קדושת לוי

Kedushat Levi — Genesis, Chayei Sara (2/3)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Et par elle je saurai que Tu as fait bonté avec mon maître » (Berechit 24,14). Rabbi Lévi Its'hak l'explique d'après le Zohar : chaque tsadik répand dans le monde entier la mesure par laquelle il sert. Avraham répand le ''hessed, et ce que, dans le monde d'en bas, l'un fait avec son compagnon, c'est son maître qui en est la cause. Rivka saisit cette mesure : cette âme lui vient d'Avraham, et « elle fut enfantée à Betouel, frère d'Avraham » s'entend comme si elle naissait d'elle-même. Voyant chez elle le ''hessed, Eliezer sait que son âme vient d'Avraham et non de Betouel ; il lui donne d'abord les bijoux, et devant Betouel il raconte l'inverse.

Aussi : les eaux qui montent selon l'intention, car les mitsvot requièrent la kavana (intention) et l'effort ; Eliezer qui ne mange pas avant d'avoir dit ses paroles ; Its'hak dont la soumission devant la sainteté fait sortir la joie.

ובה אדע כי עשית חסד עם אדוני (בראשית כד, יד). יבואר על פי דמבואר בזוהר הקדוש, כי בימי רבי שמעון בר יוחאי אפילו תינוקות ידעו בחכמה עליונה, כי רבי שמעון בר יוחאי עליו השלום היה עובד ה' בחכמה ובהשכל עד שהשפיע מדתו בכל העולם שאפילו תינוקות יודעים בחכמה עליונה.

וכמו כן כל צדיק וצדיק במדתו שעובד משפיע בכל העולם המדה שעובד בה והשם יתברך משפיע המדה שלו בכל העולם. והנה באמת אברהם אבינו עליו השלום מדתו היה מדת החסד והשפיע מדתו בכל העולם שכל העולם כולו יעשה חסד.

וזהו הרמז ובה אדע כי עשית חסד עם אדוני, כלומר שאדוני הוא הגורם החסד אשר בעולם מחמת שאדוני עובד במדת החסד ומשפיע ממך חסד. וזהו כי עשית חסד, מה שאתה עושה חסד בעולם הוא מה שבעולם התחתון אחד עושה עם חבירו הוא אדוני, אדוני הוא הגורם לזה החסד.

ובזה יובן הפסוק אשר ילדה לבתואל כו' אחי אברהם, כי מה לשון ילדה לבתואל, כי לשון ילדה משמע שנולדה מעצמה. אך באמת לפי מה שמבואר לעיל שהצדיק במדתו משפיע לכל העולם זה באמת רק למי שיש לו נשמה גדולה או איזה ניצוץ קדוש לזה נאחזת מדת הצדיק שעובד בה להשם יתברך וכו'.

ובאמת רבקה הצדיקת היתה גדולה וקדושה ואחזה במדת הצדיק אברהם אבינו לעשות חסד. ובאמת זה הנשמה לא היה לה רק מאברהם היה לה זה הנשמה וזה המדה.

וזה שאמר אשר ילדה, כלומר כאלו נולדה מעצמה וזהו לשון ילדה. וזה שאמר ממי בא לה זה הנשמה וזה המדה לעשות חסד מחמת אחי אברהם שמאברהם בא לה זה הנשמה.

ובזה יבואר הדקדוק מה שרש"י ז''ל מדקדק בשעה שסיפר המעשה ואשאל אותה כו' ואתן כו', ובאמת בשעת מעשה היה להיפך, כי בשעת מעשה שראה ממנה מדת החסד אז ידע בודאי שנשמתה מאברהם ולא מבתואל ולכך נתן לה בתחילה, כי בודאי ידע שנשמתה ממדת אברהם אבינו ולא מנשמת אביה לכך בשעה שסיפר המעשה לפני בתואל סיפר להיפך כי לפני בתואל לא שייך לומר שנשמתה אינה ממנו ודו"ק:

'Et par elle je saurai que Tu as fait bonté ('hessed) avec mon maître' (Genèse 24,14). On l'expliquera d'après ce qui est expliqué dans le saint Zohar : aux jours de Rabbi Chimon bar Yohai, même les petits enfants connaissaient la sagesse supérieure ('hokhma ila'a, la sefira de 'Hokhma dans son degré d'en haut), car Rabbi Chimon bar Yohai, que la paix soit sur lui, servait ה' avec sagesse et avec intelligence, jusqu'à ce qu'il répandît sa mesure (midda, l'attribut divin par lequel un juste sert) dans le monde entier, en sorte que même les petits enfants connaissaient la sagesse supérieure.

Et de même, chaque juste (tsadik), par la mesure dans laquelle il sert, répand dans le monde entier la mesure par laquelle il sert; et le Nom, béni soit-Il, répand Sa mesure dans le monde entier. Et voici, en vérité, Avraham notre père, que la paix soit sur lui, sa mesure était la mesure du 'hessed, et il répandit sa mesure dans le monde entier, en sorte que le monde entier tout entier fasse 'hessed.

Et c'est l'allusion de 'et par elle je saurai que Tu as fait bonté avec mon maître' : c'est-à-dire que mon maître est la cause du 'hessed qui est dans le monde, du fait que mon maître sert par la mesure du 'hessed et répand de Toi le 'hessed. Et c'est le sens de 'que Tu as fait bonté' : ce que Tu fais comme 'hessed dans le monde, c'est-à-dire ce que, dans le monde d'en bas, l'un fait avec son compagnon, c'est mon maître, c'est mon maître qui est la cause de ce 'hessed.

Et par là se comprend le verset 'qu'elle fut enfantée à Betouel etc., frère d'Avraham' (Genèse 24,15) : car que signifie l'expression 'yulda le-Betouel' (ילדה לבתואל, 'elle fut enfantée à Betouel')? Car l'expression 'yulda' laisse entendre qu'elle serait née d'elle-même.

Mais en vérité, selon ce qui a été expliqué plus haut, que le tsadik répand sa mesure dans le monde entier, cela ne vaut en vérité que pour celui qui possède une grande âme ou quelque étincelle sainte (nitsots) : c'est à celui-là que s'attache la mesure du tsadik par laquelle il sert le Nom, béni soit-Il, etc. Et en vérité Rivka la juste était grande et sainte, et elle saisit la mesure du tsadik Avraham notre père, celle de faire 'hessed.

Et en vérité, cette âme, elle ne la tenait que d'Avraham : c'est d'Avraham que lui venaient cette âme et cette mesure. Et c'est ce qui est dit 'qui fut enfantée', c'est-à-dire comme si elle était née d'elle-même, et c'est le sens de l'expression 'yulda'.

Et c'est ce qu'il dit : de qui lui vinrent cette âme et cette mesure de faire 'hessed? À cause de 'frère d'Avraham', car c'est d'Avraham que lui vint cette âme.

Et par là s'expliquera la remarque précise de Rachi, de mémoire bénie, qui relève que, au moment où il raconta l'affaire, [Eliezer dit] 'et je l'ai interrogée etc.' puis 'et je lui ai donné etc.', alors qu'en vérité, au moment de l'événement, ce fut l'inverse : car au moment de l'événement, lorsqu'il vit chez elle la mesure du 'hessed, il sut alors avec certitude que son âme venait d'Avraham et non de Betouel, et c'est pourquoi il lui donna d'abord [les bijoux], car il savait certainement que son âme venait de la mesure d'Avraham notre père et non de l'âme de son père. C'est pourquoi, lorsqu'il raconta l'affaire devant Betouel, il raconta à l'inverse, car devant Betouel il ne convenait pas de dire que son âme ne venait pas de lui.

Et examine bien (ve-dok, abréviation de 've-dok hé-tev', 'et scrute bien').

עוד יבואר, ובה אדע כי עשית חסד עם אדוני, אליעזר ביקש זה להקדוש ברוך הוא. כי הכלל כשהאדם עושה מצוה אם המצוה הוא במדת חסד אזי מעורר מדת החסד על כל העולם שכולם חפצים לעשות חסד וכן שאר המצות.

והנה אברהם כל מצותיו בחסד והיה מעורר חסד על כל העולם שכולם רצו לעשות חסד. והנה באמת רבקה אף על פי שהיתה קטנה עשתה חסד כאן, כי אברהם הוא היה מעורר חסד על כל הברואים.

וזהו ובה אדע כי עשית חסד, ומי הוא הגורם זה החסד, עם אדוני, מה שאדוני עושה חסד הוא המעורר זה החסד:

On expliquera encore 'et par elle je saurai que Tu as fait bonté avec mon maître'. Eliezer demanda cela au Saint, béni soit-Il.

Car la règle est la suivante : lorsque l'homme accomplit une mitsva, si cette mitsva relève de la mesure du 'hessed, alors il éveille la mesure du 'hessed sur le monde entier, en sorte que tous désirent faire 'hessed; et de même pour le reste des mitsvot. Et voici, toutes les mitsvot d'Avraham étaient dans le 'hessed, et il éveillait le 'hessed sur le monde entier, en sorte que tous voulaient faire 'hessed.

Et voici, en vérité, Rivka, bien qu'elle fut petite, fit ici un acte de 'hessed, car c'est Avraham qui éveillait le 'hessed sur toutes les créatures. Et c'est 'et par elle je saurai que Tu as fait bonté' : et qui est la cause de ce 'hessed? 'Avec mon maître' : ce que mon maître fait comme 'hessed, c'est cela qui éveille ce 'hessed.

וירץ העבד לקראתה כו'. פירש רש"י שראה שעלו המים לקראתה.

ופירש הרמב"ן ז"ל דדייק כן מחמת דאחר כך כתיב ותשאב לכל הגמלים, ומקודם לא נאמר לשון שאיבה מכלל דמקודם לא הוצרכה לשאוב דעלו המים לקראתה. אפס דלפי דברינו תקשי היא גופא למה אחרי כן בהשקותה את הגמלים לא עלו המים לקראתה.

ונראה בסייעתא דשמיא דאמרו חכמינו ז"ל (פסחים קיד:) דמצות צריכין כוונה, והעיקר במצות הוא המחשבה שעושה בזה רצון הבורא. ולהכי בפעם ראשונה דבדעתה היה לשאוב המים לצורכה גלל כן עלו המים לקראתה שלא תטריח עצמה, כיון שכוונתה היה לשאוב לצרכה, מה שאין כן בפעם שניה שכוונתה היה לגמול חסד להשקות הגמלים של אליעזר עבד אברהם לא עלו המים לקראתה, שכשאדם עושה מצוה יותר נחשב לעשות פעולה שבעשותו פעולה לשם מצוה נחשב לו יותר למצוה והבן:

'Et le serviteur courut à sa rencontre etc.' (Genèse 24,17). Rachi explique qu'il vit que les eaux étaient montées à sa rencontre.

Et le Ramban (Rabbi Moche ben Nahman), de mémoire bénie, explique qu'il l'a déduit ainsi du fait qu'ensuite il est écrit 'et elle puisa pour tous les chameaux', tandis qu'auparavant l'expression de puisage n'est pas employée : d'où l'on conclut qu'auparavant elle n'eut pas besoin de puiser, puisque les eaux étaient montées à sa rencontre. Seulement, selon nos propos, la difficulté se pose d'elle-même : pourquoi donc, ensuite, lorsqu'elle abreuva les chameaux, les eaux ne montèrent-elles pas à sa rencontre?

Et il apparaît, avec l'aide du Ciel, que nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Pessahim 114b) que les mitsvot requièrent l'intention (kavana), et que l'essentiel dans les mitsvot est la pensée que l'on accomplit par là la volonté du Créateur. C'est pourquoi, la première fois, où son intention était de puiser de l'eau pour son propre besoin, pour cette raison les eaux montèrent à sa rencontre afin qu'elle ne se donne pas de peine, puisque son intention était de puiser pour son besoin.

Il n'en va pas de même la seconde fois, où son intention était d'accomplir un acte de bonté en abreuvant les chameaux d'Eliezer serviteur d'Avraham : là, les eaux ne montèrent pas à sa rencontre, car lorsque l'homme accomplit une mitsva, l'effort accompli compte davantage, puisque, en faisant une action au nom d'une mitsva, cela lui est compté davantage comme mitsva. Et comprends.

בפסוק אנכי בדרך נחני ה' בית אחי אדוני (בראשית כד, כז). בדרך נקוד פתח לשון מבורר, רצה לומר על ידי הדרך ידעתי שנחני ה' בית אחי אדוני, שכיון שאמרו חכמינו ז"ל (בראשית רבה נט) שהיה לו קפיצות הארץ, דהיינו שמביא את האדם ברגע אחת מעצמו וכיון שקפץ הדרך שהלך שלא מדעתו רק שהשם יתברך הביא אותו למקום שידוע לפניו יתברך, אם כן על ידי הדרך ידעתי שכאן הוא בית אחי אדוני, שראיתי שדעתו יתברך שאעמוד פה שמע מיניה דכאן הוא המקום לעמוד משום דכאן הוא משפחת אדוני:

Sur le verset 'moi, sur le chemin (ba-derekh), ה' m'a conduit à la maison des frères de mon maître' (Genèse 24,27). 'Ba-derekh' est vocalisé avec un pata'h, expression d'une chose déterminée (mevorar, définie et connue); c'est-à-dire : c'est par le chemin lui-même que j'ai su que ה' m'avait conduit à la maison des frères de mon maître. Car puisque nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Berechit Rabba 59) qu'il bénéficia du raccourcissement de la terre (kefitsat ha-arets, le 'saut' de la route qui rapproche instantanément le voyageur de son but), c'est-à-dire que l'on amène l'homme en un instant de lui-même; et puisque le chemin s'est ainsi raccourci, en sorte qu'il alla sans le savoir et que ce fut seulement le Nom, béni soit-Il, qui l'amena au lieu connu devant Lui, béni soit-Il, alors c'est par le chemin que j'ai su que c'est ici la maison des frères de mon maître, car j'ai vu que Sa volonté, béni soit-Il, est que je m'arrête ici; on en déduit que c'est ici le lieu où s'arrêter, parce que c'est ici la famille de mon maître.

לא אוכל עד אשר דברתי דברי (בראשית כד, לג). כי אליעזר קידש את רבקה בשליחות יצחק והחתן ביום קדושין אסור לו לאכול עד אחר קדושין, וזהו לא אוכל עד אם דברתי דברי, וזהו הקדושין:

'Je ne mangerai pas avant d'avoir dit mes paroles' (Genèse 24,33). Car Eliezer consacra Rivka (kidouchin, l'acte de fiançailles qui lie juridiquement) en tant qu'émissaire de Yits'hak, et le marié, au jour des kidouchin, n'a pas le droit de manger avant les kidouchin.

Et c'est le sens de 'je ne mangerai pas avant d'avoir dit mes paroles' : et ces paroles, ce sont les kidouchin.

או יבואר, כי רצה לאכול סעודת מצוה וזהו שאמר לא אוכל עד אשר דברתי דברי, לגמור תחלה הקדושין ואחר כך יהיה סעודת מצוה:

Ou bien on expliquera : il voulait manger un repas de mitsva (seoudat mitsva, repas qui accompagne l'accomplissement d'un commandement), et c'est ce qu'il dit 'je ne mangerai pas avant d'avoir dit mes paroles', c'est-à-dire achever d'abord les kidouchin, et ensuite ce sera un repas de mitsva.

עוד יבואר, לא אוכל עד אם דברתי דברי, נראה בדרך פשוט, מפני מה לא רצה לאכול מקודם, רק שבודאי היה אליעזר יודע ברשעים אלו ועלה על דעתו בוודאי שיטילו סם במאכל וכמו שהיה כך באמת, ועל זה אמר לא אוכל עד אם דברתי דברי, והיה כוונתו בזה שלאחר סיום דבריו שהם דברי תורה כמאמר חכמינו ז"ל (בראשית רבה ס) יפה שיחתן של עבדי אבות מתורתן של בנים, בזה יהיה ניצול מן הסכנה. וכן היה שבא המלאך והפך הקערה לבתואל ויפול בשחת יפעל:

On expliquera encore 'je ne mangerai pas avant d'avoir dit mes paroles'. Il apparaît, selon le sens simple, [que l'on doit demander] pourquoi il ne voulut pas manger auparavant.

Seulement, Eliezer connaissait certainement ces méchants, et il lui vint à l'esprit avec certitude qu'ils mettraient du poison dans la nourriture, et ainsi fut-il en vérité. Sur quoi il dit 'je ne mangerai pas avant d'avoir dit mes paroles', et son intention en cela était que, après l'achèvement de ses paroles, qui sont des paroles de Torah selon la parole de nos sages, de mémoire bénie (Berechit Rabba 60) : 'plus belle est la conversation des serviteurs des pères que la Torah des fils', par cela il serait sauvé du danger.

Et ainsi fut-il : l'ange vint et retourna le plat vers Betouel, et 'il tombe dans la fosse qu'il a faite' (Psaumes 7,16).

ואגב זה יתורץ כמה קושיות. האחד, מה ראה אליעזר לסמן בסימן זה וגם לא שמע זה מאברהם.

ב', מפני מה אמרו חכמינו ז"ל יפה שיחתן של עבדי אבות. ג', מאי האריך אליעזר בסימנים באמרו הנה אנכי נצב על וגו' ובנות אנשי העיר וגו' והיה הנערה וגר, הלא היה די באמרו הנה אנכי נצב על עין המים והיה הנערה אשר אומר אליה ובה אדע וגו'.

ד', מה יולדה לבתואל ילדה לבתואל הוה ליה למימר. ונראה לתרץ על פי הפסוק וה' ברך את אברהם בכל, ואמרו חכמינו ז"ל בת היה לאברהם ובכל שמה, ונבאר על פי ב' אופנים:

Et par la même occasion se résoudront plusieurs difficultés. La première : qu'est-ce qui poussa Eliezer à se donner un tel signe, d'autant qu'il ne l'avait pas entendu d'Avraham.

Deuxièmement : pourquoi nos sages, de mémoire bénie, ont-ils dit 'plus belle est la conversation des serviteurs des pères'. Troisièmement : pourquoi Eliezer s'est-il étendu si longuement dans les signes, en disant 'voici que je me tiens sur etc.', 'et les filles des gens de la ville etc.', 'et il adviendra que la jeune fille etc.', alors qu'il eût suffi de dire 'voici que je me tiens sur la source d'eau, et il adviendra que la jeune fille à qui je dirai... et par elle je saurai etc.'.

Quatrièmement : pourquoi 'yolda le-Betouel' (יולדה לבתואל, forme passive, 'qui fut enfantée à Betouel')? Il aurait fallu dire 'yalda le-Betouel' (ילדה לבתואל, 'elle enfanta à Betouel').

Et il apparaît que l'on peut résoudre cela d'après le verset 'et ה' bénit Avraham en tout (ba-kol)' (Genèse 24,1), et nos sages, de mémoire bénie, ont dit : Avraham avait une fille et son nom était Bakol. Et nous l'expliquerons selon deux façons.

אופן א', לפי שידוע שצדיק נקרא בשם כל, דהיינו מפני שיש לו מדת הסתפקות ונחשב לו כמו כל. והטעם ב', כי ידוע שאנו נקראים בנים למקום ובפרט צדיקים אשר הם הולכים ביראת ה' כל היום וגורמים בתפילתם להשפיע לעם ישראל השפעה טובה ובוודאי ממלא לו השם יתברך כל חסרונו באופן שלא יחסר לו כלום.

וכן ראוי לכל אדם מישראל לאחוז במדות אבותינו הקדושים ואז יגרום גם כן שהשם יתברך ימלא להם כל חסרונם ותאותם כמו שאמר הכתוב (תהלים כא, ג) תאות לבו נתת לו וכו', וזאת המדה היה לאבותינו הקדושים אברהם בכל יצחק מכל יעקב כל, דהיינו שגרמו השפעות טובות וברכות לעמו ישראל. על פי זה דרשו חכמינו ז"ל (בבא בתרא טז.) במתק לשונם בת היה לאברהם אבינו ובכל שמה, ולשון בת הוא לשון מדה מלשון בת יכיל.

וזהו ששבחו חכמינו ז"ל את אברהם אבינו בת היה לו לאברהם אבינו, דהיינו מדתו של אברהם אבינו היתה שהיה לו מדת הסתפקות וגרם השפעות להעולם והבן:

Première façon : car il est connu que le tsadik est appelé du nom de 'kol' ('tout'), c'est-à-dire parce qu'il possède la mesure du contentement (histapkout, le fait de se satisfaire de ce que l'on a) et que cela lui est compté comme 'tout'. Et la deuxième raison : car il est connu que nous sommes appelés enfants du Lieu (banim la-Makom, 'fils de l'Omniprésent'), et en particulier les tsadikim, qui marchent dans la crainte de ה' tout le jour et qui causent par leur prière que soit répandue sur le peuple d'Israël une bonne effusion (hachpa'a, le flux d'abondance divine); et certainement le Nom, béni soit-Il, comble pour un tel homme tout son manque, de telle sorte que rien ne lui manque.

Et de même il convient à tout homme d'Israël de saisir les mesures de nos saints pères, et alors il causera lui aussi que le Nom, béni soit-Il, comble pour eux tout leur manque et leur désir, comme le dit le verset (Psaumes 21,3) 'le désir de son cœur Tu lui as donné, etc.'. Et cette mesure était celle de nos saints pères : Avraham 'ba-kol' (en tout), Yits'hak 'mi-kol' (de tout), Yaakov 'kol' (tout), c'est-à-dire qu'ils causèrent de bonnes effusions et des bénédictions pour Son peuple Israël.

Sur cette base, nos sages, de mémoire bénie, ont exposé (Baba Batra 16a) dans la douceur de leur langage : Avraham notre père avait une fille (bat) et son nom était Bakol; et l'expression 'bat' est une expression de mesure, du langage 'bat yakhil' (la bat, mesure de capacité). Et c'est ce par quoi nos sages, de mémoire bénie, ont loué Avraham notre père : 'Avraham notre père avait une bat', c'est-à-dire que la mesure d'Avraham notre père était qu'il possédait la mesure du contentement, et qu'il causa des effusions pour le monde.

Et comprends.

אופן הב', כי זאת ידוע לכל שאברהם אבינו עליו השלום היה עובד להבורא ברוך הוא במדת החסד ולא ללמד על עצמו יצא אלא ללמד על הכלל ישראל כלו יצא, היינו שהיה משפיע במדתו מדת החסד לכל העולם ולכל הנשמות קדושות ולכל הרוחות קדושות וגם היה לו הכח להוליד נשמות קדושות כידוע ליודעי חן וגם היה כח לאבותינו הצדיקים שהיו יכולין להעלות הדיבורים מה שהם מדברים לפעמים עם רשע או נכרי היה כח בידם לעלות אל צרופים קדושים על שהיה בהם חכמת ה' לפי שהיו דבקים תמיד בתורתו וביראתו יתברך והיה יכול גם כן להעלות דיבורו של האיש אשר סיפר עמו מחמת שהיה בבחינת חסד. וזהו וה' ברך את אברהם בכל, דהיינו שהיתה השפעתו על כל הנבראים.

וזהו מאמר חכמינו ז"ל בת היה לו לאברהם אבינו ובכל שמה, דהיינו שהיה דבוק תמיד במדת החסד ועל זה גרם שילך השפעתו בכל:

Deuxième façon : car ceci est connu de tous, qu'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, servait le Créateur, béni soit-Il, par la mesure du 'hessed, et que ce n'est pas pour enseigner sur lui-même qu'il est sorti, mais pour enseigner sur l'ensemble d'Israël tout entier, c'est-à-dire qu'il répandait par sa mesure, la mesure du 'hessed, sur le monde entier, sur toutes les âmes saintes et sur tous les esprits saints; et il avait aussi le pouvoir d'engendrer des âmes saintes, comme le savent ceux qui connaissent la science cachée (yodei hen, les initiés à la Kabbale). Et nos pères les tsadikim avaient aussi le pouvoir d'élever les paroles qu'ils prononçaient parfois avec un méchant ou avec un étranger : il était en leur pouvoir de les élever vers des combinaisons de lettres saintes (tseroufim), parce qu'il y avait en eux la sagesse de ה', du fait qu'ils étaient constamment attachés à Sa Torah et à Sa crainte, béni soit-Il.

Et il pouvait de même élever la parole de l'homme avec lequel il conversait, du fait qu'il se tenait dans l'aspect (be'hina) du 'hessed. Et c'est 'et ה' bénit Avraham en tout (ba-kol)', c'est-à-dire que son effusion se répandait sur toutes les créatures.

Et c'est la parole de nos sages, de mémoire bénie : 'Avraham notre père avait une fille (bat) et son nom était Bakol', c'est-à-dire qu'il était constamment attaché à la mesure du 'hessed, et que par cela il causa que son effusion aille en tout (ba-kol).

וזהו פירוש המאמר (בבא בתרא טז:) אבן טובה היתה תלויה בצוארו כל חולה שהיה רואה אותה מיד נתרפא, כי אותיות נקראין אבן כמבואר בספר יצירה שני אבנים בונות שני בתים. וזהו תלויה בצוארו, דהיינו שהיה עושה תמיד אותיות של חסד וגרם בזה השפעה ולפיכך כל הרואה מיד נתרפא:

Et c'est l'explication de la parole (Baba Batra 16b) : 'une pierre précieuse (even tova) était suspendue à son cou; tout malade qui la voyait était aussitôt guéri'. Car les lettres sont appelées 'even' (pierre), comme il est expliqué dans le Sefer Yetsira : 'deux pierres (avanim) bâtissent deux maisons'.

Et c'est 'suspendue à son cou', c'est-à-dire qu'il formait constamment des lettres de 'hessed et causait par là une effusion, et c'est pourquoi quiconque la voyait était aussitôt guéri.

ואליעזר עבד אברהם. על שהיה כמה שנים בביתו וראה תמיד גודל צדקתו והיה מכירו מעט במדותיו הקדושים שלא בחנם צוה לו אברהם אדוניו שיקח לו אשה ממשפחתו, אלא שבוודאי הלא דבר הוא.

ולפי שהיה יודע ומכיר עבודת אברהם אבינו שהיה תמיד במדת החסד והוליד גם כן במדותיו נשמות קדושות גם כן המה עבודתם תמיד במדת החסד, כי הם ממחצב חסד. ועל זה אמר אליעזר הקרה נא וגו' ועשה חסד, דהיינו שהתפלל תפלתו שהשם יתברך ישתף גם כן גודל חסדו וימלא תפילת אברהם אבינו שהיה גם כן במדת החסד.

ואחר כך אמר אליעזר איך אעבור חס ושלום על צוואת אדוני הצדיק הלא אני לא אדע איזה נשמה אשר הוליד במדתו כו' ונתן לו השם יתברך עצה, דהיינו אנכי נצב על עין המים, היינו אני אעמיד לי סימן במדת החסד, כי מים הם נקראים חסד כידוע. והיה העלמה אשר יוצאת גם כן לשאוב מים והיה הנערה אשר אומר אליה וכו', שבזה יהיה ניכר שגם היא אוחזת במדת החסד.

אותה הוכחת לעבדך ליצחק. ועל זה אמר ובה אדע כי עשית חסד עם אדוני אברהם, דהיינו ששיתף מדתך עם אדוני אברהם דהשפיע לכל העולם.

ודע דכן הוה, דהיינו והנה רבקה יוצאת לשאוב מים אשר ילדה לבתואל, כי באמת לא ילדה בתואל, כי שורש נשמתה של אברהם אבינו היתה. וזהו יולדה ולא ילדה.

ותיכף ומיד כשראתה והרגיש שזו מתולדה של אברהם אבינו על זה שמח שמחה גדולה ומיד נתן לה מתנות. וזה מבואר ברש"י פרשה זו כפולה בתורה ויש הרבה גופי תורה שלא ניתנו אלא ברמיזה אבל באמת שמפרשה זו יוצא לנו עבודת האל יתברך.

כן יזכנו השם יתברך לעבדו באמת ובלב שלם אמן:

'Et Eliezer, serviteur d'Avraham.' Du fait qu'il fut de nombreuses années dans sa maison et qu'il vit constamment la grandeur de sa justice, il le connaissait quelque peu dans ses saintes mesures : [il savait] que ce n'est pas en vain qu'Avraham son maître lui ordonna de prendre pour [Yits'hak] une femme de sa famille, mais que certainement il y a là une raison. Et parce qu'il savait et connaissait le service d'Avraham notre père, qui se tenait constamment dans la mesure du 'hessed, et qu'il engendra aussi par ses mesures des âmes saintes, elles aussi dont le service est constamment dans la mesure du 'hessed, car elles sont de la carrière (mah'tsav, le gisement, la source d'où l'âme est taillée) du 'hessed.

Et sur cela Eliezer dit 'fais-moi rencontrer, je te prie, etc. et fais bonté', c'est-à-dire qu'il pria sa prière pour que le Nom, béni soit-Il, associe lui aussi la grandeur de Son 'hessed et comble la prière d'Avraham notre père, qui était elle aussi dans la mesure du 'hessed. Et ensuite Eliezer dit : comment transgresserais-je, à Dieu ne plaise, l'ordre de mon maître le tsadik?

Voici que moi, je ne saurais pas quelle est l'âme qu'il a engendrée par sa mesure, etc. Et le Nom, béni soit-Il, lui donna un conseil, à savoir 'me voici debout près de la source d'eau', c'est-à-dire : je me poserai un signe dans la mesure du 'hessed, car les eaux sont appelées 'hessed, comme il est connu.

Et 'il adviendra que la jeune fille (alma)' qui sortira elle aussi pour puiser de l'eau, 'et il adviendra que la jeune fille à qui je dirai etc.', de sorte que par cela il sera reconnaissable qu'elle aussi saisit la mesure du 'hessed. 'C'est elle que Tu as désignée pour Ton serviteur, pour Yits'hak.' Et sur cela il dit 'et par elle je saurai que Tu as fait bonté avec mon maître Avraham', c'est-à-dire que Tu as associé Ta mesure à celle de mon maître Avraham, qui répandait sur le monde entier. Et sache qu'il en fut bien ainsi : 'et voici Rivka qui sortait pour puiser de l'eau, qui fut enfantée à Betouel', car en vérité ce n'est pas Betouel qui l'engendra, car la racine de son âme venait d'Avraham notre père.

Et c'est pourquoi il est écrit 'yolda' (יולדה, elle fut enfantée) et non 'yalda' (ילדה, elle enfanta). Et aussitôt, dès qu'il vit et sentit qu'elle était de la descendance d'Avraham notre père, il s'en réjouit d'une grande joie et lui donna immédiatement des présents.

Et cela est expliqué dans Rachi : cette section est doublée dans la Torah, et il y a de nombreux corps de Torah qui n'ont été donnés que par allusion; mais en vérité, de cette section sort pour nous le service de Dieu, béni soit-Il. Ainsi puisse le Nom, béni soit-Il, nous accorder de Le servir en vérité et d'un cœur entier, amen.

ונבאר למה מתחלה רצו הקדושין ולבסוף לא רצו הקדושין, כי הם לבן ובתואל לרשעה נתכוונו כפירוש רש"י שרצו להרוג אותו, כי הם לא רצו שיצחק יהיה לו זרע וקיימא לן (גיטין סד.) כל השולח שליח לקדש את האשה כל זמן שהשליח בדרך אסור בכל הנשים שמא יקדש את הערוה. ולכך בתחלה רצו הקדושין ואחר כך יהרגו את אליעזר כדי שיצחק לא יהיה לו חס ושלום זרע, כי יהיה אסור בכל הנשים:

Et nous expliquerons pourquoi, au début, ils voulurent les kidouchin, et pourquoi, à la fin, ils ne les voulurent plus. Car eux, Lavan et Betouel, avaient une intention mauvaise, selon l'explication de Rachi, selon laquelle ils voulurent le tuer; car ils ne voulaient pas que Yits'hak eût une descendance.

Et nous tenons pour établi (Guitin 64a) que, pour quiconque envoie un émissaire consacrer une femme, tant que l'émissaire est en chemin, toutes les femmes lui sont interdites, de peur qu'il ne consacre une parente interdite (erva). C'est pourquoi, au début, ils voulurent les kidouchin, et ensuite ils tueraient Eliezer, afin que Yits'hak n'ait pas, à Dieu ne plaise, de descendance, puisque toutes les femmes lui seraient interdites.

ואפנה על ימין או על שמאל. והנה רש"י פירש על שמאל, זהו בנות לוט.

והנה למה נקרא לוט על שם שמאל, כי מדת מלכות מורה על הצמצום על זה שממליך אותו עליו הוא משפיע ועל מי שאינו ממליך אותו אינו משפיע חס ושלום. והנה אף על פי שצמצום מורה על דין אף על פי כן יש שם רחמים.

וזהו הרמז שמאל, שם אל, כי אל מורה על חסד על דרך (תהלים נב, ג) חסד אל כל היום. והנה מבנות לוט בא דוד שמורה על מדת מלכות.

וזהו הרמז ששמאל מרומז על הצמצום מורה על מלכות ולכך בנות לוט מכונה על שם שמאל:

'Et que je me tourne à droite ou à gauche' (Genèse 24,49). Et voici que Rachi explique 'à gauche' : ce sont les filles de Loth.

Et pourquoi donc Loth est-il désigné par le nom de 'gauche'? Car la mesure de Malkhout (la royauté, dernière des sefirot) indique la contraction (tsimtsoum) : sur celui qui Le fait régner sur lui, Il répand; et sur celui qui ne Le fait pas régner, Il ne répand pas, à Dieu ne plaise.

Et voici que, bien que la contraction indique la rigueur (din), il s'y trouve néanmoins de la miséricorde. Et c'est l'allusion de 'semol' (שמאל, gauche) : 'chem El' (שם אל, 'le nom El'), car 'El' indique le 'hessed, selon (Psaumes 52,3) 'la bonté de Dieu ('hessed El) dure tout le jour'.

Et voici que des filles de Loth vint David, qui indique la mesure de Malkhout. Et c'est l'allusion : 'gauche' fait allusion à la contraction, laquelle indique Malkhout, et c'est pourquoi les filles de Loth sont désignées par le nom de 'gauche'.

ויצא יצחק לשוח בשדה (בראשית כד, סג). הכלל, הכנעה מביא עצבות שאין בידו לעשות כרצונו וכחפצו מחמת ההכנעה שמכניע את עצמו בפני חבירו, אך כשאדם עובד את הבורא ברוך הוא ומכניע את עצמו בפני הבורא ברוך הוא אז הוא דבוק עצמו במקור השמחה אז ממילא שורה עליו ששון ושמחה.

וזהו מרומז בפסוק ויצא יצחק לשוח בשדה, רצה לומר אימתי יצא שמחה, כי יצחק לשון שמחה. ושוח, לשון הכנעה.

בשדה, רצה לומר, כי שדה מכונה להקדושה וכשהכנעה הוא בפני הקדושה מזה יצא ששון ושמחה:

'Et Yits'hak sortit pour méditer (lasouah) dans le champ' (Genèse 24,63). La règle est la suivante : la soumission (hakhna'a, l'abaissement de soi) amène la tristesse, car [l'homme] n'a plus la possibilité d'agir selon sa volonté et selon son désir, à cause de la soumission par laquelle il s'abaisse devant son compagnon.

Mais lorsque l'homme sert le Créateur, béni soit-Il, et s'abaisse devant le Créateur, béni soit-Il, alors il est lui-même attaché à la source de la joie, et alors nécessairement se posent sur lui l'allégresse et la joie. Et c'est ce à quoi il est fait allusion dans le verset 'et Yits'hak sortit pour méditer dans le champ', c'est-à-dire : quand la joie sort-elle?

Car 'Yits'hak' est une expression de joie (de rire). Et 'souah' est une expression de soumission. 'Dans le champ', c'est-à-dire que le champ (sadeh) désigne la sainteté; et lorsque la soumission se fait devant la sainteté, de là sortent l'allégresse et la joie.

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