en vérité, au moment où il appréhende et voit la grandeur du Créateur, il est alors plein de crainte, et il s'établit en son cœur qu'ensuite lui viendra de cela un grand plaisir. Et voici, le plaisir relève de l'aspect du cantique.
Et voici, il est écrit ici 'et le peuple craignit le Nom', et au temps de la crainte il est impossible d'en jouir : seulement, il monte à la pensée qu'ensuite il en viendra du plaisir. Et c'est ce que Rachi a expliqué : 'alors', au temps de la crainte, il lui vint au cœur de dire un cantique - c'est le plaisir qui vient après la crainte.
או יבואר, אז ישיר משה, הנה אצל הבורא ברוך הוא אין שום מידה ומדידה, כי הוא אין סוף רק עלה ברצונו הפשוט להיות אצלו מדת האהבה לאהוב את ישראל והאציל בחינות אהבה כמאציל מנר לנר וזה נקרא עולם אצילות, ואחר כן עלה ברצונו לברוא כל העולמות ויתגלה אלהותו בעולם זה נקרא עולם הבריאה. וזה היה קדומה במחשבה שיתגלה אהבתו בעולם, ואחר כך צייר במחשבתו כביכו"ל באיזה ציור יהיה העולם כדרך האומן כשנופל במחשבתו לעשות איזה דבר אבל עדיין הוא טמיר וגנוז במחשבתו באיזה ציור שיהיה רק עולה בדעתו לעשות דבר ההוא ואחר כך מצייר ציורין באיזה גוונין ואופנים יעשה אותם.
כן אצל הבורא ברוך הוא כביכו"ל שאחר כך עלה במחשבתו ציור לברוא את העולם. וזה נקרא עולם היצירה לשון צורה, ואחר כך הוציא מחשבתו מכח אל הפועל וברא את עולמו זה נקרא עולם העשיה שכבר בא הדבר לתכלית וגבול.
והנה גם אחר שנבררו בכל דבר ודבר שבעולם הקדוש ברוך הוא נותן בו חיותו וכל אחד ואחד מקבל חיות מאתו יתברך כמאמר זוהר הקדוש וכד אנת תסתלק כו', ונמצא בקריעת ים סוף שנגזר ונבקע מפני בני ישראל נתהוה הדבר מכח שחזר החיות שבים לשרשו למקור הכל נביעו דחיי עתה חזר אותו חיות לשורשו ואז ממילא נבקע כי נשאר בלי שום חיות:
Ou bien l'on expliquera 'alors chanta Moché' : voici, auprès du Créateur, béni soit-Il, il n'y a ni mesure ni mensuration, car Il est Ein Sof (l'Infini sans fin) ; seulement, il monta dans Sa volonté simple qu'il y ait auprès de Lui la mesure de l'amour, pour aimer Israël, et Il émana des aspects (behinot) d'amour, à la manière de celui qui allume une lampe à partir d'une lampe, et cela s'appelle le monde d'Atsilout (monde de l'émanation). Ensuite il monta dans Sa volonté de créer tous les mondes et que Sa divinité se révèle dans le monde, et cela s'appelle le monde de Beria (monde de la création).
Et cela fut antérieur dans la pensée, à savoir que Son amour se révèle dans le monde ; et ensuite Il dessina dans Sa pensée, pour ainsi dire, sous quelle figure serait le monde, à la manière de l'artisan lorsqu'il lui tombe dans la pensée de faire quelque chose, mais que cela demeure encore caché et enfoui dans sa pensée, quant à la figure que ce sera, et qu'il lui monte seulement à l'esprit de faire cette chose, et ensuite il dessine des figures, en quelles nuances et selon quelles modalités il les fera. Ainsi en est-il auprès du Créateur, béni soit-Il, pour ainsi dire : ensuite monta dans Sa pensée la figure pour créer le monde, et cela s'appelle le monde de Yetsira (monde de la formation), du langage de 'tsoura' (forme).
Et ensuite Il fit sortir Sa pensée de la puissance à l'acte et créa Son monde, et cela s'appelle le monde de Assia (monde de l'action), où la chose est déjà venue à son terme et à sa limite. Et voici : même après qu'elles furent créées, en chacune des choses du monde le Saint, béni soit-Il, met Sa vitalité (hayout), et chacune reçoit la vitalité de Lui, qu'Il soit béni, selon la parole du saint Zohar 've-khad ant tistalek, etc.' ('et lorsque Tu Te retires, etc.').
Il se trouve donc qu'à l'ouverture de la mer des Joncs, lorsqu'elle fut tranchée et fendue devant les enfants d'Israël, la chose advint du fait que la vitalité qui était dans la mer retourna à sa racine, à la source de tout, 'source des vies' (nevi'ou de-hayei) : maintenant cette vitalité retourna à sa racine, et alors elle se fendit d'elle-même, car elle resta sans aucune vitalité.
וזהו הרמז בפסוק אז ישיר משה ובני ישראל את השירה הזאת לה', דהיינו שהשירה היה על גודל הנס שנעשה להם שבחינה זאת היא בחינת מקבל שבו, דהיינו חיות שלו שמקבל תמיד מן המקור חזר לה' למקור הטבע ואז ממילא נבקע ולא היה בו חיות ולא נשאר חיותו לים. וזהו מרומז בתיבת א"ז, דידוע שזה שעלתה במחשבתו שנתגלה אהבתו וברא את עולמות זה נקרא אל"ף שעדיין היה מכוסה במחשבת הבורא ברוך הוא והיה טמיר וגנוז ולא נגלה עדיין , שאל"ף הוא אותיות פלא, ואחר כך כשנתגלה ויצא מכח אל הפועל במה שברא את עולמו מרומז על עולם העשיה שהוא סוף כל המדות זה נקרא זיי"ן כידוע ליודעי חן.
ולכך בשעת קריעת ים סוף שחזר הכל לשורשו כנ"ל, עלתה הזי"ן לאל"ף, דהיינו החיות שלו שכבר נתגלה ומקבל בכל עת מקדמות השכל ולכן הצירוף שלו הוא א''ז שנתעלה הזי"ן לאל''ף. ולכן השירה הזאת נכתב אריח על גבי לבינה, מפני שנסתלק החיות לשורשו.
וידוע שבכל דבר החיות שלו אותיות של אותו דבר, כי בדבר ה' שמים נעשו (תהלים לג, ו) והחיות הוא הדיבור של הבורא ברוך הוא שהאיר דיבורו בכל דבר והוא החיות שלו, דהיינו שאמר יהי אור (בראשית א, ג) והוי החיות של האור אותיות אור, הים יש לו חיות מדיבור שאמר הבורא ברוך הוא יקוו המים (בראשית א, ט) והאותיות הם החיות של כל הימים ולכן בקריעת ים סוף שחזר הכל לשורשו וחזרו האותיות לשרשם ונשאר הים בלא חיות ובטל במציאות ולכך השירה נכתבה אריח על גבי לבינה, דהיינו מקום פנוי מן האותיות לרמז על בחינת הנס שלו שנסתלקו האותיות לשרשם:
Et telle est l'allusion contenue dans le verset 'alors chantèrent Moché et les enfants d'Israël ce cantique pour le Nom' : c'est-à-dire que le cantique portait sur la grandeur du miracle qui leur fut fait, car cet aspect est l'aspect du recevant qui est en elle, à savoir que sa vitalité, qu'elle reçoit constamment de la source, retourna vers ה', vers la source de la nature ; et alors elle se fendit d'elle-même, car il n'y avait plus en elle de vitalité et sa vitalité ne resta pas dans la mer. Et cela est indiqué par allusion dans le mot 'az' (א״ז) : car il est connu que ce qui monta dans Sa pensée, à savoir que Son amour se révélât et qu'Il créât les mondes, s'appelle alef (אל״ף), car c'était encore couvert dans la pensée du Créateur, béni soit-Il, caché et enfoui, non encore révélé - car alef (אל״ף) est fait des lettres de 'pelé' (פלא, merveille cachée) ; et ensuite, lorsque cela se révéla et sortit de la puissance à l'acte par le fait qu'Il créa Son monde, ce qui fait allusion au monde de Assia, lequel est la fin de toutes les mesures, cela s'appelle zayin (זיי״ן), comme le savent ceux qui connaissent la science cachée.
C'est pourquoi, au moment de l'ouverture de la mer des Joncs, lorsque tout retourna à sa racine comme ci-dessus, le ז s'éleva vers le א, c'est-à-dire que sa vitalité, déjà révélée et qu'elle reçoit en tout temps, s'éleva vers l'antériorité de l'intellect (kadmout ha-sekhel) ; c'est pourquoi sa combinaison est 'az' (א״ז), le ז s'étant élevé vers le א. Et c'est pourquoi ce cantique est écrit 'demi-brique sur brique' (ariah al gabei levena, la disposition en briques du cantique dans le rouleau de la Torah), parce que la vitalité s'est retirée vers sa racine.
Et il est connu que, dans chaque chose, sa vitalité ce sont les lettres de cette chose même, car 'par la parole de ה' les cieux ont été faits' (Psaumes 33,6) ; et la vitalité est la parole du Créateur, béni soit-Il, qui a fait luire Sa parole dans chaque chose, et elle est sa vitalité : à savoir qu'Il dit 'que la lumière soit' (Genèse 1,3), et voici que la vitalité de la lumière ce sont les lettres de 'or' (אור, lumière) ; la mer, elle, tient sa vitalité de la parole par laquelle le Créateur, béni soit-Il, dit 'que les eaux se rassemblent' (Genèse 1,9), et ces lettres sont la vitalité de toutes les mers. C'est pourquoi, à l'ouverture de la mer des Joncs, lorsque tout retourna à sa racine et que les lettres retournèrent à leur racine, la mer resta sans vitalité et fut annulée dans son existence ; et c'est pourquoi le cantique fut écrit demi-brique sur brique, c'est-à-dire un espace vide de lettres, pour faire allusion à l'aspect de son miracle, savoir que les lettres se sont retirées vers leur racine.
וזהו הרמז ימינך ה' נאדרי בכח, שאז בזמן ההוא הראה הבורא ברוך הוא פנים שוחקות לכל העולמות וכולם היו ששים ושמחים באהבתו ובחסדיו הגדולים שנתגלו על בריותיו בשעת גאולת ישראל. אמנם אז הוצרך להתלבש במדת גבורה ואז היה מתלבש יחד אהבה וגבורה.
וזהו ימינך ה' נאדרי בכח, פירוש שהיה יפה ונאה להיות שני המדות יחד אהבה וגבורה, כי ימין הוא אהבה וכח הוא גבורה ולכן יום טוב דפסח ה' ראשונה, כי לפי מה שכתוב לעיל שבתחלה היה אצילות אצל הבורא עצמו כביכו"ל כמאציל מנר לנר ואחר כך בריאה ואחר כך יצירה ואחר כך עשיה. ואלו ארבעה רומזים לארבע אותיות משמו יתברך.
אצילות, על יו"ד. ה' ראשונה, על עולם הבריאה.
וא"ו, על יצירה. ה' אחרונה, על עשיה.
ולכן עתה שחזר הכל לשורשו ונסתלק החיות למקורו בפסח בשעת הנס שהיה שם שינוי טבע שנבקע הים ועלה חיות לשורשם לקדמות השכל מקום שעדיין מכוסה ומופלא לתחילת המחשבה שעלה במחשבתו יתברך שיתגלה אהבתו בעולם, דהיינו עולם הבריאה שהוא מרומז על ה' ראשונה ולכן יום טוב דפסח ה' ראשונה:
Et telle est l'allusion de 'Ta droite, ה', est magnifique en force' (Exode 15,6) : car alors, en ce temps-là, le Créateur, béni soit-Il, montra un visage riant à tous les mondes, et tous se réjouissaient et jubilaient de Son amour et de Ses grandes bontés (hassadim) qui se révélèrent sur Ses créatures au moment de la délivrance d'Israël. Cependant Il dut alors se revêtir de la mesure de guevoura (rigueur), et alors Il se revêtait ensemble d'amour et de guevoura.
Et c'est cela 'Ta droite, ה', est magnifique en force' : l'explication est qu'il était beau et seyant que les deux mesures fussent ensemble, amour et guevoura, car la droite est l'amour et la 'force' (koah) est la guevoura. Et c'est pourquoi la fête de Pessa'h correspond au premier hei (ה) du Nom.
Car selon ce qui est écrit plus haut, au commencement il y eut Atsilout auprès du Créateur Lui-même, pour ainsi dire, à la manière de celui qui allume une lampe à partir d'une lampe, et ensuite Beria, et ensuite Yetsira, et ensuite Assia. Et ces quatre font allusion aux quatre lettres de Son Nom, qu'Il soit béni : Atsilout, au youd (י) ; le premier hei (ה), au monde de Beria ; le vav (ו), à Yetsira ; le hei final (ה), à Assia.
C'est pourquoi maintenant, tout étant retourné à sa racine et la vitalité s'étant retirée vers sa source à Pessa'h, au moment du miracle où il y eut là un changement de la nature, la mer s'étant fendue et la vitalité étant montée vers sa racine, vers l'antériorité de l'intellect (kadmout ha-sekhel), lieu encore couvert et merveilleusement caché, jusqu'au commencement de la pensée, à savoir ce qui monta dans Sa pensée, qu'Il soit béni, que Son amour se révèle dans le monde - c'est-à-dire le monde de Beria, auquel fait allusion le premier hei (ה) - c'est pourquoi la fête de Pessa'h est le premier hei (ה).