קדושת לוי

Kedushat Levi — Genesis, Toldot (1/2)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Et voici les engendrements (toledot) d’Its’hak fils d’Avraham : Avraham engendra Its’hak » (Berechit 25,19). Il est écrit « car c’est par Its’hak que sera appelée pour toi une descendance », bien que Yichmael aussi soit né d’Avraham. Selon Rabbi Lévi Its’hak, chez les Patriarches l’enchaînement n’appelle descendance que le fils tsadik ; depuis eux, tout fils l’est sans acte. « Toleda » est un terme d’acte : Its’hak accomplit un acte pour être appelé descendance d’Avraham.

Aussi : Its’hak, d’abord du côté féminin, reçoit d’Avraham une âme du côté masculin ; il implore « en face » de Rivka pour qu’elle enfante ; Rivka, à la douleur de la grossesse, demande pourquoi « anokhi » habite en elle

ואלה תולדות יצחק בן אברהם אברהם הוליד את יצחק (בראשית כה, יט). הכלל כתיב בתורה (בראשית כא, יב) כי ביצחק יקרא לך זרע אף על פי שגם ישמעאל נולד מאברהם אף על פי כן השתלשלות האבות היה אם בנו יהיה צדיק יהיה נקרא זרעו ואם לאו אינו נקרא זרעו.

אך מהאבות ואילך אינו כן, רק אב המוליד בן הבן הוא זרע האב ואין צריך לעשות שום פעולה שיהיה נקרא זרע האב. אבל אצל האבות השתלשלות שלהם לא היה כן, רק אם היה צדיק יהיה נקרא זרע האב ואם לאו אינו נקרא זרע האב.

ונמצא הבן צריך לעשות פעולה שיהיה נקרא זרע האב, דהיינו שיהיה צדיק ותולדה היא לשון פעולה. וזהו הרמז בפסוק ואלה תולדות יצחק, פירוש יצחק עשה פעולה שיהיה נקרא בן אברהם, זרע אברהם והבן:

'Et voici les engendrements (toledot) d'Its'hak fils d'Avraham : Avraham engendra Its'hak' (Genèse 25,19). La règle : il est écrit dans la Torah (Genèse 21,12) 'car c'est par Its'hak que sera appelée pour toi une descendance', bien que Yichmael aussi soit né d'Avraham.

Malgré cela, l'enchaînement (hichtalchelout) des Patriarches était ainsi : si son fils était juste (tsadik), il serait appelé sa descendance, et sinon il n'est pas appelé sa descendance. Mais depuis les Patriarches et au-delà il n'en est plus ainsi : dès lors qu'un père engendre un fils, ce fils est la descendance du père, et il n'a besoin d'accomplir aucun acte pour être appelé descendance du père.

Mais chez les Patriarches leur enchaînement n'était pas ainsi : seulement s'il était juste il serait appelé descendance du père, et sinon il n'est pas appelé descendance du père. Il se trouve donc que le fils doit accomplir un acte pour être appelé descendance du père, c'est-à-dire être juste ; et 'toleda' (engendrement) est un terme d'acte (peoula).

Et c'est l'allusion du verset 'Et voici les engendrements d'Its'hak' : cela signifie qu'Its'hak accomplit un acte pour être appelé fils d'Avraham, descendance d'Avraham. Et comprends.

או יבואר על פי מאמר האר"י ז"ל כי ביצחק, כי יצחק היה מסטרא דנוקבא כמאמר הכתוב (בראשית יח, י) והנה בן לשרה אשתך. אבל אחר כך בא אליו נשמה מאברהם מסטרא דדכורא ואז היה לו חיים.

וזהו המבואר במדרש (בראשית רבה נח) מהיכן בא, חד אמר מהר המוריה כי ברך אברכך והרבה ארבה את זרעך, ונמצא כלול אותו באברהם. וחד אמר, כי ביצחק יקרא לך זרע כו', שכלול אותו באברהם עיין שם.

וזהו הרמז ואלה תולדות יצחק בן אברהם, כלומר מנין בא זה שיהיה ליצחק תולדה הלא יצחק לא היה לו חיים כנ"ל. ועל זה אמר אברהם הוליד את יצחק, שהגיע לו נשמה מאברהם מסטרא דדכורא:

Ou bien on l'expliquera d'après la parole du Ari zal (Rabbi Its'hak Louria, de mémoire bénie) sur 'car c'est par Its'hak' : Its'hak était du côté féminin (mi-sitra de-noukva, du côté de la Noukva, l'aspect receveur), comme le dit le verset (Genèse 18,10) 'et voici, un fils à Sara ton épouse'. Mais ensuite lui vint une âme (nechama) d'Avraham, du côté masculin (mi-sitra de-doukhra, du côté du Zeir Anpin, l'aspect donneur), et alors il eut la vie.

Et c'est ce qui est expliqué dans le Midrach (Berechit Rabba 58) : d'où venait-il ? L'un dit : du mont Moria, 'car je te bénirai abondamment et je multiplierai grandement ta descendance' (Genèse 22,17), et il se trouve qu'Il l'a inclus dans Avraham.

Et l'autre dit : 'car c'est par Its'hak que sera appelée pour toi une descendance, etc.', qu'Il l'a inclus dans Avraham ; vois-y. Et c'est l'allusion de 'Et voici les engendrements d'Its'hak fils d'Avraham' : c'est-à-dire d'où vient-il qu'Its'hak ait une descendance, alors qu'Its'hak n'avait pas la vie comme ci-dessus ?

Et sur cela il est dit 'Avraham engendra Its'hak', car lui parvint une âme d'Avraham, du côté masculin.

ונראה יותר, דהכלל היא דיצחק הוא מדת היראה, דהיינו להיות כל איש ישראל ירא את ה' הנכבד והנורא יראה הרוממות שהוא סור מרע. והנה היראה היא מדת צמצום.

והנה יש עוד בחינות שאדם הוא בטל במציאות ואינו חושב כלל על עצמותו ואז יש לו התלהבות להבורא עולם ויש לו אהבת הבורא ברוך הוא, וזהו גם כן מדת יצחק מה שאינו חושב כלל את עצמו. אף על פי שמדת אהבה היא מדת אברהם, אף על פי כן זה שאינו חושב על עצמו כלל היא מדת יצחק ונמצא יצחק במדתו משלים מדת אברהם כנ"ל, ואז על ידי אהבה שיש לו להבורא ברוך הוא יחשוב שהוא דבוק לה'.

וזהו הרמז בפסוק ואלה תולדות יצחק בן אברהם, שיצחק השלים מדתו של אברהם אביו ודו"ק:

Et il semble mieux [de dire] : la règle est qu'Its'hak est la mesure de la crainte (yira), c'est-à-dire que tout homme d'Israël craigne le Nom, l'Honoré et le Redoutable, d'une crainte de la sublimité (yirat ha-romemout), ce qui est 'écarte-toi du mal'. Or la crainte est une mesure de contraction (tsimtsoum).

Et voici, il y a encore d'autres niveaux (be'hinot) : l'homme est annulé dans l'existence et ne pense pas du tout à sa propre essence, et alors il a un embrasement envers le Créateur du monde et il a l'amour du Créateur béni soit-Il ; et cela aussi est la mesure d'Its'hak, le fait qu'il ne pense pas du tout à lui-même. Bien que la mesure de l'amour soit la mesure d'Avraham, malgré cela le fait de ne pas penser du tout à soi-même est la mesure d'Its'hak ; il se trouve donc qu'Its'hak, par sa mesure, complète la mesure d'Avraham comme ci-dessus.

Et alors, par l'amour qu'il a pour le Créateur béni soit-Il, il pensera qu'il est attaché au Nom. Et c'est l'allusion du verset 'Et voici les engendrements d'Its'hak fils d'Avraham' : Its'hak a complété la mesure d'Avraham son père.

Et examine bien.

או יבואר, ואלה תולדות יצחק בן אברהם אברהם הוליד את יצחק. דהנה יש לדקדק דהוה ליה למכתב ילד את יצחק, ומהו הוליד לשון הפעיל שמשמעו שפעולת אברהם היתה שיצחק יהא יכול להוליד.

אך נראה כוונת הכתוב, דהנה ידוע שאברהם אבינו עליו השלום עבד להבורא ברוך הוא במדת אהבה ויצחק עבד להבורא ברוך הוא במדת היראה ויעקב אבינו עליו השלום במדת התפארת והוא עמודא דאמצעיתא כלול מתרין מדות חסד וגבורה. וזהו כוונת הכתוב ואלה תולדות יצחק בן אברהם, פירוש מחמת שיצחק היה בן אברהם שעבד להבורא ברוך הוא במדת החסד זהו גרם לו שיעמוד לו תולדות שיצא יעקב כלול מתרי מדות.

וזהו אברהם הוליד את יצחק, אברהם גרם שיצחק יעמיד תולדות כלול מתרין מדות:

Ou bien on expliquera : 'Et voici les engendrements d'Its'hak fils d'Avraham, Avraham engendra (holid) Its'hak'. Voici, il y a lieu de préciser : il aurait fallu écrire 'yalad et Its'hak' (il enfanta Its'hak) ; que signifie donc 'holid', au mode causatif (hifil), dont le sens est que l'action d'Avraham fut qu'Its'hak puisse engendrer ?

Mais il semble que l'intention du verset soit celle-ci : il est connu qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, servit le Créateur béni soit-Il par la mesure de l'amour, qu'Its'hak servit le Créateur béni soit-Il par la mesure de la crainte, et Yaakov notre père, la paix soit sur lui, par la mesure de tiferet (la beauté, l'harmonie), qui est la colonne du milieu (amouda de-emtsaita), incluse des deux mesures de ''hessed (bonté) et de guevoura (rigueur). Et c'est l'intention du verset 'Et voici les engendrements d'Its'hak fils d'Avraham' : c'est-à-dire que du fait qu'Its'hak était fils d'Avraham, lequel servait le Créateur béni soit-Il par la mesure de ''hessed, cela lui valut d'avoir une descendance, de sorte qu'en sortit Yaakov, inclus des deux mesures.

Et c'est 'Avraham engendra Its'hak' : Avraham fit qu'Its'hak établisse une descendance incluse des deux mesures.

ויעתר יצחק לה' לנוכח אשתו (בראשית כה, כא). נראה, דהנה דכר הוא היפך נוקבא זה משפיע וזו מקבל אמנם היכן הם התהפכות גמור כשאינם עקרים אז מקבלת הנוקבא ומולידה מהדכר, מה שאין כן כשהם עקרים אינם דבר והיפוכו כראוי דהרי אינה עושה תולדות ממנו.

וזהו שכתוב ויעתר יצחק לה' לנוכח, לנוכח דייקא, פירוש שיהיה נוכח, דהיינו היפך מאשתו על ידי שתלד יהיה הוא והיא דבר והיפוכו. וזהו שאמר ויעתר לו ה', הזכיר לשון עתירה שהוא לשון התהפכות כמו שדרשו רבותינו (יבמות סד.) מה עתר זה מהפך את התבואה שהקדוש ברוך הוא עשה בקשתו שיהיה היפך גמור הוא ממנה:

'Et Its'hak implora le Nom en face (lenokha'h) de son épouse' (Genèse 25,21). Il semble : voici, le masculin (dekhar) est l'opposé du féminin (noukva) ; celui-ci donne (machpia) et celle-là reçoit (mekabel).

Or, quand sont-ils une inversion complète l'un de l'autre ? Lorsqu'ils ne sont pas stériles : alors la Noukva reçoit et enfante du masculin.

Il n'en va pas de même lorsqu'ils sont stériles : ils ne sont pas une chose et son contraire comme il se doit, puisqu'elle ne produit pas de descendance de lui. Et c'est ce qui est écrit : 'Et Its'hak implora le Nom lenokha'h' ; 'lenokha'h' précisément, c'est-à-dire qu'il soit 'en face', à savoir l'opposé de son épouse : par le fait qu'elle enfante, lui et elle seront une chose et son contraire.

Et c'est ce qui est dit 'et le Nom se laissa implorer (vayeater) par lui' : le texte emploie le terme 'atira', qui est un terme d'inversion, comme l'ont exposé nos maîtres (Yebamot 64a) : de même que cette fourche (eter) retourne le grain, ainsi le Saint béni soit-Il exauça sa demande, qu'il soit un contraire complet par rapport à elle.

או יבואר, כי יצחק בקש בזכות אשתו כי הוא חשב בעצמו שאינו כדאי שיעתר לו ה' בזכותו רק חשב שיעתר לו ה' בזכות רבקה וזהו ויעתר יצחק לה' לנוכח אשתו דייקא. וזהו שפירש רש"י ויעתר לו ולא לה לפי שאינו דומה וכו' לפיכך לו ולא לה, ולכאורה מה שפירש לפיכך לו ולא לה מיותר.

והנראה דרש"י בא להשמיענו, כי כאשר כתבנו שיצחק ביקש בזכות רבקה ולא בזכותו ונמצא כשהשם יתברך שמע לתפילתו כנאמר ויעתר לו ה', הוה אמינא שנעתר לו כאשר ביקש בזכות רבקה ולא בזכותו, לזה פירש ויעתר לו ה' לפי שאינו דומה וכו' לפיכך לו ולא לה, כלומר מה שנעתר לו ה' לו דייקא הכל בזכותו ולא בזכותה ככוונתו:

Ou bien on expliquera : Its'hak demanda au mérite de son épouse, car il pensait en lui-même qu'il n'était pas digne que le Nom se laisse implorer par lui à son propre mérite ; il pensait seulement que le Nom se laisserait implorer au mérite de Rivka. Et c'est 'Et Its'hak implora le Nom en face de son épouse', précisément.

Et c'est ce qu'a expliqué Rachi : 'par lui et non par elle, parce qu'on ne compare pas etc.' (la prière d'un juste fils de juste à celle d'un juste fils d'impie), 'c'est pourquoi par lui et non par elle'. À première vue, ce qu'il ajoute, 'c'est pourquoi par lui et non par elle', est superflu.

Et il semble que Rachi vienne nous apprendre ceci : comme nous l'avons écrit, Its'hak demanda au mérite de Rivka et non à son propre mérite ; il se trouve alors que lorsque le Nom béni soit-Il écouta sa prière, comme il est dit 'et le Nom se laissa implorer par lui', on aurait pu penser qu'Il s'était laissé implorer selon ce qu'il avait demandé, c'est-à-dire au mérite de Rivka et non au sien. C'est pourquoi Rachi explique : 'et le Nom se laissa implorer par lui, parce qu'on ne compare pas etc., c'est pourquoi par lui et non par elle', c'est-à-dire que le fait que le Nom se soit laissé implorer par lui, par lui précisément, fut entièrement à son propre mérite et non au mérite d'elle, contrairement à son intention.

ותאמר אם כן למה זה אנכי (בראשית כה, כב). פירוש על פי דכתב האר"י ז"ל דנשים צדקניות אין להם צער עיבור ולידה עיין שם, אם כן רבקה שראתה שיש לה צער חשבה בדעתה שהיא אינה מצדקניות דאם לא כן לא היה לה צער עיבור.

וידוע דמי שאינו טוב אי אפשר שישרה בו דבר קדושה כמאמר חכמינו ז"ל כל עורב למינו (ויקרא יא, טו) והנה רבותינו זכרונם לברכה אמרו כשהיתה עוברת על פתח בתי מדרשות היה יעקב מפרכס לצאת, אם כן ראתה שיש בקרבה בן אחד שהוא ממקור הקדושה שבעברה במקום קדושה רוצה לצאת. וידוע דמקור הקדושה נקרא אנכי, דהיינו אנכי ה' א-להיך (שמות כ, ב) וזהו הפירוש ויתרוצצו הבנים בקרבה, שהיה לה צער עיבור אם כן חשבה שאינה טובה.

ותאמר אם כן למה זה אנכי, פירוש בן אחד שמתאוה לקדושה ומזה מוכיח שהוא ממקור הטוב ואיך שוכן בקרבי שאני איני טובה מדיש לי צער עיבור. והשיב לה השם יתברך שני גוים בבטנך וכו' ולאום מלאום יאמץ כו', לא כמו שאתה חושבת שאינך טוב באמת אתה טוב הצער לידה שלך הוא מחמת ששני גוים בבטנך שהם זו לעומת זו והבן:

'Et elle dit : s'il en est ainsi, pourquoi donc suis-je (lama ze anokhi)' (Genèse 25,22). L'explication [se fait] d'après ce qu'a écrit le Ari zal : les femmes justes n'ont pas la douleur de la grossesse et de l'enfantement ; vois-y.

Si donc Rivka voyait qu'elle avait de la douleur, elle pensa en son esprit qu'elle n'était pas parmi les femmes justes, car sinon elle n'aurait pas eu la douleur de la grossesse. Et il est connu que celui qui n'est pas bon, il est impossible qu'une chose sainte réside en lui, selon la parole de nos sages de mémoire bénie [tirée de] 'tout corbeau selon son espèce' (Lévitique 11,15).

Or nos maîtres de mémoire bénie ont dit que lorsqu'elle passait devant la porte des maisons d'étude, Yaakov s'agitait pour sortir. Elle vit donc qu'il y avait en elle un fils qui provient de la source de la sainteté, puisque, lorsqu'elle passait en un lieu de sainteté, il voulait sortir.

Et il est connu que la source de la sainteté est appelée 'anokhi' (Je), c'est-à-dire 'Anokhi, le Nom, ton Dieu' (Exode 20,2). Et voici l'explication : 'et les enfants se heurtaient en son sein', elle avait la douleur de la grossesse, elle pensa donc qu'elle n'était pas bonne. 'Et elle dit : s'il en est ainsi, pourquoi donc anokhi', c'est-à-dire : il y a un fils qui aspire à la sainteté, et de là il est prouvé qu'il vient de la source du bien ; et comment réside-t-il en moi, alors que moi je ne suis pas bonne, puisque j'ai la douleur de la grossesse ?

Et le Nom béni soit-Il lui répondit : 'deux nations sont dans ton ventre, etc., et un peuple sera plus fort que l'autre, etc.' : il n'en est pas comme tu le penses, que tu ne serais pas bonne ; en vérité tu es bonne, et la douleur de ton enfantement provient de ce que deux nations sont dans ton ventre, qui sont l'une en face de l'autre. Et comprends.

ונבאר מה שהוזכר הנשואין של יצחק עם רבקה, כי כל מעשה אבות רשומים בתורה והם עשו רשימה לבנים ומה שלא הוזכר נשואי אברהם עם שרה בתורה כמו של יצחק עם רבקה, כי בעת הנשואין היה שמו אברם ושמה שרי והשמות הם השורש לנשמות ולא נתקיימו בשמם, כי אחר כך נשתנו שמותם לקרוא אברהם ושרה וגם נשמתן נשתנה לכן הזיווג של אברם ושרי לא נאמר בתורה כיון שנשתנו למעליותא ולא נתקיים הזיווג ולא הוליד אברם ושרי, רק הזיוג של אברהם ושרה נתקיימו והולידו ועשו פרי. ומה שנשתנה שם אברהם ושרה ולא שם יצחק, כי מדת החסד מורה על התפשטות של בהירות הבורא ברוך הוא והתפשטות כשבא לעולם צריכה לצמצם את עצמו ובהירות נתמעט כל מה שיורד מעולם לעולם כדי שיהיה יוכל לקבל.

וזהו אברהם שנשתנה שמו מאברם לאברהם, כי אברם נקרא קודם שנתפשט בזה העולם והיה בהירתו גדולה ואחר שנתפשט בזה העולם נתצמצם בהירתו ונתמעט לכן נקרא בשם אחר הוא אברהם. אבל יצחק שמורה על הצמצום לא נשתנה מעולם לעולם לכן נקרא שמו כשהיה ולא נשתנה כלל אבל קודם שנתפשט בזה העולם נקרא אברם, כלומר אברם שהוא בעולם שלמעלה שעולם שלמעלה נקרא רם ואחר כך כשנתפשט ונתצמצם נקרא אברהם אב המון גוים, כלומר עד עולם שהוא אב המון גוים לכן קודם שנתפשט בזה העולם לא היה יכול להוציא תולדות עד אחר שנתפשט בזה העולם ונקרא שמו אברהם.

ויעקב הממוצע בין שני המדות בין חסד וגבורה המורה על התפשטות וצמצום מצד מדתו החסד היה צריך לשנות שמו, אפס מצד מדתו השניה שהוא צמצום לא היה צריך לשנות שמו ולכן לא נעקר שם יעקב הראשון ממנו. לכן הקורא לאברהם אברם עובר בעשה, שבזה העולם נשתנה שמו ולא היה יכול להוליד עד שנשתנה שמו אברהם, כי שם אברהם מורה על התפשטות שנתפשט בהירתו בזה העולם.

ולא כן הקורא לישראל יעקב, כי לא נעקר ממקומו שם יעקב מצד מדתו השני שהיה צמצום ולא היה צריך לשנות שמו, כי היה יכול להוליד קודם שנקרא שמו ישראל לכן כשנקראים בניו בני ישראל הם במעלה עליונה, כי הוא מרומז על החסדים שהוא התפשטות כשהמה באין לזה העולם מצמצום הבהירות. וזה כי שרית עם א-להים (בראשית לב, כט) כי יתגבר כביכול שצמצם באהבתו את עצמו.

וזהו כד רחימתן עזיזא וכו', שכל אחד מצמצם את עצמו מחמת אהבה. וזהו כי שרית עם א-להים ותוכל, שהתגבר כל כך אהבתו ליעקב החקוקה מתחת כסא הכבוד עד שהאל צמצם את עצמו כביכול לאהבת ישראל שנקראו בנים למקום כדרך שהאב מצמצם את שכלו לאהבת בנו שילמוד עמו ושישפיע עליו שכלו בלימוד ההוא שיהיו ישראל עם א-להים וזהו התענוג הבורא במה שישראל גורמים צמצום כמאמר (ישעיה מט, ג) ישראל אשר בך אתפאר, והבן ודו"ק:

Et nous expliquerons pourquoi le mariage d'Its'hak avec Rivka a été mentionné : car tous les actes des Patriarches sont inscrits dans la Torah, et ils ont fait une empreinte (rechima) pour les fils. Et si le mariage d'Avraham avec Sara n'a pas été mentionné dans la Torah comme celui d'Its'hak avec Rivka, c'est parce qu'au moment du mariage son nom était Avram et le nom d'elle Sarai ; or les noms sont la racine des âmes, et ils ne se sont pas maintenus dans leur nom, car ensuite leurs noms furent changés pour être appelés Avraham et Sara, et leur âme aussi fut changée.

C'est pourquoi l'union (zivoug) d'Avram et de Sarai n'a pas été dite dans la Torah, puisqu'ils ont été changés en mieux, que cette union ne s'est pas maintenue et qu'Avram et Sarai n'ont pas engendré ; seule l'union d'Avraham et de Sara s'est maintenue, ils ont engendré et porte du fruit. Et si le nom d'Avraham et de Sara fut changé et non celui d'Its'hak, c'est parce que la mesure de ''hessed indique l'expansion (hitpachtout) de la clarté du Créateur béni soit-Il ; et l'expansion, lorsqu'elle vient dans le monde, doit se contracter, et la clarté diminue à mesure qu'elle descend de monde en monde, afin que [le receveur] puisse recevoir.

Et c'est Avraham, dont le nom fut changé d'Avram en Avraham : car il fut appelé Avram avant de s'être répandu en ce monde-ci, et sa clarté était grande ; et après s'être répandu en ce monde-ci, sa clarté s'est contractée et a diminué, c'est pourquoi il fut appelé d'un autre nom, Avraham. Mais Its'hak, qui indique la contraction, n'a pas changé de monde en monde ; c'est pourquoi son nom demeura tel qu'il était et ne fut pas changé du tout.

Et avant de s'être répandu en ce monde-ci, [Avraham] fut appelé Avram, c'est-à-dire 'Av-ram' (père élevé), celui qui est dans le monde d'en haut, car le monde d'en haut est appelé 'ram' (élevé) ; et ensuite, lorsqu'il se répandit et se contracta, il fut appelé Avraham, 'père d'une multitude de nations' (Genèse 17,5), c'est-à-dire jusqu'à ce monde-ci, où il est père d'une multitude de nations. C'est pourquoi, avant de s'être répandu en ce monde-ci, il ne pouvait pas produire de descendance, jusqu'à ce qu'il se soit répandu en ce monde-ci et que son nom soit appelé Avraham.

Et Yaakov, qui est l'intermédiaire entre les deux mesures, entre ''hessed et guevoura, lesquelles indiquent l'expansion et la contraction : du côté de sa mesure de ''hessed il lui fallait changer de nom ; mais du côté de sa seconde mesure, qui est la contraction, il n'avait pas besoin de changer de nom, et c'est pourquoi le premier nom de Yaakov ne lui fut pas arraché. C'est pourquoi celui qui appelle Avraham 'Avram' transgresse un commandement positif (assee), car en ce monde-ci son nom a été changé et il ne pouvait engendrer avant que son nom ne fût changé en Avraham ; car le nom Avraham indique l'expansion, en ce que sa clarté s'est répandue en ce monde-ci.

Il n'en va pas de même pour celui qui appelle Israël 'Yaakov', car le nom Yaakov n'a pas été arraché de sa place, du côté de sa seconde mesure qui était la contraction, et il n'avait pas besoin de changer de nom, puisqu'il pouvait engendrer avant que son nom ne fût appelé Israël. C'est pourquoi, lorsque ses fils sont appelés 'fils d'Israël', ils sont à un degré supérieur, car cela fait allusion aux 'hassadim (les bontés), qui sont l'expansion, lorsqu'elles viennent en ce monde-ci depuis la contraction de la clarté.

Et c'est 'car tu as lutté avec Elokim' (Genèse 32,29) : car Il se renforce, pour ainsi dire, en ce qu'Il s'est contracté Lui-même par Son amour. Et c'est 'lorsque notre amour était fort, etc.' (kad ré'himtin aziza) : chacun se contracte lui-même à cause de l'amour.

Et c'est 'car tu as lutté avec Elokim et tu as pu' : Son amour pour Yaakov, dont l'image est gravée sous le Trône de gloire, s'est tellement renforcé que Dieu s'est contracté Lui-même, pour ainsi dire, par amour pour Israël, qui sont appelés 'fils du Lieu (Makom)', à la manière du père qui contracte son intelligence par amour pour son fils, afin d'étudier avec lui et de lui transmettre son intelligence dans cette étude, pour qu'Israël soit 'avec Elokim'. Et c'est le plaisir (taanoug) du Créateur dans le fait qu'Israël provoque la contraction, selon la parole (Isaie 49,3) 'Israël, c'est par toi que Je me glorifie'.

Et comprends, et examine bien.

בפסוק וידו אוחזת בעקב עשו (בראשית כה, כו). נראה, דהנה ידוע שהס"מ הוא שרו של עשו ויעקב אבינו היה נוצח את הדינין בכדי שהס"מ לא ישלוט בנו ויעקב בגימטריא ב' פעמים א-להים, וידוע שא-להים מורה על מדת הדין.

וזהו וידו אוחזת בעקב עשו, להמתיק הדינין:

Au sujet du verset 'et sa main tenait le talon (akev) d'Essav' (Genèse 25,26). Il semble : voici, il est connu que le Samaeh (Samael, le prince accusateur) est le prince tutélaire d'Essav, et Yaakov notre père l'emportait sur les rigueurs (dinin) afin que le Samaeh ne domine pas sur nous ; et Yaakov (יעקב) est en guematria (valeur numérique de ses lettres) deux fois Elokim, et il est connu qu'Elokim indique la mesure de la rigueur (din).

Et c'est 'et sa main tenait le talon d'Essav' : pour adoucir les rigueurs.

ויאהב יצחק את עשו כי ציד בפיו (בראשית כה, כח). פירוש, כי צדיק התענוג שלו מעליות נצוצות שמעלה הנצוצות אשר נצודו בקליפות ובמה הוא מעלה אותם בתורה ובתפלה שלו שהיא בפה.

וזהו כי ציד בפיו, בפיו שלו מוציא הנצוצות. וזהו ויאהב יצחק את עשו, כי בשורש עשו היה נצוצות אשר ניצודו שם, דהיינו נשמת שמעיה ואבטליון ונשמת רבי מאיר וכן כמה נצוצות עד ימות המשיח:

'Et Its'hak aimait Essav, car du gibier était dans sa bouche' (Genèse 25,28). L'explication : le plaisir du juste vient de l'élévation des étincelles (nitsotsot), car il élève les étincelles qui ont été capturées dans les kelipot (les écorces, les forces impures).

Et par quoi les élève-t-il ? Par sa Torah et par sa prière, qui sont dans la bouche.

Et c'est 'car du gibier dans sa bouche' : c'est par sa bouche qu'il fait sortir les étincelles. Et c'est 'et Its'hak aimait Essav' : car dans la racine d'Essav il y avait des étincelles qui y avaient été capturées, à savoir l'âme de Chemaya et d'Avtalyon, et l'âme de Rabbi Meir, et ainsi plusieurs étincelles jusqu'aux jours du Messie.

* גור בארץ הזאת וגו' כי לך ולזרעך וגו' עקב אשר שמע אברהם בקולי וגו'. ולכאורה יפלא דמשמע שבזכות עצמו לא היה ראוי לזה.

אך הנה ידוע שכל עבודת אברהם היה בחינת העלאות נצוצות להעלותם לפני ה' לכן היה צריך לשוטט בארצות אחרים בכדי לקבץ כל הנצוצות שנפלו שם, וכאשר קיבץ אברהם אבינו עליו השלום כל נצוצות תחת כנפיו היה גם ביכולת יצחק להעלותם ולא היה צריך לילך לארצות האחרים לקבץ אותם, כי אברהם המשיך אליו כח זה שיהיה בכחו להעלותם למעלה כל הנצוצות שתחת ידו. ולכן אמר לו ה' גור בארץ הזאת וכו', פירוש שלא לילך לארצות אחרים.

עקב אשר שמע אברהם בקולי, פירוש שיש לך זכות אבות שכבר המשיך אברהם עליך כח זה על ידי שקיבץ כל הנצוצות תחת ידו, מה שאין כן אברהם שלא היה לו זכות אבות הוצרך לילך לארצות אחרים:

* 'Séjourne dans ce pays, etc., car à toi et à ta descendance, etc., parce qu'Avraham a écouté Ma voix, etc.' (Genèse 26,3-5). À première vue cela étonne, car cela laisse entendre qu'à son propre mérite il n'en était pas digne.

Mais voici, il est connu que tout le service d'Avraham était de l'ordre de l'élévation des étincelles, pour les élever devant le Nom ; c'est pourquoi il lui fallait errer dans d'autres pays afin de rassembler toutes les étincelles qui y étaient tombées. Et lorsque Avraham notre père, la paix soit sur lui, eut rassemblé toutes les étincelles sous ses ailes, il fut aussi au pouvoir d'Its'hak de les élever, et il n'avait plus besoin d'aller dans les autres pays pour les rassembler ; car Avraham avait attiré à lui cette force, d'avoir le pouvoir d'élever en haut toutes les étincelles qui étaient sous sa main.

C'est pourquoi le Nom lui dit 'séjourne dans ce pays, etc.', c'est-à-dire de ne pas aller dans d'autres pays. 'Parce qu'Avraham a écouté Ma voix', c'est-à-dire : tu possèdes le mérite des pères, puisque Avraham a déjà attiré sur toi cette force, par le fait qu'il a rassemblé toutes les étincelles sous sa main ; il n'en allait pas de même pour Avraham, qui n'avait pas le mérite des pères et devait donc aller dans d'autres pays.

ראו ראינו כי היה ה' עמך (בראשית כו, כח). נראה על פי מה שבארנו בפרשת וירא (בראשית יח, ב) וירא וירץ לקראתם, שהאירו שכלו, כי כשאדם מסתכל בצדיק ניתוסף בהירות על האדם שעל זה אמרו חכמינו ז"ל (ראש השנה טז:) חייב אדם להקביל פני רבו ברגל, ומחמת זה הבין אברהם שהם צדיקים לזה וירץ לקראתם עיין שם.

וזהו שכתב כאן ראו ראינו, כפל לשון, כלומר על ידי ראיה שלך שראינו אותך ניתוסף לנו ראיה אחרת שבהסתכלותינו בזיו קדושתך האיר עין שכלותינו ובהירות גדול ניתוסף לנו. ולזה גמר אומר הכתוב כי היה ה' עמך, שהשראת שכינה עליך לזה האיר עין שכלינו שהסתכלנו באדם קדוש שקדושת ה' עליו ומחמת זה באנו לדבק בך בהרגשתינו צדקותיך:

'Nous avons bien vu que le Nom était avec toi' (Genèse 26,28). Il semble [qu'on l'expliquera] d'après ce que nous avons expliqué dans la paracha Vayera (Genèse 18,2) sur 'il vit et il courut à leur rencontre' : que son intelligence s'illumina.

Car lorsque l'homme regarde un juste, une clarté supplémentaire s'ajoute à lui ; c'est à ce sujet que nos sages de mémoire bénie ont dit (Roch Hachana 16b) que l'homme est tenu d'aller saluer son maître lors des fêtes de pèlerinage. Et c'est de là qu'Avraham comprit qu'ils étaient des justes, et c'est pourquoi 'il courut à leur rencontre' ; vois-y.

Et c'est ce qui est écrit ici 'nous avons vu, nous avons vu' (rao rainou), redoublement du terme : c'est-à-dire que par la vision de toi, du fait que nous t'avons vu, une autre vision s'est ajoutée pour nous, car en contemplant l'éclat de ta sainteté l'œil de notre intelligence s'est illuminé et une grande clarté s'est ajoutée à nous. Et c'est pourquoi le verset conclut 'car le Nom était avec toi' : la résidence de la Chekhina est sur toi, et c'est pourquoi l'œil de notre intelligence s'est illuminé, ayant contemplé un homme saint sur lequel repose la sainteté du Nom ; et de ce fait nous sommes venus nous attacher à toi, ressentant ta justice.

אם תעשה עמנו רעה כאשר לא נגענוך וגו' (בראשית כו, כט). נראה, כי ידוע מה שכתב בעל הטורים דאבימלך רצה לעשות רעה ליצחק, אפס שהשם יתברך הפכו לטובה דהשם יתברך מהפך כל הרעות לטובה עיין שם.

וזהו שאמר אבימלך אם תעשה עמנו רעה, שאם תרצה להרע לנו ודאי יתהפך לטובה. והא ראיה כאשר לא נגענוך, שאנו היו חושבים להרע לך והשם יתברך הפכו לטובה ועשינו עמך רק טוב.

וכיון שמידתו יתברך להטיב כן אם אתה תרצה להרע לנו יתהפך גם כן לטובה, לכן עשה אתה עמנו טובה כיון שסוף סוף יהיה טובה והבן:

'Si tu nous fais du mal, alors que nous ne t'avons pas touché, etc.' (Genèse 26,29). Il semble : il est connu ce qu'a écrit le Baal ha-Tourim (Rabbi Yaakov ben Acher), qu'Avimelekh voulait faire du mal à Its'hak, sauf que le Nom béni soit-Il l'a retourné en bien, car le Nom béni soit-Il retourne tous les maux en bien ; vois-y.

Et c'est ce que dit Avimelekh, 'si tu nous fais du mal' : si tu veux nous nuire, cela se retournera certainement en bien. Et la preuve en est 'alors que nous ne t'avons pas touché' : nous pensions te nuire, et le Nom béni soit-Il l'a retourné en bien, et nous ne t'avons fait que du bien.

Et puisque Sa mesure, béni soit-Il, est de faire du bien, ainsi, si toi tu veux nous nuire, cela se retournera aussi en bien ; fais donc du bien avec nous, puisque de toute façon il en sortira du bien. Et comprends.

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