Nos sages : avec quoi Avraham tuait-il les rois ? Il prenait de la poussière et elle devenait des flèches. Rabbi Lévi Its'hak y voit la midda du Ayin (ne reconnaître d'existence propre qu'au divin) : seul D.ieu peut dire « Moi », car la vitalité est une part de D.ieu. Avraham, « poussière et cendre », faisait que la vitalité se retire de ceux qui n'honorent pas le Maître de tout. Pourquoi « Ta royauté est une royauté de tous les mondes » répète-t-il malkhout ? Le yetser hara, fosse sans clarté, laisse le libre choix : la royauté ne convient que s'il y a opposition, puis que l'on serve d'une seule épaule ; le Nom béni laisse les nations s'exalter, alors Son nom grandit.
Aussi : une autre lecture de « Ta royauté » : seule la malkhout déjà contractée est saisie ; Moché ne peut à la fois guevoura et hassadim, Hachem sera avec lui ; le tsadik sait qu'aucune saisie n'est ultime
ועתה נבאר מאמר חכמינו ז"ל דשאלו לאליעזר עבד אברהם כד הוי אתי מלכי מזרח ומערב במאי הוה קטלי להו, והשיב להם שקל עפרא והוי גיריה. ולכאורה יפלא מאוד למה זרק עליהם עפר דוקא ולא שאר דברים.
אמנם יבואר בעזרת השם, ונשים לבבינו להבין במאי כיבש דוד המלך עליו השלום כל האומות ונקרב אל השכל, כי בעת עמדו במלחמה עם אויביו והוצרך לנצח אותם ודוד היה דבוק במדת האי"ן וידע שכל חיותו ותנועתו הוא חלק אלהות שבו וזה חיותו וכד אנת תסתלק וכו', ולית אתר פנוי מיניה והדבר שאין דבוק בו חלק אלהות אין בו חיות כמו שאמרנו על הפסוק (דברים לב, לט) ראו כי אני אני הוא, כלומר שאני הוא אני, כי כל האדם ושרף וחיות ואופנים אי אפשר לומר לשום אחד מהם על עצמו אני, שלשון אני מורה שיש בו ממשות ועצמיות, דהיינו בשעה שאומר אני צריך להסתכל על עצמו ויודע שעל מה אומר אני ומשמע שיש בו דבר יש השייך עליו לומר אני, כלומר זה הדבר ממש שאתה רואה הוא אני ובאמת על מה אומר אני, כי החיות שיש בו הוא הבורא ברוך הוא ועל זה אינו שייך לשון אני שלשון אני מורה על דבר שהוא שלו וזה החיות הוא חלק א-להי ממעל, וכיון שהחיות שלו הוא מהבורא ברוך הוא תו לא שייך לומר אני דכשיבטל החיות הוא כאין ואין בו כלום ועל מה אומר אני על דבר שאינו כלום, רק הקדוש ברוך הוא יכול להגיד על עצמו אני. וזה כוונת הכתוב ראו כי אני אני הוא, אני הבורא אצלי שייך לשון אני אבל זולתו עליונים ותחתונים לא שייך אצלם שיאמרו על עצמם לשון אני, כי על מה אומרים אני וזה מדת האי"ן ממש שידוע שחיותו הוא מהבורא ברוך הוא ולית אתר פנוי מיניה וזולת חיותו אינו כלום וכשמדבק במדה ההוא מדת האי"ן, רק שכל חיותו מהבורא ברוך הוא וכיון שהחיות הוא מהבורא ויודע שכל מה שברא הקדוש ברוך הוא לא ברא אלא לכבודו והדבר שאינו עושה לו כבוד אז הדין נותן שיסתלק החיות מאתו.
ולכן בשעה שהוצרך דוד המלך עליו השלום לנצח אויביו דבק עצמו במדת האי"ן דעיקר החיות מהבורא ברוך הוא וברוך שמו, וכיון דהחיות מהבורא והקדוש ברוך הוא לא ברא אלא לכבודו ולכן אלו הערלים הבאים עליו שאינם מכבדין אדון כל ממילא החיות נסתלק מאתם מחמת שהתעורר מדה הזאת כל מה שברא הקדוש ברוך הוא לא ברא אלא לכבודו. ובזה כבש אברהם אבינו עליו השלום ארבעה מלכים ששבו את לוט שדבק גם כן את עצמו במדת האי"ן והחיות דכל דבר הוא מהבורא ברוך הוא והוא לא ברא אלא לכבודו, ובזה היה כובש אותם שגרם שיסתלק חיותם מאתם.
וידוע דמדת האי"ן גבי משה רבינו עליו השלום היה המדה הזאת שאמר (שמות טז, ז) ואנחנו מה, ואצל דוד המלך עליו השלום נאמר ואנכי רמה ותולעה, ואברהם אבינו עליו השלום אמר (בראשית יח, כז) אנכי עפר ואפר. וזהו כוונת חכמינו ז"ל במאי הוי קטלי להו, והשיב שקיל עפרא ושדא עלייהו, כלומר שאוחז בידו מדת האי"ן שידע שהוא עפר ואפר וכל חיותו הוא חלק א-להי ממעל וכל מה שברא הקדוש ברוך הוא לא ברא אלא לכבודו, וממילא הוי גיריה, פירוש מחמת שדבוק במדת האי"ן גרם שיסתלק החיות מאתם כנ"ל וזהו שקיל עפרא והוי גיריה:
Et maintenant, expliquons le propos de nos sages, de mémoire bénie, qui rapportent qu'on demanda à Eliezer, serviteur d'Abraham : lorsque venaient les rois d'orient et d'occident, avec quoi les tuiez-vous ? Il leur répondit : il prenait de la poussière et elle devenait des flèches.
À première vue cela étonne fort : pourquoi jetait-il sur eux précisément de la poussière et non quelque autre chose ? Mais cela s'expliquera avec l'aide du Nom.
Appliquons notre cœur à comprendre par quoi le roi David, la paix sur lui, soumit toutes les nations, et rapprochons la chose de l'intelligence. Car lorsqu'il se tenait en guerre contre ses ennemis et qu'il lui fallait les vaincre, David était attaché à la midda (mesure, attribut) du Ayin (אין, le Néant : l'effacement de soi où l'on ne reconnaît d'existence propre qu'au divin), et il savait que toute sa vitalité et tout son mouvement sont la part de divinité qui est en lui, et que c'est là sa vitalité - et lorsque Tu Te retires d'eux, etc. - et il n'est point de lieu vide de Lui.
Et la chose à laquelle n'est pas attachée une part de divinité n'a pas de vitalité, comme nous l'avons dit sur le verset (Deutéronome 32,39) : voyez que Moi, Moi je suis Lui. C'est-à-dire que 'Moi' est Moi ; car ni l'homme, ni le séraph, ni les hayot, ni les ofanim (catégories d'anges) - il est impossible à aucun d'eux de dire de lui-même 'ani' (moi, je) ; car le terme 'ani' indique qu'il y a en lui une réalité consistante et une essence propre.
C'est-à-dire qu'au moment où il dit 'moi', il lui faut regarder vers lui-même et savoir à propos de quoi il dit 'moi' ; cela implique qu'il y a en lui quelque chose d'existant auquel il convient de dire 'moi', c'est-à-dire : cette chose même que tu vois, c'est moi. Mais en vérité, à propos de quoi dit-il 'moi' ?
Car la vitalité qui est en lui, c'est le Créateur, béni soit-Il, et à cela le terme 'moi' ne convient pas, car le terme 'moi' désigne une chose qui est sienne, alors que cette vitalité est une part de Dieu d'en haut. Et puisque sa vitalité vient du Créateur, béni soit-Il, il ne convient plus de dire 'moi' : car lorsque la vitalité cesse, il est comme néant et il n'y a rien en lui ; à propos de quoi dirait-il 'moi' ?
À propos d'une chose qui n'est rien ? Seul le Saint, béni soit-Il, peut dire de Lui-même 'Moi'.
Telle est l'intention du verset : voyez que Moi, Moi je suis Lui. Moi, le Créateur, à Moi convient le terme 'Moi' ; mais hormis Lui, aux êtres d'en haut et d'en bas il ne convient pas de dire d'eux-mêmes 'moi', car à propos de quoi le diraient-ils ?
Et c'est exactement la midda du Ayin : savoir que sa vitalité vient du Créateur, béni soit-Il, qu'il n'est point de lieu vide de Lui, et qu'en dehors de cette vitalité il n'est rien du tout ; et lorsqu'il s'attache à cette midda, la midda du Ayin, il sait seulement que toute sa vitalité vient du Créateur, béni soit-Il. Et puisque la vitalité vient du Créateur, et qu'il sait que tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il, Il ne l'a créé que pour Sa gloire, alors, pour la chose qui ne Lui rend pas gloire, la justice veut que la vitalité se retire d'elle.
C'est pourquoi, à l'heure où le roi David, la paix sur lui, dut vaincre ses ennemis, il s'attacha lui-même à la midda du Ayin, car l'essentiel de la vitalité vient du Créateur, béni soit-Il et béni soit Son nom ; et puisque la vitalité vient du Créateur et que le Saint, béni soit-Il, n'a créé que pour Sa gloire, ces incirconcis qui venaient contre lui et qui n'honoraient pas le Maître de tout, d'eux-mêmes la vitalité se retira d'eux, du fait qu'il avait éveillé cette midda : tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il, Il ne l'a créé que pour Sa gloire. Et c'est par cela qu'Abraham notre père, la paix sur lui, soumit les quatre rois qui avaient fait Lot captif : lui aussi s'attacha à la midda du Ayin, et la vitalité de toute chose vient du Créateur, béni soit-Il, et Il n'a créé que pour Sa gloire ; c'est par cela qu'il les soumettait, car il fit en sorte que leur vitalité se retire d'eux.
Et il est connu que la midda du Ayin, chez Moché notre maître, la paix sur lui, fut cette midda-là, lorsqu'il dit (Exode 16,7) : et nous, que sommes-nous ? Et chez le roi David, la paix sur lui, il est dit : et moi, je suis vermine et ver (cf.
Psaumes 22,7). Et Abraham notre père, la paix sur lui, dit (Genèse 18,27) : je suis poussière et cendre.
Telle est l'intention de nos sages, de mémoire bénie, dans 'avec quoi les tuait-il ?', et dans la réponse 'il prenait de la poussière et la jetait sur eux' : c'est-à-dire qu'il tenait en main la midda du Ayin, sachant qu'il est poussière et cendre, que toute sa vitalité est une part de Dieu d'en haut, et que tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il, Il ne l'a créé que pour Sa gloire ; et d'elle-même la poussière devenait ses flèches - explication : parce qu'il était attaché à la midda du Ayin, il fit en sorte que la vitalité se retire d'eux, comme ci-dessus ; et c'est là le sens de : il prenait de la poussière et elle devenait des flèches.
ועתה יבואר הפסוק (תהלים קמה, יג) מלכותך מלכות כל עולמים, למה כתיב לשון מלכות שני פעמים והוי ליה למיכתב מלכותך כל עולמים. ובעזרת השם מבואר לפי מה שכתבתי לעיל, דצריך כל אדם לדבק עצמו במדת האי"ן וכל חיותו מהבורא הכל ולמה ברא הקדוש ברוך הוא יצר הרע אשר הוא מסך מבדיל ביננו ובין הבורא ברוך הוא ואין אנו יכולים לעבוד בוראינו כראוי ולהבין ולהשכיל כי הוא חיינו וכד אנת תסתלק כו'.
אמנם כבר ידוע מה שאמרו חכמינו ז"ל (אבות פרק ו' משנה י"א) כל מה שברא הקדוש ברוך הוא לא ברא אלא לכבודו, שיש לדקדק דקאמר לא ברא אלא לכבודו דמשמע דיש עוד תכלית לומר בשביל זה ברא, כלומר דאלא שייך כשיש שני דברים לפנינו ונוכל לומר דהדבר הוא בשביל דבר אחד או לתכלית זה וכשמברר אחד מהם שייך לומר לא להשני אלא לזה, אבל כל מה שברא הקדוש ברוך הוא ליכא בו שום תכלית אחר רק זה התכלית לבד לכבדו ולהדרו ולפארו וכיון שזה לבד הוא התכלית ולא תכלית שני לא שייך לשון אלא:
Et maintenant s'expliquera le verset (Psaumes 145,13) : Ta royauté est une royauté de tous les mondes. Pourquoi le terme de royauté (malkhout) est-il écrit deux fois ?
Il aurait suffi d'écrire : Ta royauté, de tous les mondes. Et avec l'aide du Nom cela s'explique selon ce que j'ai écrit plus haut : tout homme doit s'attacher à la midda du Ayin, et toute sa vitalité vient du Créateur de tout.
Mais alors, pourquoi le Saint, béni soit-Il, a-t-Il créé le mauvais penchant (yetser hara), qui est un rideau séparant entre nous et le Créateur, béni soit-Il, de sorte que nous ne pouvons servir notre Créateur comme il convient, ni comprendre ni saisir qu'Il est notre vie, et que lorsque Tu Te retires, etc. ? Or il est déjà connu ce qu'ont dit nos sages, de mémoire bénie (Avot chapitre 6, michna 11) : tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il, Il ne l'a créé que pour Sa gloire.
Il y a là à examiner de près, car il dit 'Il ne l'a créé que (ela) pour Sa gloire', ce qui laisse entendre qu'il y aurait encore une autre finalité dont on pourrait dire : c'est en vue de cela qu'Il a créé. Autrement dit, le mot 'ela' (si ce n'est, sinon) ne convient que lorsque deux choses sont devant nous et que l'on peut dire que la chose est en vue de l'une ou en vue de telle finalité ; et lorsqu'on tranche en faveur de l'une d'elles, il convient de dire : non pour la seconde, mais pour celle-ci.
Or, dans tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il, il n'y a aucune autre finalité, seulement cette finalité unique : L'honorer, Le magnifier et Le glorifier ; et puisque celle-ci seule est la finalité et qu'il n'y a pas de seconde finalité, le terme 'ela' ne convient pas.
ועל פי זה יבואר, דהנה הרמב"ם ז"ל כתב במורה נבוכים, על מלת יוצר אור ובורא חושך, למה נאמר בחושך מלת בורא, כי אור הוצרך השם יתברך להיות יוצר אותו מה שאין כן החושך לא הוצרך להיות יוצר אותו רק להניח כמו שהיה ולא נתן בו בהירותו רק ראה שיסתלק הבהירות מאתו שלא יבוא הבהירות וממילא היה חושך וזה מלת בורא, לשון דבר ריק וחשכות שאין בו בהירות לשון בור ריק, וזה ובורא חושך עד כאן לשון הרמב"ם. ולכן היצר הרע נקרא בור, כי הוא חושך ואין בו בהירות.
והנה באמת עיקר כבוד המלך הוא כשיש בחירה לכבדו, דהיינו שיש ביד האדם אם לכבדו אם לאו ואף על פי כן הוא מכבדו זהו כבודו של מלך, מה שאין כן כשהמכבדו מוכרח לדבר ההוא לכבדו ואין בו בחירה אין זה כבודו ולכן היתה תכלית בריאת יצר הרע שיתרבה כבודו יתברך מחמת כי בחירה ביד הברואים ואף על פי כן כשיכבוש האחד יצרו הרע ויתחיל מקירות לבבו לכבדו ולהדרו ולעבדו שכם אחד זהו כבודו, מה שאין כן אם לא היה היצר הרע ולא היה בחירה ביד הברואים רק דעה אחד לא היה זו כבודו כל כך:
Et selon cela s'explique ce qui suit. Voici que Maimonide, de mémoire bénie, a écrit dans le Guide des égarés, à propos des mots 'Il façonne (yotser) la lumière et crée (bore) l'obscurité' : pourquoi, pour l'obscurité, est-il dit le mot 'bore' ?
Parce que la lumière, le Nom béni a dû en être le façonneur ; il n'en va pas de même de l'obscurité, dont Il n'a pas eu à être le façonneur, mais seulement à la laisser telle qu'elle était, sans lui donner de clarté ; Il a seulement fait que la clarté s'en retire et que la clarté n'y vienne pas, et d'elle-même il y eut obscurité. Tel est le mot 'bore' (בורא) : un terme qui désigne une chose vide et obscure, sans clarté en elle, de la langue de 'bor' (בור), la fosse vide ; et c'est là 'et crée l'obscurité'.
Fin des paroles de Maimonide. C'est pourquoi le mauvais penchant est appelé 'bor', fosse, car il est obscurité et il n'y a pas en lui de clarté.
Or, en vérité, l'essentiel de la gloire du roi tient à ce qu'il y ait un libre choix de l'honorer, c'est-à-dire qu'il soit au pouvoir de l'homme de l'honorer ou non, et que malgré cela il l'honore : voilà la gloire du roi. Il n'en va pas de même lorsque celui qui l'honore est contraint à cette chose de l'honorer et qu'il n'a pas de choix : ce n'est pas là sa gloire.
C'est pourquoi la finalité de la création du mauvais penchant fut que Sa gloire, béni soit-Il, s'accroisse, du fait que le libre choix est aux mains des créatures ; et malgré cela, lorsque l'un soumet son mauvais penchant et se met, du fond de son cœur, à L'honorer, à Le magnifier et à Le servir d'une seule épaule, voilà Sa gloire. Il n'en irait pas de même s'il n'y avait pas de mauvais penchant et que le libre choix ne fût pas aux mains des créatures, mais une seule inclination : ce ne serait pas Sa gloire à ce point.
וזהו כל מה שברא הקדוש ברוך הוא, דהיינו מה שהשם יתברך הניח דבר אחד להסתלק הבהירות ממנו והניח אותו בור וריק בחשכות. לא ברא, כלומר לא עשהו בור וריק בלא בהירות, דהיינו היצר הרע אלא לכבודו כנ"ל כדי שיתרבה כבודו יתברך כשיש בחירה ולכן שם תואר מלוכה לא שייך אלא כשיש דבר התנגדות ואף על פי כן אחר כך מטין שכם אחד לעבדו לפארו ולרוממו אז שייך שפיר שם תואר מלוכה, דהיינו כשיש בחירה.
מה שאין כן כשאין התנגדות ואין בחירה בידם להיות מתנגדים אז לא שייך שם תואר המלוכה ולכך השם יתברך מניח את אומות שיגביהו עצמם וישכחו שהם מקבלים חיותם מהבורא הכל שיסברו בדעתם שהם חשובים ויכולין להבדיל עצמם מאדון כל, כי אינו עולה בדעתם שהוא היוצר הוא הבורא ברוך הוא והם כולם כאין נחשבו שאם לא היה בידם הבחירה והוצרכו לעבוד הבורא ברוך הוא אז לא היה לכבוד המלך, מה שאין כן עתה שמרוממים עצמם ומנשאים בגיאות גדול ואומרים מי אדון לנו כדי שאחר כך בהיותם ברוממותם וגדולתם וגאוותם יתחיל להתגלות כבוד אדון כל אדונינו מלכינו עלינו ואז כשיראו כולם ונלוו כולם ואמרו בית יעקב לכו ונלכה באור ה' ונלכה אורחותיו, ויבינו כי הוא אדון כל והוא חיות כל החיים ומבלעדו אין בנו שום חיות וכולנו אפס וריק ותוהו אזי יתרבה ויתגדל שמו הגדול הגבור והנורא כנ"ל, כי מחמת הבחירה שיש התנגדות ואחר כך מתחילין כולם לפאר ולרומם אזי יש כבוד גדול:
Et c'est là 'tout ce qu'a créé le Saint, béni soit-Il' : c'est-à-dire ce que le Nom béni a laissé afin que la clarté s'en retire, et qu'Il a laissé fosse et vide dans l'obscurité. 'Il ne l'a créé' - c'est-à-dire : Il ne l'a fait fosse et vide, sans clarté, à savoir le mauvais penchant - 'que pour Sa gloire', comme ci-dessus, afin que Sa gloire, béni soit-Il, s'accroisse là où il y a libre choix. C'est pourquoi le titre de royauté ne convient que lorsqu'il y a une chose qui s'oppose et que, malgré cela, on incline ensuite d'une seule épaule pour Le servir, Le glorifier et L'exalter : alors le titre de royauté convient bien, c'est-à-dire lorsqu'il y a libre choix.
Il n'en va pas de même lorsqu'il n'y a pas d'opposition et qu'il n'est pas en leur pouvoir de s'opposer : alors le titre de royauté ne convient pas. C'est pourquoi le Nom béni laisse les nations s'élever elles-mêmes et oublier qu'elles reçoivent leur vitalité du Créateur de tout, de sorte qu'elles pensent en elles-mêmes qu'elles sont importantes et qu'elles peuvent se séparer du Maître de tout ; car il ne leur monte pas à l'esprit que c'est Lui le Façonneur, Lui le Créateur, béni soit-Il, et qu'elles toutes sont comptées pour néant.
Car si le libre choix n'était pas en leur pouvoir et qu'elles fussent contraintes de servir le Créateur, béni soit-Il, il n'y aurait pas là de gloire pour le Roi. Il n'en va pas de même maintenant, où elles s'exaltent et se haussent dans un grand orgueil et disent : qui est maître sur nous ?
Et cela afin qu'ensuite, alors qu'elles sont dans leur élévation, leur grandeur et leur orgueil, commence à se révéler la gloire du Maître de tout, notre Maître, notre Roi, sur nous ; et alors, lorsque tous verront et que tous se joindront et diront (cf. Isaie 2,5) : maison de Yaakov, venez et allons à la lumière de ה', et nous marcherons dans Ses voies - et qu'ils comprendront qu'Il est le Maître de tout, qu'Il est la vitalité de tous les vivants, que sans Lui il n'y a en nous aucune vitalité et que nous ne sommes tous que néant, vide et tohu - alors s'accroîtra et grandira Son nom, le grand, le puissant et le redoutable, comme ci-dessus.
Car du fait du libre choix il y a opposition, et lorsque ensuite tous commencent à Le glorifier et à L'exalter, il y a alors une grande gloire.
וידוע מה שכתוב בכתבי האר"י ז"ל וימלוך וימת, רצה לומר וימלך, מיד כשאדם מתחיל להתגאות ולנשא את עצמו זהו מיתתו עד כאן. הרי בזה שמתחיל להתגאות הנקרא מלוכה שממליך עצמו זו הוא מיתתו.
וזה מלכותך, כלומר אימת יכונה לך בשם תואר מלוכה מלכות כל עולמים, כלומר כשיהיה אצל העולמות גם כן מדת מלוכה, כלומר שיגביהו עצמם וימליכו וינשאו עצמם והיה בידם לעשות נגד רצונך ויסברו בדעתם שמקבלים חיותם מעצמם ולשכוח שהם באים מאפס ותוהו, כי כד אנת תסתלק וכו', רק ינשאו עצמם ואז כיון שיהיה אצלם גם כן מדת מלוכה לרומם עצמם ותהיה התנגדות נגד מלכותך לקבל עול מלכותך ואז כשתתגלה אליהם ויהפכו כולם לעם אחד ושפה אחת ויבער לבם לדבק באדון כל יוצר הכל וישליכו מאתם רוע מעלליהם וידעו כי רע ומר עזבם את ה' כי הוא אדון הכל וידעו כי טח עיניהם מראות עד עתה אז מכונה לך שם תואר מלוכה כנ"ל. וזה מלכותך מלכות כל עולמים, מלכותך, תואר שם מלוכה אליך כשתהיה מלכות בכל העולמות שהם יוכלו להמליך עצמם ולנשאות עצמם ומחמת התנגדותם יכונה לך שם תואר מלוכה עד כאן ודו"ק:
Et il est connu ce qui est écrit dans les écrits du Ari (Rabbi Its'hak Louria), de mémoire bénie, sur 'il régna... et il mourut' : cela veut dire 'vayimlokh', il se fit roi - dès l'instant où l'homme commence à s'enorgueillir et à s'élever lui-même, c'est là sa mort. Fin de citation.
Ainsi, le fait même de commencer à s'enorgueillir, ce qui est appelé royauté puisqu'il se fait roi lui-même, c'est là sa mort. Et c'est 'Ta royauté' : c'est-à-dire, quand le titre de royauté Te sera-t-il attribué ? 'Royauté de tous les mondes', c'est-à-dire lorsque se trouvera aussi chez les mondes la midda de royauté, à savoir qu'ils s'élèveront eux-mêmes, se feront rois et se hausseront, qu'il sera en leur pouvoir d'agir contre Ta volonté, qu'ils penseront en eux-mêmes recevoir leur vitalité d'eux-mêmes et oublieront qu'ils viennent du néant et du tohu - car lorsque Tu Te retires, etc. - et qu'ils ne feront que s'exalter.
Alors, puisqu'il y aura aussi chez eux la midda de royauté, pour s'exalter eux-mêmes, et qu'il y aura opposition à Ta royauté, à recevoir le joug de Ta royauté ; et qu'ensuite, lorsque Tu Te révéleras à eux, tous se changeront en un seul peuple et une seule langue, que leur cœur brûlera de s'attacher au Maître de tout, Façonneur de tout, qu'ils rejetteront loin d'eux la méchanceté de leurs actes, qu'ils sauront combien il est mauvais et amer d'avoir abandonné ה', car Il est le Maître de tout, et qu'ils sauront que jusqu'à présent leurs yeux étaient enduits et ne voyaient pas - alors Te sera attribué le titre de royauté, comme ci-dessus. Et c'est 'Ta royauté est une royauté de tous les mondes' : 'Ta royauté', le titre de royauté T'appartiendra lorsqu'il y aura royauté dans tous les mondes, c'est-à-dire qu'eux pourront se faire rois et s'exalter eux-mêmes, et c'est du fait de leur opposition que Te sera attribué le titre de royauté.
Fin, et comprends bien.
ובאופן אחר על פסוק (תהלים קמה, יג) מלכותך מלכות כל עולמים, הרצון מזה שמלכותך אינו מושג רק שהוא מלכות כל עולמים אבל לא שהוא מושג עד תכליתו, רצה לומר מדת מלכות אשר כבר נצמצם בעולמות ומה שלא נצמצם כלל בעולמות זה אינו מושג כלל:
Et d'une autre façon sur le verset (Psaumes 145,13) : Ta royauté est une royauté de tous les mondes. Le sens en est que Ta royauté n'est saisie qu'en tant qu'elle est royauté de tous les mondes, mais non qu'elle soit saisie jusqu'à son terme.
C'est-à-dire : la midda de malkhout (royauté), qui s'est déjà contractée (tsimtsoum) dans les mondes ; mais ce qui ne s'est nullement contracté dans les mondes, cela n'est point saisi du tout.
בפסוק מי אנכי כי אלך אל פרעה וכי אוציא את בני ישראל כו'. נראה לפרש על פי הפסוק (איוב כה, ב) עושה שלום במרומיו, כי מיכאל ממונה על המים וגבריאל על האש והקדוש ברוך הוא עושה שלום ביניהם כמבואר בגמרא.
נמצא מלאך הממונה על החסדים אין ביכלתו לפעול גבורות, כי אין מלאך אחד עושה שתי שליחות אבל הקדוש ברוך הוא כל יכול ובידו הכל המאחד כל נפרדים. וזה היה שאלת משה רבינו עליו השלום מי אנכי כי אלך אל פרעה כו', לפעול גבורה על המעשים שיש בהם עכשיו רק הקדוש ברוך הוא צפה על העתיד להיות וכי אוציא את בני ישראל ממצרים, לפעול חסדים גדולים.
והשיב לו השם יתברך כי אנכי אהיה עמך ודו"ק:
Sur le verset : qui suis-je pour aller vers Pharaon et pour faire sortir les enfants d'Israël, etc. (Exode 3,11).
Il semble qu'on puisse l'expliquer d'après le verset (Job 25,2) : Il fait la paix en Ses hauteurs. Car Mikhael est préposé à l'eau et Gabriel au feu, et le Saint, béni soit-Il, fait la paix entre eux, comme cela est expliqué dans la guemara.
Il s'ensuit que l'ange préposé aux hassadim (bontés, forces d'expansion) n'a pas le pouvoir d'opérer des guevourot (rigueurs, forces de retenue), car un seul ange n'accomplit pas deux missions ; mais le Saint, béni soit-Il, est tout-puissant, tout est en Sa main, et Il unifie tous les séparés. Telle fut la question de Moché notre maître, la paix sur lui : qui suis-je pour aller vers Pharaon, etc. - pour opérer la guevoura sur les actes tels qu'ils sont à présent ; seul le Saint, béni soit-Il, porte le regard sur ce qui adviendra dans l'avenir - et pour faire sortir les enfants d'Israël d'Égypte, pour opérer de grands hassadim.
Et le Nom béni lui répondit : car Je serai avec toi (Exode 3,12). Et comprends bien.
וזה לך האות כי אנכי שלחתיך כו'. דהנה בשיר השירים (א, ג) כתוב לריח שמניך טובים שמן תורק שמיך על כן עלמות אהבוך.
נראה לפרש בסייעתא דשמיא, וקודם נפרש הפסוק ואמרו לי מה שמו מה אומר אליהם ויאמר אהיה אשר אהיה כה תאמר לבני ישראל אהיה שלחני אליכם כו'. דהנה הצדיק העובד את השם יתברך צריך שידע בכל יום ובכל פעם שמשיג איזה השגה שיש עוד השגה מדריגה למעלה וזה שאינו משיגה אותה עדיין ושאין השגה זו שמשיג בתכלית השלימות שידע בכל פעם שאינו משיג וכשיבא גם להשגה זו ידע שיש עוד השגה לפני ולפנים ודבר זה אין לו סוף שכל מה שמשיג ידע שעדיין אינו בשלימות והמדריגה שלמעלה מזו צריך להשיגה ואינו משיג אותה עדיין וידע תמיד שאינו בשלימות ומה שחסר לו וכמאמר אליהו ז"ל בתיקונים ולית דידע בך כלל.
וזהו הוא המובחר בעבודת השם יתברך היודע תמיד שאינו עדיין בשלימות ומתאוה ומשתוקק לעלות במדריגה למעלה מזו. ושמעתי גם כן בשם הצדיק מורינו יחיאל ז"ל, שפירש הפסוק (תהלים כז, ד) אחת שאלתי מאת ה' אותה אבקש לחזות בנועם ה', בדרך זה.
שאחת שאלתי מאת ה' לחזות בנועם ה' אותה אבקש תמיד שאדע שיש מדריגה למעלה מזו וגבוה מעל גבוהים ואבקש תמיד לחזות בנועם ה' ולהשיג גם מדריגה זו, ואחר כך כשאשיג גם את זו אבקש עוד שאין לזה סוף עד כאן דבריו. ובזה הצדיקים מוסיפים והולכים בעבודת השם יתברך שנדמה להם תמיד שאינם עדיין בשלימות ויודעים תמיד בכל עת מה שחסר, דהיינו המדריגה שלמעלה מזו שאינם משיגים עדיין ובטוחים בהשם יתברך ובישועתו שידעו אורח חיים למעלה להשיג גם ההשגה שחסר להם עתה:
Et ceci sera pour toi le signe que c'est Moi qui t'ai envoyé, etc. (Exode 3,12).
Voici qu'il est écrit dans le Cantique des cantiques (1,3) : à l'odeur, tes parfums sont bons ; ton nom est une huile répandue, c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment. Il semble qu'on puisse l'expliquer avec l'aide du Ciel ; et d'abord expliquons le verset : et ils me diront, quel est Son nom ?
Que leur dirai-je ? Et Il dit : Ehye acher Ehye (Je serai qui Je serai) ; ainsi diras-tu aux enfants d'Israël : Ehye m'a envoyé vers vous, etc.
(Exode 3,13-14). Voici que le juste qui sert le Nom béni doit savoir, chaque jour et chaque fois qu'il atteint quelque saisie, qu'il existe encore une saisie d'un degré supérieur qu'il n'a pas encore atteinte, et que la saisie qu'il atteint n'est pas la perfection ultime ; qu'il sache chaque fois qu'il n'a pas encore saisi.
Et lorsqu'il parviendra aussi à cette saisie-là, qu'il sache qu'il existe encore une saisie plus intérieure encore ; et cette chose n'a pas de fin, car tout ce qu'il saisit, qu'il sache qu'il n'est pas encore dans la perfection, et que le degré qui est au-dessus de celui-là, il lui faut l'atteindre alors qu'il ne l'a pas encore atteint ; et qu'il sache toujours qu'il n'est pas dans la perfection et ce qui lui manque. Ainsi qu'il est dit au nom d'Élie, de mémoire bénie, dans les Tikounim (Tikouney Zohar) : et nul ne Te connaît aucunement.
Et c'est là le meilleur dans le service du Nom béni : celui qui sait toujours qu'il n'est pas encore dans la perfection, et qui aspire et désire ardemment monter à un degré supérieur à celui-là. Et j'ai entendu aussi au nom du juste, notre maître Yéhiel, de mémoire bénie, qui expliqua de cette manière le verset (Psaumes 27,4) : une seule chose j'ai demandée à ה', c'est elle que je recherche, contempler la douceur de ה'.
En ce sens : la seule chose que j'ai demandée à ה' est de contempler la douceur de ה', et c'est elle que je recherche toujours - que je sache qu'il existe un degré supérieur à celui-ci, et un haut au-dessus des hauts, et que je demande toujours à contempler la douceur de ה' et à atteindre aussi ce degré-là ; et ensuite, lorsque j'aurai atteint celui-là aussi, je demanderai encore, car cela n'a pas de fin. Fin de ses paroles.
Par là, les justes vont croissant dans le service du Nom béni, car il leur semble toujours qu'ils ne sont pas encore dans la perfection, et ils savent toujours, à chaque instant, ce qui leur manque, à savoir le degré supérieur à celui-là qu'ils n'ont pas encore atteint ; et ils ont confiance dans le Nom béni et dans Son salut, confiance qu'ils connaîtront le chemin de vie vers le haut, pour atteindre aussi la saisie qui leur manque à présent.