« Ce que Elokim va faire, Il l'a annoncé à Pharaon » (Berechit 41,25) : le Ramban objecte que l'interprétation de Yossef, sept années de famine, ne s'est pas accomplie. Selon Rabbi Lévi Its'hak, Yossef entend que si Elokim exécute son décret et qu'il ne se trouve pas de juste pour l'annuler, l'interprétation s'accomplira. Un juste peut annuler les années de famine, mais non les années d'abondance, car c'est un décret bon. « Et il le fit se tenir devant Pharaon » (Berechit 47,7) : « devant » au sens de « avant » Pharaon, car c'est lui qui conduira Pharaon.
Aussi : Yossef ha-machbir brise ceux attachés à la terre pour les élever ; il se rend étranger afin que ses frères ne peinent pas de l'accomplissement des songes ; croire qu'il craint Elokim rapproche le cœur et ils firent ainsi aussitôt.
מה שהקשה הרמב"ן האיך לא נתקיים הפתרון של יוסף שיהיה שבע שני רעב. נראה כי כך פתר החלום, את אשר א-להים עושה הגיד לפרעה, כלומר שבאם יעשה א-להים גזירתו ולא יהיה צדיק שיבטל אז יתקיים הפתרון.
וזה פירוש הפסוק על יהיו שבע שני הרעב הוא הדבר אשר דברתי אשר הא-להים עושה הגיד לפרעה, כלומר על שני הרעב יכול צדיק לבטל ולא שני שבע כי הוא גזירה טובה. וזהו ויעמידהו לפני פרעה (בראשית מז, ז) פירוש לפני קודם פרעה שהוא ינהג את פרעה:
Ce qu'a objecté le Ramban (Rabbi Moche ben Nahman, Nahmanide) : comment se fait-il que l'interprétation de Yossef, selon laquelle il y aurait sept années de famine, ne se soit pas accomplie ? Il semble qu'il ait interprété le songe de la manière suivante : 'ce que Elokim va faire, Il l'a annoncé à Pharaon' (Genèse 41,25) - c'est-à-dire que si Elokim exécute son décret et qu'il ne se trouve pas de juste pour l'annuler, alors l'interprétation s'accomplira.
Et telle est l'explication du verset : 'il y aura sept années de famine ; c'est la chose que j'ai dite : ce que Elokim va faire, Il l'a annoncé à Pharaon' (Genèse 41,27-28) - c'est-à-dire que les années de famine, un juste peut les annuler, mais non les années d'abondance, car c'est là un décret bon. Et tel est le sens de 'et il le fit se tenir devant Pharaon' (Genèse 47,7) : 'devant', au sens de 'avant' Pharaon, car c'est lui qui conduira Pharaon.
ויוסף הוא השליט הוא המשביר לכל עם הארץ (בראשית מב, ו). הענין, כי יש עם ה' ועם הארץ.
עם ה', אלו הצדיקים. ועם הארץ, אלו המדובקים לארץ וצריך לשבור אותם.
וזהו הרמז ויוסף הוא השליט המשביר, שמשבר אלו האנשים אשר הם צריכים עליות להעלות אותם ולקרות עם ה'. וזהו המשביר, לשון שבר.
לעם הארץ, לקרוא עם ה':
'Et Yossef, il était le gouverneur, c'est lui qui vendait le blé à tout le peuple du pays' (Genèse 42,6). Voici le sujet : il y a le peuple de ה' et le peuple de la terre (am ha-arets).
Le peuple de ה', ce sont les justes. Et le peuple de la terre, ce sont ceux qui sont attachés à la terre, et il faut les briser.
Telle est l'allusion de 'et Yossef, il était le gouverneur, celui qui vend le blé (ha-machbir)' : il brise ces hommes qui ont besoin d'élévations, afin de les élever et qu'ils soient appelés peuple de ה'. Et c'est le sens de ha-machbir, du même radical que chever, la brisure. 'Pour le peuple de la terre' - pour qu'ils soient appelés peuple de ה'.
או יאמר, ויוסף הוא השליט הוא המשביר, רצה לומר ויוסף הצדיק שרוצה להוסיף על ישראל רב טוב זה הוא השליט על הארץ לו ניתן הממשלה גם בעולם הזה, מה שאין כן ברשעים שרוצים להמעיט טובות מישראל ועינם צרה בטובת ישראל יוסר מהם הממשלה:
Ou bien on dira : 'et Yossef, il était le gouverneur, c'est lui qui vendait le blé' - il veut dire : Yossef le juste, qui veut ajouter (yossef, de la racine 'ajouter') à Israël un grand bien, celui-là est le gouverneur du pays, c'est à lui qu'a été donnée la souveraineté même en ce monde-ci ; il n'en va pas de même des méchants, qui veulent diminuer les bienfaits d'Israël et dont l'œil est mauvais devant le bien d'Israël : la souveraineté leur sera retirée.
ויבאו אחי יוסף וישתחוו לו אפים ארצה וירא יוסף את אחיו ויכירם ויתנכר אליהם (בראשית מב, ו-ז) . ויש להבין מה בא להשמיענו בזה שכתוב ויתנכר אליהם.
ונראה דהכתוב בא להשמיענו בזה צדקת יוסף הצדיק, כי הנה יוסף חלם לו שאחיו ישתחו לו כדכתיב (בראשית לז, ז) והנה אנחנו מאלמים כו', ואחיו לא רצו במלוכת יוסף עליהם, והנה דרך הטבע כשאדם מנצח את חבירו וזה יודע שהוא מנצח אותו, דהיינו שיודע שמזה האדם היה לו הנצוח אז ירע לו ויש לו עגמת נפש גדול אבל כשהוא מנצח ואין חבירו יודע ממי הוא מנוצח אז אין לו רע כל כך. והנה בכאן יוסף נצח את אחיו בקיום החלומות אשר חלם לו שאחיו ישתחו לו, ובאמת הם לא רצו בזה שיוסף ינצח אותם ויצטרכו להשתחות לו.
וזה היה צדקת יוסף הצדיק שבשעה שהשתחו לו ונמצא הוא נצח אותם אלו היו יודעים שזה שהשתחו לו הוא יוסף היה רע להם לכן יוסף הצדיק בשעה שהשתחו לו אחיו התנכר אליהם כדי שלא ירע בעיניהם על הניצוח שהוא מנצח אותם בקיום החלומות וידמו שהם משתחוים לאחר ובאמת יוסף הוא מלך ולא יהיה להם עצבות על השתחויה, כי יבינו שהם משתחוים למלך אחר. וזה שאמר הכתוב וישתחו לו וכו' ויכירם , שיהיה להם עגמת נפש.
ויתנכר אליהם, שלא יהיה להם עגמת נפש וצער על שהוא נצח אותם. ואפשר לומר שזה היה כוונת יוסף הצדיק שלא הודיע לאביו שהוא מלך ושהוא חי שיוסף ידע שיקוים החלומות אשר חלם לו על אחיו שיבואו וישתחו לו, ואלו היה מודיע לאביו והיו באים אחיו והשתחו לו היה להם צער מזה שנצח אותם, כי ידיעת אביו היה גם ידיעה להם לכן לא הודיעו לאביו כדי שלא יצטער את אחיו כדי שיבוא וישתחו לו ולא ידעו למי משתחוים וידמו שמשתחוים למלך אחר:
'Et les frères de Yossef vinrent et se prosternèrent devant lui, face contre terre. Et Yossef vit ses frères et il les reconnut, et il se rendit étranger à eux' (Genèse 42,6-7).
Il y a lieu de comprendre ce que l'Écriture vient nous enseigner en écrivant 'et il se rendit étranger à eux'. Il semble que l'Écriture vienne nous enseigner par là la droiture de Yossef le juste.
Voici : Yossef avait rêve que ses frères se prosterneraient devant lui, comme il est écrit (Genèse 37,7) : 'et voici que nous liions des gerbes' etc., et ses frères ne voulaient pas de la royauté de Yossef sur eux. Or il est dans l'ordre naturel des choses que lorsqu'un homme l'emporte sur son compagnon et que celui-ci sait qu'il a été vaincu - c'est-à-dire qu'il sait de qui lui est venue cette défaite -, alors il en souffre et en éprouve un grand chagrin ; mais lorsqu'on l'emporte sur lui et que le compagnon ignore par qui il a été vaincu, alors le mal n'est pas si grand pour lui.
Or ici, Yossef l'emporta sur ses frères par l'accomplissement des songes qu'il avait rêvés, à savoir que ses frères se prosterneraient devant lui ; et en vérité, eux ne voulaient pas que Yossef l'emportât sur eux ni avoir à se prosterner devant lui. Telle fut la droiture de Yossef le juste : à l'heure où ils se prosternèrent devant lui, de sorte qu'il se trouvait l'emporter sur eux, s'ils avaient su que celui devant qui ils se prosternaient était Yossef, cela leur eût été pénible ; c'est pourquoi Yossef le juste, à l'heure où ses frères se prosternèrent devant lui, se rendit étranger à eux, afin qu'ils ne prennent pas en mal la victoire qu'il remportait sur eux par l'accomplissement des songes, et qu'ils s'imaginent se prosterner devant un autre - et en vérité Yossef était roi, de sorte qu'ils n'auraient aucune tristesse de cette prosternation, car ils comprendraient qu'ils se prosternent devant un autre roi.
Et c'est ce que dit l'Écriture : 'et ils se prosternèrent devant lui' etc., 'et il les reconnut' - ce dont ils auraient eu du chagrin ; 'et il se rendit étranger à eux' - afin qu'ils n'aient ni chagrin ni peine de ce qu'il l'avait emporté sur eux. Et l'on peut dire que telle fut l'intention de Yossef le juste lorsqu'il n'informa pas son père qu'il était roi et qu'il était vivant : car Yossef savait que s'accompliraient les songes qu'il avait rêvés au sujet de ses frères, qu'ils viendraient et se prosterneraient devant lui ; et s'il avait informé son père, et que ses frères fussent venus et se fussent prosternés devant lui, ils en auraient eu de la peine, du fait qu'il les avait vaincus, car la connaissance qu'en aurait eue son père eût été aussi une connaissance pour eux.
C'est pourquoi il n'informa pas son père, afin de ne pas peiner ses frères, et afin qu'ils viennent et se prosternent devant lui sans savoir devant qui ils se prosternaient, s'imaginant se prosterner devant un autre roi.
ויאמר אליהם לא כי ערות הארץ באתם לראות (בראשית מב, יב). פירוש כיון שהם לא ידעו שהוא יוסף וסברו שהוא מצרי ורוצים להעלות הנצוצות הקדושים אשר בו וזה רע להם להגביה הנצוצות שבו לעבודת ה'.
לזה אמר כי ערות הארץ, ולא ארץ בלבד, רצה לומר הנצוצות שנפלו בקליפה שנקראת ערלה באתם לראות להגביה דהגבהה הוא ראיה שרואין האיך שאדון כל ברא הכל והתרעם עליהן על זה לפי דעתם שהוא מצרי. ולזה השיבו לו ויאמרו שנים עשר עבדיך אחים אנחנו כו' הנה הקטן את אבינו היום, פירוש שאחד מהשבטים איננו אתנו אי אפשר לנו להעלות ניצוצות כי אין בנו כח להעלות רק בצירוף כל השבטים שנים עשר שבטי י"ה וכיון שקטן את אבינו והאחד איננו חסר מצירוף י"ב שבטים ואי אפשר להעלות.
וגם עוד שאחד איננו נסתלקה שכינה כמאמר חכמינו ז"ל כ"ב שנים שפירש יוסף מאביו לא שרתה עליו השכינה וכיון שאין השכינה שורה אי אפשר להעלות ניצוצות אפס כשישרה אם ירצה השם במהרה שכינה עלינו אז בידנו להעלות נצוצות:
'Et il leur dit : non, mais c'est la nudité du pays que vous êtes venus voir' (Genèse 42,12). Explication : puisqu'ils ne savaient pas que c'était Yossef et pensaient qu'il était un Égyptien, ils voulaient élever les étincelles saintes qui étaient en lui - et il leur était pénible d'élever les étincelles qui sont en lui vers le service de ה'.
C'est pourquoi il dit 'la nudité (erva) du pays', et non 'le pays' seulement : il veut dire les étincelles qui sont tombées dans la kelipa (écorce, enveloppe impure ; pluriel kelipot), laquelle est appelée orla (prépuce) ; 'vous êtes venus les voir', pour les élever - car l'élévation, c'est la vision, en ce que l'on voit comment le Maître de tout a tout créé. Et il se plaignit d'eux à ce sujet, selon leur pensée à eux qu'il était un Égyptien.
C'est pourquoi ils lui répondirent et dirent : 'nous, tes serviteurs, sommes douze frères' etc., 'et voici, le plus jeune est aujourd'hui auprès de notre père' (Genèse 42,13). Explication : puisque l'une des tribus n'est pas avec nous, il nous est impossible d'élever les étincelles, car nous n'avons la force d'élever que par la réunion de toutes les tribus, les douze tribus de י-ה ; et puisque le plus jeune est auprès de notre père et que l'un d'entre nous n'est plus, il manque quelque chose à la réunion des douze tribus, et il est impossible d'élever.
Et de plus, du fait que l'un n'est plus, la Chekhina s'est retirée, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie : durant les vingt-deux années où Yossef fut séparé de son père, la Chekhina ne reposa pas sur lui ; et puisque la Chekhina ne repose pas, il est impossible d'élever les étincelles. Seulement, lorsque la Chekhina reposera sur nous, si le Nom le veut, promptement, alors il sera en notre pouvoir d'élever les étincelles.
ויאמר אליהם יוסף ביום השלישי זאת עשו וחיו את הא-להים אני ירא אם כנים אתם אחיכם כו' ואת אחיכם הקטן כו' ויעשו כן (בראשית מב, יח-יט). ויש לדקדק לפי הפשט את הא-להים אני ירא, הוי ליה לומר מקודם זאת עשו וחיו.
ותו מה שאמר הכתוב ויעשו כן, דמשמע שעשו מיד והלא הבאת בנימין היה אחרי כן אחר עלותם לאביהם וירידתם אחר כך למצרים בהסכמת אביהם ולשון ויעשו כן, משמע דמיד עשו כן. ונראה לי, דהנה זה הדרכה הנכונה לאדם בקום אדם עליו ידין אותו לכף זכות שעושה הכל למען יראת השם יתברך ועל ידי זה שאינו חושדו שעושה לו מחמת רשעת רק ביראת ה' מקרב לבבו אליו ואז ממילא יושג לו שלום מאתו כיון שלבבו נתקרב אליו.
וזה שאמר יוסף זאת עשו וחיו את הא-להים אני ירא, שעל ידי זה יהיה לכם חיות שממילא יתקרב לבבי עליכם על ידי שתאמינו שהא-להים אני ירא ואין אני בא חס ושלום עליכם ברשעות ומה שאני אומר לכם ואת אחיכם הקטן תביאו אלי, איני עושה מחמת שנאה ורשעות זה שאמר הכתוב ויעשו כן, שזה עשו מיד שהאמינו שהוא ירא א-להים ואינו עושה משנאה. ולזה נאמר מיד אחר כך בקרא אבל אשמים אנחנו על אחינו כו', שתלו הדבר בעצמם לא על ידי שנאתו אותם רק הוא ירא שמים והם הגורמים שבא להם זה:
'Et Yossef leur dit le troisième jour : faites ceci et vous vivrez, je crains Elokim. Si vous êtes sincères, que l'un de vos frères' etc., 'et votre jeune frère' etc., 'et ils firent ainsi' (Genèse 42,18-19).
Il y a lieu de s'interroger selon le sens simple : 'je crains Elokim' - il aurait fallu le dire avant 'faites ceci et vous vivrez'. De plus, ce que dit l'Écriture, 'et ils firent ainsi', laisse entendre qu'ils firent cela aussitôt ; or l'arrivée de Binyamin n'eut lieu qu'ensuite, après qu'ils furent montés chez leur père et qu'ils furent redescendus par la suite en Égypte avec l'accord de leur père - et l'expression 'et ils firent ainsi' laisse entendre qu'ils firent cela immédiatement.
Il me semble ainsi : voici, telle est la conduite droite pour l'homme - lorsque quelqu'un se dresse contre lui, qu'il le juge favorablement, en se disant qu'il fait tout cela pour la crainte du Nom béni soit-Il ; et par cela même qu'il ne le soupçonne pas d'agir envers lui par méchanceté mais par crainte de ה', il rapproche son cœur de lui, et alors la paix lui viendra d'elle-même de sa part, puisque son cœur s'est rapproché de lui. Et c'est ce que dit Yossef : 'faites ceci et vous vivrez, je crains Elokim' - par cela même vous aurez la vie, car mon cœur se rapprochera de vous dès lors que vous croirez que je crains Elokim et que je ne viens pas, à D.ieu ne plaise, contre vous par méchanceté ; et ce que je vous dis, 'et votre jeune frère, vous me l'amenerez', je ne le fais pas par haine ni par méchanceté.
C'est ce que dit l'Écriture : 'et ils firent ainsi' - cela, ils le firent aussitôt, car ils crurent qu'il craignait Elokim et qu'il n'agissait pas par haine. Et c'est pourquoi il est dit immédiatement après, dans le verset : 'mais nous sommes coupables au sujet de notre frère' etc.
(Genèse 42,21) - car ils imputèrent la chose à eux-mêmes, et non au fait qu'il les haïssait : lui est seulement un craignant-Ciel, et ce sont eux qui ont été cause que cela leur arrive.