Ce passage poursuit la parole d'Avimelekh : Its'hak, « béni de Hachem », a du contentement (na'hat roua'h) du bien qu'on lui a fait, car les tsadikim ne désirent détruire aucune chose. Rabbi Lévi Its'hak enseigne qu'Its'hak, la mesure de rigueur (midat ha-din), voulait bénir Essav, l'accusateur, et bénit Yaakov, les bienfaits d'Israël. Tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien : Il recouvre sa créance par le bien de l'homme, dans le caché, et Yaakov vient ainsi à l'insu d'Its'hak. Il tarde à le bénir pour que la mesure de rigueur pense que la bénédiction va à Essav et n'empêche pas.
Aussi : la paix avec Avimelekh, signe que les rois feront la paix avec Israël ; « il sera aussi béni », grande bénédiction pour l'avenir ; Essav réclame une bénédiction du côté de la kelipa
או יבואר, אם תעשה עמנו רעה כאשר לא נגענוך כו' אתה עתה ברוך ה'. נראה דטענות אבימלך היה דיצחק יעשה עמו טובות כאשר הוא גמל אתו טובות ולא נגע בו לרעה.
ולכאורה אין יצחק מחויב לגמול לו טובה על גמולו אותו טובה כיון שהשם יתברך היה עם יצחק היה אבימלך ירא ליגע בו לרעה שלא יהא גומל לנפשו רעה כמו שמצינו באבות שכל מי שנגע בהם לרעה יד ה' היתה בם להומם ולאבדם, אך אף על פי כן נמשך מהטובות שגמלו אבימלך נחת רוח ליצחק שאם היה נוגע בו לרעה היה ההכרח להשחיתם והצדיקים אינם חפצים בהשחתת שום דבר, כי מדעת קונם יש בהם וכל מי שגומל לצדיקים טובות גורמים שיבא עליהם גם כן טובות ובזה דעת צדיקים נוחה שיבואו ברכות על ידיהם לעולם. וזה שאמר אבימלך אם תעשה וכו', כאשר לא נגענוך וכאשר עשינו עמך רק טוב וכו', אתה עתה, פירוש גם אתה גומל אותנו טוב ולא רעה שלא תאמר כי אנחנו היו מוכרחים לעשות עמך טוב, דהיינו מתיראים שלא לכוות בגחלתך, לזה גומר ברוך ה', פירוש אף על פי כן יש לך נחת רוח מהטוב שגמלנו לך ולא רעה שאתה נקרא ברוך ה' שמקבל רק ברכות מהשם יתברך לעולם ואינו מקבל שום רעה מלמעלה להעניש שום אדם בסיבתו, כי כן דרכיהם של צדיקים ומחמת זה גופא מהראוי להטיב עמנו:
Ou bien on l'expliquera ainsi : 'si tu nous fais du mal, alors que nous ne t'avons pas touché etc. ; toi, maintenant, tu es béni de ה'' (Genèse 26,29). Il semble que la revendication d'Avimelekh était qu'Its'hak lui fasse du bien, comme lui-même lui avait fait du bien et ne l'avait pas touché en mal.
Or, à première vue, Its'hak n'est pas tenu de lui rendre un bienfait pour le bienfait qu'il lui a fait : puisque le Nom béni était avec Its'hak, Avimelekh craignait de le toucher en mal, pour ne pas se faire du mal à lui-même, comme nous trouvons chez les Patriarches que quiconque les touchait en mal, la main de ה' était sur lui pour le briser et le perdre. Néanmoins, du bien qu'Avimelekh lui a fait il est résulte un contentement (na'hat roua'h) pour Its'hak : car s'il l'avait touché en mal, il aurait fallu les détruire, et les justes (tsadikim) ne désirent la destruction d'aucune chose, car ils ont en eux la connaissance de leur Créateur ; et quiconque fait du bien aux justes fait aussi venir sur eux des bienfaits, et en cela la pensée des justes est satisfaite, que des bénédictions viennent au monde par leur entremise.
Et c'est ce que dit Avimelekh : 'si tu fais etc., comme nous ne t'avons pas touché et comme nous n'avons agi envers toi qu'en bien etc.' ; 'toi, maintenant' - c'est-à-dire : toi aussi tu nous rends du bien et non du mal. Et pour que tu ne dises pas que nous étions contraints d'agir en bien envers toi, à savoir par crainte de nous brûler à ta braise, il conclut : 'béni de ה'' - c'est-à-dire : malgré cela tu as du contentement du bien que nous t'avons fait et non du mal, car tu es appelé 'béni de ה'', celui qui ne reçoit du Nom béni que des bénédictions pour toujours et ne reçoit d'en haut aucun mal permettant de punir quiconque a cause de lui ; car telles sont les voies des justes, et pour cette raison même il convient que tu nous fasses du bien.
ויעש להם משתה ויאכלו וישתו וכו' וילכו מאתו בשלום (בראשית כו, ל-לא). נראה, כי כל מעשה אבות היא בשביל הבנים שבזמן גלותם לא ימאסו ולא יגעלו כאשר דרכו בזה הקדמונים קדושי עליון הרמב"ן ז"ל ובעל הטורים בענין הבארות עיין שם.
ומעתה אפשר לנו לומר בזה מה שהשלים אברהם אבינו עליו השלום ויצחק אבינו עליו השלום עם אבימלך בזה שאף על פי שישראל יהיו בשעבוד אומות ומלכים יהיו מלכים משלימים עם ישראל לעשות רצונם כמו שהיה כאן שהשלים אבימלך עם אברהם אבינו עליו השלום ויצחק לעשות רצונם ומעשה אבות סימן לבנים והבן:
'Il leur fit un festin, ils mangèrent et burent etc., et ils s'en allèrent de chez lui en paix' (Genèse 26,30-31). Il semble que tout acte des Patriarches est en vue des fils, afin qu'au temps de leur exil ils ne soient ni rejetés ni repoussés, comme l'ont exposé en ce sens les anciens, les saints d'en haut : le Ramban (Rabbi Moche ben Na'hman, Na'hmanide), de mémoire bénie, et l'auteur du Ba'al ha-Tourim, à propos des puits - vois-y.
Dès lors nous pouvons dire, en cela, que la paix qu'Avraham notre père, la paix sur lui, et Its'hak notre père, la paix sur lui, ont conclue avec Avimelekh signifie ceci : bien qu'Israël doive être sous la sujétion des nations, les rois seront des rois qui feront la paix avec Israël pour accomplir sa volonté, comme il en fut ici, où Avimelekh fit la paix avec Avraham notre père, la paix sur lui, et avec Its'hak, pour accomplir leur volonté. Et l'acte des pères est un signe pour les fils - comprends.
בפסוק ויגש וישק לו וכו' ויאמר ראה ריח בני כריח שדה אשר ברכו ה' (בראשית כז, כז). ראשי תיבות אשר ברכו ה', הוא אב"י רמז על אבא עילאה והמבין יבין:
Sur le verset 'il s'approcha et l'embrassa etc., et il dit : vois, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que ה' a béni' (Genèse 27,27). Les initiales de 'acher berakho ה'' (אשר ברכו ה', 'que ה' a béni', le Nom se comptant par sa première lettre י) forment אב״י ('avi', 'mon père') : allusion à Abba Ila'a (le Père suprême, le partsouf Abba de l'Atsilout).
Et celui qui comprend comprendra.
ויתן לך א-להים מטל השמים וכו' ורוב דגן וכו' (בראשית כז, כח). יבואר על פי דרך הגמרא ישראל מפרנסין לאביהן שבשמים.
והנה פרנסה הוא תענוג, דהיינו שהשם יתברך יש לו תענוג מעבודת ישראל וזה שהשם יתברך רוצה בעבודת ישראל ויש לו תענוג נקרא דלת לשון דלה ועניה, כי תמיד הבורא ברוך הוא משתוקק לזה שיתענג מעבודת ישראל. וזה רמז דגן דל"ת ג"ן, כי גן הוא לשון תענוג מהדלת יהיה לה תמיד תענוג לרוב מעבדות ישראל והבן:
'Que Elok-im te donne de la rosée des cieux etc., et abondance de blé (dagan) etc.' (Genèse 27,28). On l'expliquera d'après la voie de la Guemara : Israël nourrit son Père qui est aux cieux.
Or la subsistance (parnassa) est un délice (ta'anoug), c'est-à-dire que le Nom béni prend délice du service d'Israël. Et le fait que le Nom béni désire le service d'Israël et y prenne délice est appelé 'dalet' (דל״ת), du langage de 'dala va-aniya' (pauvre et indigente), car le Créateur béni soit-Il aspire toujours à prendre délice du service d'Israël.
Et telle est l'allusion de 'dagan' (דגן) : dalet (דל״ת) et gan (ג״ן), car 'gan' (jardin) est un langage de délice - que du 'dalet' il y ait pour elle toujours un délice abondant du service d'Israël. Comprends.
ונבאר ענין הברכה שבירך יצחק את יעקב ורצה לברך את עשו. דע, כי הכל דוגמא דלעילא כמאמר חכמינו ז"ל במסכת פסחים (קיח.) הודו לה' כי טוב כי לעולם חסדו (תהלים קיח, א) פירוש הודו לה' שגובה חובתו בטובתו של אדם, כלומר כי כל מה דעביד רחמנא לטב עביד, הגם שבעיני האדם דומה שדבר זה הוא רע לו, אמנם באמת אינו כן רק שגובה חובתו בדבר שהוא טובה, אך כיון שמדומה לאדם שהוא רע ויש לו צער מזה על זה אמרו הודו לה' כי טוב, כשגובה חובתו בטובתו של אדם, כלומר מה שהוא טובה לאדם בזה גובה חובתו, רק האדם אינו מבין זה ויש לו צער מזה, ונמצא כשהקדוש ברוך הוא נותן כח למדת הדין לענוש את האדם כפי מה שאנו רואין בהתגלות הוא נותן כח להמקטרג לענוש.
אמנם באמת באתכסיא הוא טובה. כי כל מה דעביד רחמנא לטב עביד.
וידוע כי מדת הדין הוא יצחק ועשו הוא כח המקטרג והמעניש ויעקב הוא טובות של ישראל. וזהו יצחק שהוא ממדת הדין רצה לברך את עשו הוא המקטרג והמעניש כמאמר חכמינו ז"ל (בבא בתרא טז.) הוא היצר הרע הוא המלאך המות.
ולא כן היה רק בירך ליעקב שהוא טובה לאדם, כי כל מה דעביד רחמנא לטב עביד רק שהוא בא באתכסיא וכן יעקב אבינו עליו השלום בא באתכסיא שלא ידע יצחק אבינו עליו השלום והבן:
Expliquons maintenant l'affaire de la bénédiction dont Its'hak bénit Yaakov, alors qu'il voulait bénir Essav. Sache que tout est à l'image de ce qui est en haut, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie, au traité Pessa'him (118a) : 'Rendez grâce à ה' car Il est bon, car sa bonté est pour toujours' (Psaumes 118,1) - ce qui signifie : rendez grâce à ה' qui recouvre sa créance par le bien de l'homme.
C'est-à-dire : tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien ; bien qu'aux yeux de l'homme il semble que cette chose soit un mal pour lui, en vérité il n'en est pas ainsi, mais Il recouvre sa créance par une chose qui est un bien. Seulement, comme il semble à l'homme que c'est un mal et qu'il en a de la peine, c'est à ce sujet qu'ils ont dit 'rendez grâce à ה' car Il est bon', lorsqu'Il recouvre sa créance par le bien de l'homme, c'est-à-dire que c'est par ce qui est un bien pour l'homme qu'Il recouvre sa créance ; seulement l'homme ne le comprend pas et il en a de la peine.
Il se trouve donc que lorsque le Saint béni soit-Il donne force à la mesure de rigueur (midat ha-din) pour punir l'homme, selon ce que nous voyons dans le dévoilé, Il donne force à l'accusateur (mekatreg) pour punir ; mais en vérité, dans le caché (be-itkassia, ce qui est voilé), c'est un bien, car tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien. Et il est connu que la mesure de rigueur, c'est Its'hak ; Essav est la force qui accuse et qui punit ; et Yaakov, ce sont les bienfaits d'Israël.
Et voici : Its'hak, qui relève de la mesure de rigueur, voulait bénir Essav, qui est l'accusateur et le punisseur, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie (Baba Batra 16a) : il est le mauvais penchant (yetser hara), il est l'ange de la mort. Mais il n'en fut pas ainsi : il bénit au contraire Yaakov, qui est le bien pour l'homme, car tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien - seulement cela vient dans le caché (be-itkassia) ; et de même Yaakov notre père, la paix sur lui, vint dans le caché, sans qu'Its'hak notre père, la paix sur lui, le sache.
Comprends.
ויהי כאשר כלה יצחק לברך את יעקב (בראשית כז, ל). וצריך להבין למה לא רצה לברך יצחק תיכף את יעקב.
והרמב"ן ז"ל כתב הטעם, כדי שיהיו הברכות שלא לדעת וצריך להבין את זאת. והענין הוא, דהנה אמרינן בגמרא (ברכות מה.) אין להמתרגם להגביה קולו יותר מן הקורא, ודייקינן מן הפסוק (שמות יט, יט) משה ידבר והא-להים יעננו בקול בקולו של משה.
והקשו התוספות, כי מן הפסוק הזה הדיוק הוא להיפך דהתם כביכול הבורא ברוך הוא הקורא ומשה הוא המתרגם והוי ליה לדייק אפכא שאין להקורא להגביה קולו יותר מן המתרגם. והענין הוא, דהנה אמרינן בגמרא (ברכות יב.) כל ברכה שאין בה מלכות אינה ברכה, וכל ברכה הסמוכה לחברתה אין צריך בה מלכות.
וצריך להבין מפני מה ברכה הסמוכה לחברתה אין צריך בה מלכות. ונראה, דהנה אברהם אבינו היה לו אחיזה בשם אל שבזה השם מביא חסדים לעולם התחתון ויצחק היה לו אחיזה בשם א-להים שהוא משפט ויראה כמאמר הכתוב (בראשית לא, מב) ופחד יצחק היה לי, ויעקב היה לו אחיזה בשם הוי"ה שהוא מרומז על הרחמים וצריך להמתיק הדין על ידי שני השמות א"ל הוי"ה והאר"י ז"ל כתב שאתה מרומז על שם אל לפיכך אם אמר בתחילה ברוך אתה ה' וברוך הוא לשון המשכה שממשיך חסד על ידי שני השמות אתה ה' שאתה מרומז על שם אל אזי ממתיק הדין, דהיינו א-להינו שהוא מרומז על הדין אנחנו ממתיקין הדין על ידי שני השמות שבתחלה, לפיכך ברכה הסמוכה לחברתה אין צריך בה מלכות מאחר שנמתק הדין מתחלה הוא הולך כך בכל הברכות שאמר ואין צריך עוד להמתיק:
'Et il advint, lorsque Its'hak eut achevé de bénir Yaakov' (Genèse 27,30). Il faut comprendre pourquoi Its'hak ne voulut pas bénir Yaakov immédiatement.
Le Ramban, de mémoire bénie, en a écrit la raison : afin que les bénédictions soient à son insu (chelo le-da'at) - et cela aussi demande à être compris. Voici la chose : nous disons dans la Guemara (Berakhot 45a) que le traducteur (metourgueman) ne doit pas élever la voix plus que le lecteur, et nous le déduisons du verset (Exode 19,19) 'Moche parlait et Elok-im lui répondait par une voix' - par la voix de Moche.
Et les Tossafot ont objecté : de ce verset la déduction est inverse, car là, pour ainsi dire, le Créateur béni soit-Il est le lecteur et Moche est le traducteur, et il faudrait donc en déduire le contraire, que le lecteur ne doit pas élever la voix plus que le traducteur. Or voici la chose : nous disons dans la Guemara (Berakhot 12a) que toute bénédiction qui ne contient pas la royauté (malkhout) n'est pas une bénédiction, et que toute bénédiction accolée à celle qui la précède n'a pas besoin de royauté.
Et il faut comprendre pourquoi une bénédiction accolée à celle qui la précède n'a pas besoin de royauté. Il semble que voici : Avraham notre père avait une prise (a'hiza) dans le Nom א-ל (El), Nom par lequel Il fait venir les bontés (hassadim) au monde inférieur ; Its'hak avait une prise dans le Nom Elok-im, qui est jugement et crainte, selon la parole de l'Écriture (Genèse 31,42) 'et la crainte d'Its'hak fut pour moi' ; et Yaakov avait une prise dans le Nom הוי״ה, qui fait allusion à la miséricorde.
Et il faut adoucir la rigueur (hamtakat ha-din) par les deux Noms א-ל et הוי״ה. Et le Ari zal (Rabbi Its'hak Louria, de mémoire bénie) a écrit que 'ata' (אתה, 'Toi') fait allusion au Nom א-ל.
C'est pourquoi, si l'on dit d'abord 'baroukh ata ה'' - et 'baroukh' (béni) est un langage d'attraction (hamchakha), car on attire la bonté par les deux Noms 'ata ה'', 'ata' faisant allusion au Nom א-ל - alors on adoucit la rigueur : à savoir 'Elok-enou', qui fait allusion à la rigueur, nous l'adoucissons par les deux Noms placés au début. C'est pourquoi une bénédiction accolée à celle qui la précède n'a pas besoin de royauté : puisque la rigueur a été adoucie dès le début, il en va ainsi dans toutes les bénédictions que l'on dit, et il n'est plus besoin d'adoucir.
ונבאר הדיוק של הגמרא הנ"ל, שלכאורה הוא להיפך. הכלל הוא, דהנה עינינו רואות שמשה רבינו עליו השלום היה אב לחכמים ולנביאים הבאים אחריו ואפילו הכי נבואת משה רבינו עליו השלום קל להבין יותר מכל הנביאים אחרונים.
אלא שמפני כך הוא קל להבין נביאת משה מחמת שהשכינה מדברת מתוך גרונו של משה, אבל הנביאים לא היו מתנבאים אלא מה שחזו בחזיון ואחר כך הצריכו להמשיל משלים ודמיונות כדי להבין הנבואות שאמרו אבל משה לא היה צריך לכל זה מחמת שהשכינה מדברת מתוך גרונו. נמצא שהדיוק אתי שפיר, שהקדוש ברוך הוא, הוא בעצמו המתרגם.
וצריך להבין מה שכתב הרמב"ן שהברכה היא שלא לדעת, דהנה האר"י ז"ל כתב על פסוק (קהלת ח, ט) עת אשר שליט אדם באדם לרע לו, שהקדוש ברוך הוא כשרוצה ליתן נשמה קדושה לעולם התחתון צריך ליתן מקודם אל מקום טומאה שאם יתן תיכף בזה העולם אזי מדת הדין חס ושלום מעכב אבל כשנותן תחילה אל מקום טומאה סבורים הם שחס ושלום הנשמה הקדושה יהיה ביניהם אזי אין מדת הדין מעכב. אבל האמת אין הדבר כן, אלא שאחר כך נתרומם קרנות צדיק ומשבר את כל כוחות הטומאה כמו שהיה באברהם שנתן לו תחלה לתרח ואחר כך שבר כל הצלמים וכן היה בדוד שהיה הנשמה שלו בלוט לזה רדף אברהם אבינו אחר המלכים והרג אותם כדי להציל נשמת דוד אשר היה בלוט.
וזהו שכתב האר"י ז"ל כוונת הכתוב עת אשר שליט אדם באדם, דהיינו מתחילה סבר שהוא שליט על הכל ולבסוף הוא רע לאותו אדם שמשבר כל כוחות הטומאה של אותו אדם שהיה שליט מתחילה. וזה הרמז שבשביל כך לא רצה יצחק לברך את יעקב תיכף כדי שמדת הדין יסבור שהברכה יהיה עליו ולא יקטרג חס ושלום ויעכב הברכה ולפיכך רצה מתחילה לברך את עשו.
אבל באמת עיקר הברכה הוא שורה על יעקב כי הוא משבר את כל כחות הטומאה ויתן השם יתברך טובה וברכות אמן:
Expliquons maintenant la déduction de la Guemara mentionnée ci-dessus, qui a première vue est inverse. La règle est celle-ci : nos yeux voient que Moche notre maître, la paix sur lui, fut le père des sages et des prophètes venus après lui, et malgré cela la prophétie de Moche notre maître, la paix sur lui, est plus facile à comprendre que celle de tous les prophètes postérieurs.
Or si la prophétie de Moche est facile à comprendre, c'est parce que la Chekhina parlait depuis sa gorge ; tandis que les prophètes ne prophétisaient que ce qu'ils avaient vu en vision, et devaient ensuite recourir à des paraboles et à des images pour faire comprendre les prophéties qu'ils énonçaient ; mais Moche n'avait besoin de rien de tout cela, parce que la Chekhina parlait depuis sa gorge. Il se trouve donc que la déduction est juste : car le Saint béni soit-Il, Lui-même, est le traducteur.
Et il faut comprendre ce qu'a écrit le Ramban, que la bénédiction fut à son insu. Voici : le Ari zal a écrit sur le verset (Kohelet 8,9) 'un temps où l'homme domine sur l'homme pour son mal', que le Saint béni soit-Il, lorsqu'Il veut donner une âme sainte au monde inférieur, doit d'abord la donner dans un lieu d'impureté ; car s'Il la donnait aussitôt dans ce monde-ci, la mesure de rigueur, à Dieu ne plaise, ferait obstacle ; mais lorsqu'Il la donne d'abord dans un lieu d'impureté, ils pensent, à Dieu ne plaise, que l'âme sainte sera parmi eux, et alors la mesure de rigueur ne fait pas obstacle.
Mais en vérité il n'en est pas ainsi : au contraire, ensuite les cornes du juste s'élèvent et il brise toutes les forces de l'impureté, comme il en fut pour Avraham, qui fut donné d'abord à Téra'h et qui ensuite brisa toutes les idoles ; et de même pour David, dont l'âme était dans Lot - c'est pourquoi Avraham notre père poursuivit les rois et les tua, afin de sauver l'âme de David qui était dans Lot. Et c'est ce qu'a écrit le Ari zal comme intention de l'Écriture 'un temps où l'homme domine sur l'homme' : à savoir qu'au début il pense qu'il domine sur tout, et à la fin c'est un mal pour cet homme-là, car on brise toutes les forces d'impureté de cet homme qui dominait au début.
Et telle est l'allusion : c'est pour cela qu'Its'hak ne voulut pas bénir Yaakov immédiatement, afin que la mesure de rigueur pense que la bénédiction serait sur lui, et n'accuse pas, à Dieu ne plaise, et n'empêche pas la bénédiction ; c'est pourquoi il voulut d'abord bénir Essav. Mais en vérité l'essentiel de la bénédiction repose sur Yaakov, car c'est lui qui brise toutes les forces de l'impureté.
Et que le Nom béni donne bien et bénédictions, amen.
גם ברוך יהיה (בראשית כז, לג). ונראה לפרש כוונת הכתוב, דהנה ידוע שיצחק אבינו בירך ליעקב ב' פעמים, אחת כשבא יעקב והביא לו מטעמים.
ואחת בברחו מפני עשו אחיו. והנה ברכה ראשונה היא היתה הברכה הגדולה, והברכה השניה היא הברכה הקטנה, והברכה הקטנה הוא מסתופף עלינו בעולם הזה, והברכה הגדולה הוא שמורה לעתיד לבא כשיבא משיח צדקינו במהרה בימינו יקוים הברכה הזאת.
והנה איתא בכתבי האר"י ז"ל על פסוק (זכריה יד, ט) ביום ההוא יהיה ה' אחד, שידוע ששם י"ה אינו בגלות שאין חיצונים יונקים ממנו ושם ו"ה הוא בגלות עמנו כביכו"ל שהחיצונים יונקים ממנו ולעתיד כשהשם יתברך ישמיד את הסטרא אחרא וסייעתא דילה אז יהיה הוא"ו ה"א במדריגת י"ה. וזהו ביום ההוא יהיה ה', השם הוי"ה ברוך הוא יהיה במדריגת כאילו היא ב' פעמים יו"ד ה"א עד כאן דברי האר"י ז"ל בתוספות ביאור.
וזהו כוונת הפסוק גם ברוך יהיה, הברכה הזאת יקוים לעתיד כשישמיד השם יתברך את הסטרא אחרא ויהיה השם הוי"ה במדריגת יהיה והמבין יבין:
'Il sera aussi béni' (Genèse 27,33). Il semble qu'on doive expliquer ainsi l'intention de l'Écriture.
Il est connu qu'Its'hak notre père bénit Yaakov deux fois : une fois lorsque Yaakov vint et lui apporta les mets, et une fois lorsqu'il fuyait devant Essav son frère. Or la première bénédiction était la grande bénédiction, et la seconde bénédiction est la petite bénédiction ; et la petite bénédiction s'abrite sur nous dans ce monde-ci, tandis que la grande bénédiction est réservée pour l'avenir : quand viendra le Machia'h de notre justice, promptement de nos jours, cette bénédiction s'accomplira.
Et voici qu'il est écrit dans les écrits du Ari zal sur le verset (Zekharia 14,9) 'en ce jour-là ה' sera un' : il est connu que le Nom י״ה n'est pas en exil, car les forces extérieures (hitsonim) n'en tirent pas ; tandis que le Nom ו״ה est en exil avec nous, pour ainsi dire, car les extérieures en tirent. Et dans l'avenir, quand le Nom béni anéantira la sitra a'hra (l'autre côté, le domaine de l'impureté) et sa suite, alors le vav-hé (וא״ו ה״א) sera au degré du י״ה.
Et c'est 'en ce jour-là ה' sera' : le Nom הוי״ה béni soit-Il sera au degré de deux fois youd-hé (יו״ד ה״א) - jusqu'ici les paroles du Ari zal, avec un supplément d'explication. Et telle est l'intention du verset 'il sera aussi béni' : cette bénédiction s'accomplira dans l'avenir, quand le Nom béni anéantira la sitra a'hra et que le Nom הוי״ה sera au degré de 'yihye' (יהיה, soit deux fois י-ה).
Et celui qui comprend comprendra.
הברבה אחת היא לך אבי (בראשית כז, לח). הכלל, דיש חיות וברכה מהקדושה וזה לעומת זה עשה א-להים דיש גם כן חיות מהקליפות.
וידוע מה שכתב האר"י ז"ל דהקדושה נקראת אחת שדבק באחדות הבורא ברוך הוא, וכן אמרו חכמינו ז"ל בכמה מקומות. ורש"י בחומש פרשת ויגש בפסוק (בראשית מו, כ) כל הנפש עיין שם.
והנה יצחק בירך את יעקב מסטרא דקדושה. וזה שאמר עשו הברכה אחת היא לך אבי, אחת דייקא, שמרומז על הקדושה, פירוש וכי מסטרא דקדושה לבד אתה יכול לברך.
ברכני גם אני אבי, מסטרא דקליפה. ובזה סתר דברי אביו שאמר הן גביר שמתיו לך, דהא ברכתו דיעקב מסטרא דקדושה וכשיברך אותו מסטרא אחרא לא יהיה עליו גביר, כיון שברכה שלו יהיה מסטרא ההיפך מברכת יעקב.
וכשמוע יצחק את דברי עשו, ראה רשעתו שנמשך אחר סטרא אחרא. אמר ועל חרבך תחיה, פירוש כשיבא עליך מכת חרב והרג ואבדן אז תחיה, דהיינו שתעלה על ידי זה שיבא קידוש השם.
וגם אמר לו והיה כאשר תריד, דידוע מאמר חכמינו ז"ל (בראשית רבה מב) והיה לשון שמחה, ורש"י ז"ל פירש תריד לשון צער. וזה והיה, פירוש שיהיה שמחה כאשר תריד, כשיהיה לך צער יגון ואנחה אז ישמחו כל העולמות כנאמר (משלי יא, י) באבוד רשעים רנה.
וגם אמר ופרקת עולו מעל צוואריך. דהנה ישעיה הנביא אמר (ישעיה א, ג) ידע שור קונהו וכו', אפס כשנותנים עול על צווארו אין השור יודע בעליו מצד בחירתו רק מוכרח הוא מחמת העול, אמנם כשפורקין העול מעליו הוא נוהג כבוד מצד בחירתו.
כן הוא הדבר באומות, כל זמן שבית המקדש היה קיים היה העול על צוואר האומות שהיו נכנעין לישראל, מה שאין כן עתה שבית המקדש חרב נפרק העול מהם, אבל מצד הבחירה מחויבין לעשות רצון ישראל גם עתה בגלות שישראל הם בעלים כמאמר חכמינו ז"ל שכל העולמות ברא הקדוש ברוך הוא בשביל ישראל, והאומות הן כמו בהמות כנאמר (שם מ, יז) מאפס ותוהו נחשבו לו. וזהו שאמר יצחק לעשו ופרקת עולו מעל צוואריך, פירוש אפילו בשעה שתפרוק עולו של יעקב מעל צוואריך, דהיינו בזמן הגלות כפירוש רש"י רק מעל צוואריך הוא שתסיר שלא תהיה מוכרח לזה אבל ממילא מצד עצמך ראוי לך לעשות רצון ישראל אף על פי שאין העול על צוואריך כנאמר ידע שור קונהו וכו'.
וזהו פירוש הכתוב וישא עשו קולו ויבך, פירוש אימת תהיה נשיאת קולו, דהיינו עליה שלו דהרמת קול היא עליה. ויבך, פירוש בשעה שיהיה בוכה, דהיינו שיהיה לו יגון ואנחה דמרומז על הדבר הנ"ל אז הוא עליה שלו כנ"ל והמבין יבין:
'N'as-tu qu'une seule bénédiction, mon père ?' (Genèse 27,38). La règle : il y a une vitalité ('hiyout) et une bénédiction issues de la sainteté, et 'celui-ci en face de celui-là, Elok-im les a faits' (Kohelet 7,14) - il y a donc aussi une vitalité issue des kelipot (les 'écorces', forces d'impureté).
Et il est connu ce qu'a écrit le Ari zal, que la sainteté est appelée 'une' (a'hat), car elle est attachée à l'unité du Créateur béni soit-Il ; et de même l'ont dit nos sages, de mémoire bénie, en plusieurs endroits ; et Rachi dans le 'Houmach, parachat Vayigach, sur le verset (Genèse 46,20) 'toute l'âme' - vois-y. Or Its'hak bénit Yaakov du côté de la sainteté (mi-sitra di-kdoucha).
Et c'est ce que dit Essav : 'n'as-tu qu'une seule bénédiction, mon père ?' - 'une' précisément, ce qui fait allusion à la sainteté ; c'est-à-dire : est-ce du seul côté de la sainteté que tu peux bénir ? 'Bénis-moi moi aussi, mon père' - du côté de la kelipa. Et par là il contredisait les paroles de son père, qui avait dit 'voici, je l'ai établi maître sur toi' : car la bénédiction de Yaakov est du côté de la sainteté, et quand il le bénirait du côté de la sitra a'hra, [Yaakov] ne serait pas maître sur lui, puisque sa bénédiction à lui serait du côté opposé à la bénédiction de Yaakov.
Et lorsqu'Its'hak entendit les paroles d'Essav, il vit sa méchanceté, qu'il était entraîné à la suite de la sitra a'hra. Il dit : 'et tu vivras par ton épée' (Genèse 27,40), c'est-à-dire : quand viendront sur toi le coup de l'épée, la tuerie et la perdition, alors tu vivras, à savoir que tu t'élèveras par cela, car il en viendra une sanctification du Nom.
Et il lui dit aussi 'et il sera, lorsque tu te lamenteras' (ve-haya kaacher tarid) : il est connu la parole de nos sages, de mémoire bénie (Berechit Rabba 42), que 've-haya' est un langage de joie, et Rachi, de mémoire bénie, a expliqué 'tarid' comme un langage de peine. Et c'est 've-haya', c'est-à-dire qu'il y aura de la joie 'lorsque tu te lamenteras' : quand tu auras peine, chagrin et gémissement, alors tous les mondes se réjouiront, comme il est dit (Proverbes 11,10) 'à la perte des méchants, chant de joie'.
Et il dit encore 'et tu briseras son joug de dessus ton cou'. Or voici, Yechayahou le prophète a dit (Isaie 1,3) 'le bœuf connaît son acquéreur etc.' : seulement, lorsqu'on met un joug sur son cou, le bœuf ne connaît pas son maître par son libre choix, mais il y est contraint à cause du joug ; tandis que lorsqu'on lui ôte le joug, il agit avec respect par son libre choix.
Ainsi en est-il des nations : tant que le Temple était debout, le joug était sur le cou des nations, qui étaient soumises à Israël ; ce qui n'est plus le cas maintenant que le Temple est détruit et que le joug leur a été ôté ; mais du côté du libre choix, elles sont tenues d'accomplir la volonté d'Israël même maintenant, en exil, car Israël sont les maîtres, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie, que le Saint béni soit-Il a créé tous les mondes pour Israël ; et les nations sont comme des bêtes, comme il est dit (ibid. 40,17) 'elles sont comptées devant Lui pour néant et vide'.
Et c'est ce qu'Its'hak dit à Essav : 'et tu briseras son joug de dessus ton cou' - c'est-à-dire : même à l'heure où tu briseras le joug de Yaakov de dessus ton cou, à savoir au temps de l'exil selon l'explication de Rachi, ce n'est que 'de dessus ton cou' que tu l'ôteras, en ce que tu n'y seras plus contraint ; mais d'emblée, de toi-même, il te convient d'accomplir la volonté d'Israël, bien que le joug ne soit pas sur ton cou, comme il est dit 'le bœuf connaît son acquéreur etc.'. Et telle est l'explication de l'Écriture 'Essav éleva sa voix et pleura' : c'est-à-dire, quand aura lieu l'élévation de sa voix, à savoir son élévation - car élever la voix est une élévation - 'et il pleura', c'est-à-dire à l'heure où il pleurera, à savoir quand il aura chagrin et gémissement, ce qui fait allusion à la chose ci-dessus, alors ce sera son élévation, comme ci-dessus.
Et celui qui comprend comprendra.