קדושת לוי

Kedushat Levi — Genesis, Vayera (3/4)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Elokim m'a fait un rire » (Berechit 21,6). Rabbi Lévi Its'hak enseigne que le Nom les visita dans leur vieillesse afin que Sarah éprouve d'abord de la peine, car ce qui vient sans peine ne comporte pas de joie. Elokim, aspect de la rigueur (din), l'a privée du fruit de son ventre ; c'est cela même qui lui a fait rire. « Je te rends grâce car tu m'as affligé » : par l'affliction puis le salut, on discerne que « du Nom cela est venu » (Tehilim 118). Les sages se réjouissent de l'effusion (chefa) en voyant que le Nom veille sur eux d'un œil ouvert (eina pekiha) ; « nous exulterons et nous nous réjouirons en Lui ».

Aussi : l'effusion de ce monde-ci, part de Séir venue de sa droite pour embraser le cœur ; la prosternation qui mène au néant (ayin) et adoucit les rigueurs ; le hé ajouté à Avraham, achevé en Yaakov, troisième depuis Avraham

צחוק עשה לי א-להים כו' (בראשית כא, י). הנה שכוונת השם יתברך במה שפקדם לעת זקנותם ולא כדרך כל הארץ בשני נעורים כדי שתצטער על זה ואחר כך כשיפקוד אותה יהיה שמחה גדולה, כי הדבר שבא בנקל בלי שום צער אין בה שמחה.

וזהו פירוש צחוק עשה לי א-להים, פירוש א-להים בחינת דין שמנע ממני פרי בטני עד עתה זמן רב עשה לי צחוק ושמחה. וזהו רמז בפסוק (תהלים קיח, כא) אודך כי עניתני ועל ידי כן ותהי לי לישועה (שם) כוונת הענין הוא בשביל הישועה וזהו גם כן כוונת הפסוק (שם קיח, כב) אבן מאסו הבונים ואחר כך היתה לראש פינה ואמר (שם קיח, כג) מאת ה' היתה זאת, כלומר בזה שעניתני בתחילה ואחר כך בא הישועה בזה אני מבין כי מאת ה' היתה זאת ולא כן כשהשם יתברך נותן לאדם הטוב מנעוריו אינו מבחין שהוא מהשם יתברך ואומר מקרה הוא אבל כשיש לו רע בתחלה ואחר כך משמח אותו הבורא ברוך הוא בישועתו ופודה אותו מצרה וצוקה אז מבחין שבהשגחת השם יתברך כל העולם תלוין ומאתו היתה לו זה וזה היא נפלאת בעינינו (שם) ואמר זה היום עשה ה', כדי שעל ידי כן נגילה ונשמחה בו.

והענין שבהשפעות השם יתברך יש בבחינת המקבלים ב' כיתות יש כת אחד שהם משמחים עצמם בהשפע עצמו ויש כת ב' שהם חכמים ומשכילים האמת לאשורו ושמחתם שעל ידי השפע הזאת רואה איך שהשם יתברך משגיח בעינא פקיחא ומראה חבתו היש שמחה גדולה מזה שידע האדם שמלך אדיר גדול ונורא משגיח עליו. וזהו שאמר דוד זה היום, דהיינו האור והטוב שהשם יתברך משפיע.

עשה ה' נגילה ונשמחה בו, בהשם יתברך עצמו:

"Dieu (Elokim) m'a fait un rire (tséhok), etc." (Genèse 21,6). Voici : l'intention du Nom, béni soit-Il, en les visitant au temps de leur vieillesse et non selon la voie de toute la terre, dans les années de jeunesse, fut qu'elle en éprouve d'abord de la peine, et qu'ensuite, lorsqu'Il la visiterait, il y ait une grande joie ; car la chose qui vient facilement, sans aucune peine, ne comporte pas de joie.

Et telle est l'explication de "Elokim m'a fait un rire" : Elokim est l'aspect de la rigueur (din), qui m'a privée du fruit de mon ventre jusqu'à présent, durant un long temps ; c'est cela même qui m'a fait rire et joie. Et c'est ce qui est fait allusion dans le verset (Psaumes 118,21) : "je te rends grâce car tu m'as affligé", et par ce moyen "tu as été pour moi salut" (ibid.) : l'intention de la chose était pour le salut.

Et telle est aussi l'intention du verset (ibid. 118,22) : "la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs", et ensuite "elle est devenue tête d'angle" ; et il dit (ibid.

118,23) : "du Nom (ה') cela est venu", c'est-à-dire : en ce que tu m'as affligé d'abord et qu'ensuite est venu le salut, par cela je comprends que "du Nom cela est venu". Il n'en va pas ainsi lorsque le Nom, béni soit-Il, donne à l'homme le bien des sa jeunesse : celui-là ne discerne pas que cela vient du Nom, béni soit-Il, et il dit que c'est un hasard ; mais lorsqu'il a d'abord le mal, et qu'ensuite le Créateur, béni soit-Il, le réjouit par son salut et le délivre de la détresse et de l'angoisse, alors il discerne que tout le monde est suspendu à la providence du Nom, béni soit-Il, et que de Lui cela lui est venu, et "cela est merveille à nos yeux" (ibid.).

Et il dit : "c'est le jour qu'a fait le Nom", afin que par cela "nous exultions et nous nous réjouissions en Lui". Et la chose est que, dans les effusions (chefa) du Nom, béni soit-Il, il y a, du côté de ceux qui reçoivent, deux catégories : il y a une première catégorie, ceux qui se réjouissent de l'effusion elle-même ; et il y a une seconde catégorie, ceux qui sont sages et qui comprennent la vérité en sa juste mesure, et leur joie est que, par cette effusion, ils voient comment le Nom, béni soit-Il, veille sur eux d'un œil ouvert (eina pekiha) et leur montre son affection.

Y a-t-il joie plus grande que celle-ci, que l'homme sache qu'un roi puissant, grand et redoutable veille sur lui ? Et c'est ce qu'a dit David : "c'est le jour", c'est-à-dire la lumière et le bien que le Nom, béni soit-Il, fait affluer ; "qu'a fait le Nom, nous exulterons et nous nous réjouirons en Lui" : dans le Nom, béni soit-Il, Lui-même.

וזהו הענין וזרח משעיר למו הופיע וכו' (דברים לג, ב), הנה לכל מבין יקשה הלא כבר חלקו עשו עם יעקב קודם הלידה עם ב' עולמות זה נטל חלקו בעולם הזה וזה נטל חלקו בעולם הבא, אם כן מהיכן אנו מקבלים שפע עולם הזה. ואם תאמר שכר מצוה, הא שכר מצוה בהאי עלמא ליכא כנודע.

אלא הענין, שכל אדם מישראל צריך לעבוד הבורא בדביקות והתלהבות הנפש מאוד בכל עת ורגע כמו שהשם יתברך משגיח עליו בכל עת ורגע ואינו מניח אותו חלילה בלי השגחה אפילו רגע אחד וזהו רחמנות השם יתברך שמראה לו לפעמים לאדם שמשגיח בנתנו שפע רב ואין זו שכר מצוה רק הכונה לעבדו על להבא ואז אפילו על פי פשוט יכול להבין שהשם יתברך משגיח עליו ואינו מניחו רגע בלי השגחה וזהו כוונת וזרח משעיר למו, מחלק השייך לשעיר. וכן הופיע וכו', היינו קושיא הנ"ל.

והתירוץ מימינו אש דת למו (שם) רצה לומר מה שנותן להם חלק משעיר הוא מימינו, מחמת אהבת השם יתברך המכונה בשם ימינו. וזהו אש דת למו, היינו שיתלהב לבם על מה שנתן למו.

ולזה הטעם קרא אברהם שם בנו יצחק, כי בא מחמת שהיה שמח בביאתו לכן היה יצחק בבחינת יראה, כי בא בעבור שמחה ושמחה שורשה אש ואש היא יראה. והנה בחינת שמחה אינה תמידיות כי הוא בבחינת מקבל מזה שגרם השמחה והחכמה שלה היא תמידית, וזהו החכמה תחיה בעליה (קהלת ז, יב) והנה מחשבה אותיות בשמחה ומחשבה היא ראשונה ותמידיות וכשאדם בא לאין ומדבק עצמו במקור החיים ואז שופע עליו חיות ואז בא לעולם התמורה ומעלה אותו לאדון הכל להיות הכל דבוק בהשם יתברך חי וקיים לעד וזהו סוד והיה הוא ותמורתו יהיה קודש (ויקרא כז, י) וזהו שאמרו חכמינו ז"ל (ירושלמי ברכות ב, ד) בט' באב נולד משיח, כי אז הוא עולם התמורה ואז יכול להיות הגאולה:

Et telle est la chose de "il a resplendi de Séir pour eux, il est apparu, etc." (Deutéronome 33,2). Voici, pour tout homme qui comprend il y a une difficulté : Esav et Yaakov n'ont-ils pas déjà partagé entre eux, avant la naissance, les deux mondes, celui-ci prenant sa part dans ce monde-ci et celui-là prenant sa part dans le monde à venir ?

S'il en est ainsi, d'où recevons-nous l'effusion de ce monde-ci ? Et si tu dis : c'est la récompense du commandement (mitsva), or il n'y a pas de récompense du commandement en ce monde-ci, comme on le sait.

Mais la chose est ainsi : tout homme d'Israël doit servir le Créateur avec attachement (devekout) et un très grand embrasement de l'âme, à tout instant et à tout moment, de même que le Nom, béni soit-Il, veille sur lui à tout instant et à tout moment et ne l'abandonne pas, à Dieu ne plaise, sans providence, fut-ce un seul instant. Et telle est la miséricorde du Nom, béni soit-Il, qui montre parfois à l'homme qu'Il veille sur lui, en lui donnant une abondante effusion ; et ce n'est pas la récompense du commandement, mais l'intention est qu'il Le serve à l'avenir ; et alors, même selon le sens simple, il peut comprendre que le Nom, béni soit-Il, veille sur lui et ne le laisse pas un instant sans providence.

Et telle est l'intention de "il a resplendi de Séir pour eux" : de la part qui revient à Séir. Et de même "il est apparu, etc." : c'est la difficulté mentionnée ci-dessus.

Et la réponse est "de sa droite un feu de loi pour eux" (ibid.) : il veut dire que ce qu'Il leur donne d'une part de Séir vient de sa droite, en raison de l'amour du Nom, béni soit-Il, qui est désigné du nom de "sa droite". Et c'est "un feu de loi pour eux" : que leur cœur s'embrase pour ce qu'Il leur a donné.

Et pour cette raison Avraham appela son fils du nom de Yitshak, car il vint du fait qu'il se réjouissait de sa venue ; c'est pourquoi Yitshak fut dans l'aspect de la crainte (yira), car il vint à cause de la joie, et la joie à sa racine dans le feu, et le feu est la crainte. Et voici, l'aspect de la joie n'est pas permanent, car il est dans l'aspect de celui qui reçoit de ce qui a cause la joie ; mais la sagesse ('hokhma) qui lui appartient est permanente, et c'est "la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent" (Ecclésiaste 7,12).

Et voici, "pensée" (מחשבה) a les mêmes lettres que "dans la joie" (בשמחה), et la pensée est première et permanente. Et lorsque l'homme vient au néant (ayin) et s'attache lui-même à la source des vies, alors la vitalité se déverse sur lui, et alors il vient au monde de l'échange (temoura), et il l'élève vers le Maître de tout, pour que tout soit attaché au Nom, béni soit-Il, vivant et subsistant à jamais.

Et tel est le secret de "et il sera, lui et son échange, saint" (Lévitique 27,10). Et c'est ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie (Talmud de Jérusalem, Berakhot 2,4) : le neuf av est né le Messie ; car alors c'est le monde de l'échange, et alors la délivrance peut advenir.

ולזה כיונו חכמינו ז"ל במדרש פרשה זו ונשתחוה ונשובה אליכם, אמר ר' יהודה הכל בזכות השתחויה אברהם לא חזר מהר המוריה כו'. שהשתחויה מורה על השפלות מחמת הסתכלות בגדלות מי שהשתחוה אליו מבין שפלות עצמו ובא לאין ומכח זה נמתקים כל הדינים.

ולזה אמר אברהם אבינו עליו השלום לא חזר מהר המוריה שלם אלא בהשתחויה, כי על ידי שבא לאין חזר לשלום בלי שום פגע כי היה ממתיק מעליו כל הדינין וכן התורה לא נתנה אלא בהשתחויה, דהיינו על ידי אין שנתדבקו באין והיו יכולין לקבל את התורה. וזהו והשתחויתם מרחוק, רצה לומר השתחויה שתבואו לאין מרחוק שתהיה מרוחק ומופשט מאצליכם ועל ידי זה יהיו מוכנים לקבל את התורה.

וזהו רמז מרחוק ה' נראה לי, כשאני מרחוק שאין אני אצלי במחשבה כלל אזי ה' נראה לי. וכן הגלות אין אנו מתכנסין אלא בזכות השתחויה שעל ידי שיבואו למדת אין יסתום פיות המקטריגים שנאמר (ישעיה כז, יג) והיה ביום ההוא יתקע וכו' והשתחוו וכו', ודוק היטב:

Et c'est vers cela qu'ont visé nos sages de mémoire bénie dans le Midrach de cette section, sur "et nous nous prosternerons et nous reviendrons vers vous" (Genèse 22,5) : Rabbi Yehouda a dit, tout est par le mérite de la prosternation ; Avraham n'est revenu du mont Moria, etc. Car la prosternation indique l'abaissement : du fait de contempler la grandeur de Celui devant qui il se prosterne, il comprend sa propre bassesse et vient au néant (ayin), et par cette force toutes les rigueurs (dinim) sont adoucies.

Et c'est pourquoi il est dit qu'Avraham notre père, la paix sur lui, n'est revenu du mont Moria en paix que par la prosternation ; car du fait qu'il est venu au néant, il est revenu en paix sans aucun dommage, puisqu'il écartait de lui, en les adoucissant, toutes les rigueurs. Et de même la Torah ne fut donnée que par la prosternation, c'est-à-dire par le néant : ils se sont attachés au néant et ils ont pu recevoir la Torah.

Et c'est "et vous vous prosternerez de loin" (Exode 24,1) : il veut dire une prosternation par laquelle vous viendrez au néant "de loin", en sorte que [le moi] soit éloigné et séparé de vous ; et par cela ils seront prêts à recevoir la Torah. Et c'est ce qui est fait allusion dans "de loin le Nom m'est apparu" (Jérémie 31,2) : lorsque je suis loin, que je ne suis nullement auprès de moi-même dans la pensée, alors le Nom m'apparaît.

Et de même pour l'exil : nous ne serons rassemblés que par le mérite de la prosternation, car du fait qu'ils viendront à la mesure du néant, cela fermera la bouche des accusateurs, ainsi qu'il est dit (Isaie 27,13) : "et il sera en ce jour-là, on sonnera, etc., et ils se prosterneront, etc." Et examine bien cela.

ויעש אברהם משתה גדול ביום הגמל את יצחק. וכתיב בתוספות ביום ה' ג' מל.

הכלל, כי אברהם בעת המילה ניתוסף ה' על שמו כי בתחילה היה שמו אברם ובעת המילה ניתוסף ה' על שמו. והנה באמת השתלשלות זרע אברהם היה עיקר מיעקב אבינו כי ממנו נולד י"ב שבטי י"ה.

ובאמת מה שלא היה הי"ב שבטים מאברהם מחמת שהוא לא נימול לשמונה ויצחק גם כן בא מזרע שלא נימול לשמונה לכך לא היה ממנו הי"ב שבטים אבל יעקב הנולד מזרע הנימול לשמונה בא ממנו הי"ב שבטים ונמצא נגמר הה"א שניתוסף באברהם ביעקב, כי יצחק הוא הראשון הנימול לשמונה ממנו בא הגאולה כמאמר חכמינו ז"ל אתה אבינו וכו', רומז על הגאולה. ונמצא באמת תוספות הה' על אברהם שמורה על הגאולה נשלם ביעקב שנולד מזרע אברהם הנמול לשמונה.

וזהו הרמז ה' ג' מל שנשלם הה' בג' שהוא יעקב שלישי לאברהם:

"Et Avraham fit un grand festin le jour où Yitshak fut sevré" (Genèse 21,8). Et il est écrit dans les Tossefot (Daat Zekenim des maîtres des Tossefot) que "le jour du sevrage" (ביום הגמל) se lit ביום ה' ג' מל, "le jour où le hé, au troisième, fut circoncis".

Le principe est celui-ci : Avraham, au moment de la circoncision, reçut l'ajout d'un hé à son nom, car au début son nom était Avram, et au moment de la circoncision un hé fut ajouté à son nom. Et voici, en vérité, la descendance de la semence d'Avraham eut son fondement principal en Yaakov notre père, car de lui naquirent les douze tribus de Y-ah.

Et en vérité, si les douze tribus ne sont pas venues d'Avraham, c'est parce que lui-même ne fut pas circoncis au huitième jour ; et Yitshak lui aussi vint d'une semence qui n'avait pas été circoncise au huitième jour, c'est pourquoi les douze tribus ne vinrent pas de lui ; mais Yaakov, né d'une semence circoncise au huitième jour, de lui vinrent les douze tribus. Il se trouve donc que le hé ajouté à Avraham s'est achevé en Yaakov ; car Yitshak est le premier à avoir été circoncis au huitième jour, et de lui vient la délivrance, selon la parole de nos sages de mémoire bénie : "c'est toi notre père, etc.", ce qui fait allusion à la délivrance.

Il se trouve donc en vérité que l'ajout du hé à Avraham, qui indique la délivrance, s'est achevé en Yaakov, né de la semence d'Avraham circoncise au huitième jour. Et telle est l'allusion de ה' ג' מל : que le hé s'est achevé au troisième, qui est Yaakov, troisième depuis Avraham.

והוכיח אברהם את אבימלך על אודות הבאר וכו' ויאמר אבימלך לא ידעתי מי עשה את הדבר הזה וגם אתה לא הגדת לי וגם אנכי לא שמעתי וכו' (בראשית כא, כה-כו). הכלל הוא, שהצדיק מוכיח את הרשע שלא יעשה נגד הקדוש ברוך הוא ונגד התורה.

והנה בכאן הוכיח את אבימלך אשר גזלו עבדיו ואמר לו שהקדוש ברוך הוא ברא עולמו ונתן לו תורת אמת וכתיב בתורה שאסור לגזול. ויש עוד בחינה כשהצדיק מוכיח את הרשע אזי אלו אותיות שהצדיק המוכיח מוציא מפיו מאירים לעיני רשע ואז הרשע יכול לחזור בתשובה כאשר זוכה שאותיות הצדיק עושים רושם אצלו ומאירים לפניו אז בקל יכול הרשע לעשות תשובה.

והנה הקדוש ברוך הוא נקרא מי וכן מבואר. ולכן אמר פרעה הרשע מי ה'.

וזהו שהשיב אבימלך לא ידעתי מי עשה את הדבר הזה, וגם הקדוש ברוך הוא נקרא זה כמאמר הכתוב (שמות טו, ב) זה אלי, וגם פסוק (ישעיה כה, ט) זה ה' קוינו לו. והשיב שלא ידע שיש בורא עולם רק מחמת ידיעתו של אברהם שהוכיח אותו להודיע לו, וגם אתה הוא אותיות התורה מא' ועד תי"ו היוצאים מה' מוצאות הפה וזה אתה לא הגדת לי, לשון מזל העליון השופע עלינו ומאיר על האדם מלשון גד גדוד וגו' (בראשית מט, יט) כלומר עדיין האותיות לא האירו מול פני למען לשוב בתשובה עד עתה שעתה בתוכחה שלך האירו האותיות לפני.

וגם אנכי לא שמעתי, אנכי הוא התורה, כי בראשון שמעו ישראל אנכי מהתורה. וזהו שאמר בלתי היום, קאי אשלשה בחינות, כלומר שאלו שלשה בחינות היום השיג בתוכחה שהוכיח אברהם אותו ודו"ק:

"Et Avraham réprimanda Avimelekh au sujet du puits, etc. Et Avimelekh dit : je ne sais pas qui a fait cette chose, et toi non plus tu ne me l'as pas dit, et moi non plus je n'ai pas entendu, etc." (Genèse 21,25-26).

Le principe est que le juste (tsadik) réprimande le méchant afin qu'il n'agisse pas contre le Saint, béni soit-Il, et contre la Torah. Et voici, ici il réprimanda Avimelekh, dont les serviteurs avaient volé, et il lui dit que le Saint, béni soit-Il, a créé son monde et lui a donné une Torah de vérité, et qu'il est écrit dans la Torah qu'il est interdit de voler.

Et il y a encore un autre aspect : lorsque le juste réprimande le méchant, alors les lettres que le juste qui réprimande fait sortir de sa bouche éclairent les yeux du méchant, et alors le méchant peut revenir en repentir (techouva), lorsqu'il mérite que les lettres du juste laissent une empreinte chez lui et éclairent devant lui ; alors le méchant peut aisément faire repentance. Et voici, le Saint, béni soit-Il, est appelé "qui" (מי), ainsi que cela est expliqué ; et c'est pourquoi Pharaon le méchant dit : "qui est le Nom ?" (מי ה').

Et c'est ce que répondit Avimelekh : "je ne sais pas qui (מי) a fait cette chose". Et le Saint, béni soit-Il, est aussi appelé "celui-ci" (זה), selon la parole de l'Écriture (Exode 15,2) : "celui-ci est mon Dieu", et aussi le verset (Isaie 25,9) : "celui-ci est le Nom, nous avons espéré en Lui".

Il répondit donc qu'il ne savait pas qu'il y a un Créateur du monde, si ce n'est par la connaissance d'Avraham qui le réprimanda pour le lui faire savoir. Et "toi non plus" (וגם אתה) : "toi" (אתה), ce sont les lettres de la Torah, depuis le alef jusqu'au tav, qui sortent des cinq lieux d'articulation de la bouche ; et c'est "et toi tu ne me l'as pas dit (הגדת)", terme qui désigne la constellation d'en haut (mazal) qui se déverse sur nous et éclaire l'homme, du langage de "Gad, une troupe le pressera, etc." (Genèse 49,19) ; c'est-à-dire : jusqu'à présent les lettres n'avaient pas éclairé devant ma face pour que je revienne en repentir, jusqu'à maintenant où, par ta réprimande, les lettres ont éclairé devant moi.

"Et moi non plus je n'ai pas entendu" : "moi" (אנכי), c'est la Torah, car au premier [commandement] Israël entendit "Anokhi" de la Torah. Et c'est ce qu'il dit : "sinon aujourd'hui", ce qui se rapporte aux trois aspects ; c'est-à-dire que ces trois aspects, il les a atteints aujourd'hui par la réprimande dont Avraham l'a repris.

Et examine bien cela.

ויאמר אדני א-להים במה אדע (בראשית טו, ח). עיין ברכות דף ז' ע"ב למען אדני למען אברהם שקראך אדון.

הכלל הוא, עד אברהם לא היה נשמה בעולם שיהיה יכול לבטל גזירות הקדוש ברוך הוא. והא ראיה נח לא היה יכול לבטל המבול וכן שת היה צדיק ובימיו הציף הים שליש עולם ואברהם היה הנשמה הראשונה בעולם שהיה יכול לבטל גזירות השם יתברך.

ובאמת אף על פי שהיה אברהם יכול לבטל גזירות הקדוש ברוך הוא אף על פי כן ידע שהקדוש ברוך הוא אדון עליו וזהו למען אברהם וכו':

"Et il dit : mon Seigneur (A-donay) Elokim, à quoi saurai-je" (Genèse 15,8). Vois Berakhot page 7b : "pour l'amour du Seigneur", pour l'amour d'Avraham qui t'a appelé Maître (adon).

Le principe est celui-ci : jusqu'à Avraham il n'y eut pas dans le monde d'âme capable d'annuler les décrets du Saint, béni soit-Il. Et la preuve en est : Noah ne put pas annuler le déluge ; et de même Chet était un juste, et de ses jours la mer submergea un tiers du monde.

Et Avraham fut la première âme dans le monde qui put annuler les décrets du Nom, béni soit-Il. Et en vérité, bien qu'Avraham fut capable d'annuler les décrets du Saint, béni soit-Il, il savait malgré tout que le Saint, béni soit-Il, était Maître sur lui ; et c'est "pour l'amour d'Avraham, etc."

ויהי אחר הדברים האלה והא-להים נסה את אברהם ויאמר אליו אברהם (בראשית כב, א). והנה יש להבין למה כאן אמר פעם אחד אברהם והמלאך קרא לו אברהם אברהם ב' פעמים.

ועוד בראשונה אמר לו ולא חשכת את בנך כו' ממני, ובקריאה ב' לא אמר ממני (בראשית כב, יב). ויובן על פי פירוש רש"י אצל שמואל שמואל בכל מקום שכפול וכן באברהם עצמו שמו מורה על חבה וכאן בשעה שאמר לו הקדוש ברוך הוא שיעשה המצוה לא הראה לו שום חיבה מחמת עשיית המצוה אבל כשלא שחט אותו אז הראה לו חבה שזה הוא המצוה מה שלא ישחוט אותו.

וזהו שאמר ממני, כמאמר חכמינו ז"ל (בראשית רבה נו) שמלאכי השרת היו בוכים על עקידת יצחק שלא ישחט. וזהו שאמר המלאך ולא חשכת את בנך את יחידך ממני, כלומר שאני הוא הגורם שהייתי בוכה לפני הקדוש ברוך הוא וזהו ממני ודו"ק:

"Et il arriva après ces choses que Dieu (ha-Elokim) éprouva Avraham, et il lui dit : Avraham" (Genèse 22,1). Et voici, il y a lieu de comprendre pourquoi ici il dit une seule fois "Avraham", tandis que l'ange l'appela "Avraham, Avraham", deux fois.

Et de plus, la première fois il lui dit "et tu n'as pas épargné ton fils, etc., de moi" (ממני), et lors du second appel il n'a pas dit "de moi" (Genèse 22,12 et 22,16). Et cela se comprendra selon l'explication de Rachi a propos de "Chemouel, Chemouel" : partout où [le nom] est double, c'est une expression d'affection ; et de même chez Avraham, son nom lui-même indique l'affection.

Et ici, au moment où le Saint, béni soit-Il, lui dit d'accomplir le commandement, Il ne lui montra aucune affection du fait de l'accomplissement du commandement ; mais lorsqu'il ne l'égorgea pas, alors Il lui montra de l'affection, car c'est cela le commandement : qu'il ne l'égorge pas. Et c'est ce qu'il dit "de moi", selon la parole de nos sages de mémoire bénie (Bereshit Rabba 56) que les anges de service pleuraient sur la ligature (akeda) de Yitshak, pour qu'il ne soit pas égorgé.

Et c'est ce que dit l'ange : "et tu n'as pas épargné ton fils, ton unique, de moi", c'est-à-dire : c'est moi qui en suis la cause, moi qui pleurais devant le Saint, béni soit-Il ; et c'est là le sens de "de moi". Et examine bien cela.

בפסוק הנה האש והעצים ואיה השה לעולה (בראשית כב, ז). נראה דיצחק שאל אותו דהלא הנסיון העיקר הוא שתשחוט את בנך אבל למה לך עצים ואש לשרוף אותו אחר שכבר נשחט ואינו חי מה נסיון הוא אם תניח אותו או שתשרוף אותו אחר שכבר יהיה נשחט ולמה לך לשרוף אותו ועל כרחך העצים והאש אינו עבורי רק בשביל שה ועל כן ואיה השה לעולה.

ומתורץ על פי זה מה שלא שאל אותו על המאכלת דבאמת זה ידע שהוא על עצמו והשיב לו אברהם א-להים יראה לו השה לעולה בני, דאתה חשוב אצלי בשביל אהבת הבורא כשה לשרוף אותך על קידוש שמו:

Sur le verset "voici le feu et le bois, et où est l'agneau pour l'holocauste" (Genèse 22,7). Il semble que Yitshak lui ait demandé ceci : l'essentiel de l'épreuve n'est-il pas que tu égorges ton fils ?

Mais pourquoi te faut-il du bois et du feu pour le brûler, après qu'il aura déjà été égorgé et qu'il ne sera plus vivant ? Quelle épreuve y a-t-il à le laisser ou à le brûler, après qu'il aura déjà été égorgé ?

Et pourquoi te faudrait-il le brûler ? Force est donc de dire que le bois et le feu ne sont pas pour moi, mais seulement pour un agneau ; et c'est pourquoi : "et où est l'agneau pour l'holocauste ?" Et par là se résout aussi la question de savoir pourquoi il ne l'interrogea pas au sujet du couteau : car en vérité il savait, quant à celui-là, qu'il était pour lui-même.

Et Avraham lui répondit : "Dieu (Elokim) se choisira l'agneau pour l'holocauste, mon fils", c'est-à-dire : tu es estimé à mes yeux, en raison de l'amour du Créateur, comme un agneau, pour te brûler pour la sanctification de son Nom.

ויאמר אל תשלח ידך אל הנער ואל תעש וכו' כי עתה ידעתי כו' ולא חשכת את בנך את יחידך ממני (בראשית כב, יב). ויש לדקדק למה כתב כאן ממני ואחר כך כתיב ויאמר בי נשבעתי כו' ולא חשכת את בנך את יחידך ולא כתיב ממני.

ונראה לתרץ ומתחילה נבאר הגמרא (שבת סג.) העושה מצוה כמאמרה אין מבשרין לו כו'. וקשה מאי לשון כמאמרה.

והענין כל מה שאדם עושה מצוה או לומד תורה צריך להסתכל שיהיה כוונתו בלתי לה' לבדו לעשות נחת רוח ליוצרו יתעלה. אמנם אחר המעשה לא יעלה בלבו חלילה שכבר עשה רצון הבורא ברוך הוא שאם יחשוב כך וודאי אין מעשיו רצוין כלל ועדיין בן זומא מבחוץ ולא קרב אל פתח העבודה אפילו שאם היה באמת שעשה איזה נחת רוח להבורא ברוך הוא יהיה מכיר בשפלותו שעדיין לא התחיל לעבדו יתברך מכח יראת הבורא שהיה נופל עליו כמשל מי שזכה לבוא לפלטין המלך מי שבא להיכל יותר פנימי רואה יותר גדולת המלך ועשרו סגולת מלכים ואדרכמונים כך מה שאדם עושה יותר המצוה בדחילו ורחימו זוכה ונכנס להיכל המלך יותר פנימי וכל מה שנכנס יותר יותר פנימי יותר רואה שם גדולת המלך מלכו של עולם יתברך שמו ורוממותו ונתחייב מזה כשנופל בדעת העושה איזה עובדא שעשה מאומה נחת רוח להבורא וודאי רחוק עדיין ואל פתח העבודה לא בא לעבודתו יתברך:

"Et il dit : n'étends pas ta main vers l'enfant et ne lui fais rien, etc., car maintenant je sais, etc., et tu n'as pas épargné ton fils, ton unique, de moi (ממני)" (Genèse 22,12). Et il y a lieu de préciser pourquoi il est écrit ici "de moi", alors qu'ensuite il est écrit "et il dit : par moi-même j'ai juré, etc., et tu n'as pas épargné ton fils, ton unique", sans qu'il soit écrit "de moi".

Et il semble qu'on puisse répondre ; mais expliquons d'abord la Guemara (Chabbat 63a) : "celui qui accomplit un commandement comme il a été dit (kémaamara), on ne lui annonce pas, etc." Et la difficulté est : que signifie l'expression "comme il a été dit" ? Et la chose est celle-ci : tout ce que l'homme accomplit comme commandement, ou lorsqu'il étudie la Torah, il doit veiller à ce que son intention ne soit pour rien d'autre que pour le Nom seul, pour faire satisfaction à Celui qui l'a formé, qu'Il soit exalté.

Toutefois, après l'action, qu'il ne monte pas en son cœur, à Dieu ne plaise, qu'il a déjà accompli la volonté du Créateur, béni soit-Il ; car s'il pense ainsi, assurément ses actes ne sont aucunement agréés, et il est encore "Ben Zoma au dehors" et il ne s'est pas approché de la porte du service. Et cela, même s'il était vrai qu'il a fait quelque satisfaction au Créateur, béni soit-Il : il reconnaîtrait alors sa bassesse, à savoir qu'il n'a pas encore commencé à Le servir, qu'Il soit béni, par la force de la crainte du Créateur qui tomberait sur lui.

À la manière de la parabole de celui qui a mérité d'entrer dans le palais du roi : celui qui entre dans une salle plus intérieure voit davantage la grandeur du roi, sa richesse, les trésors des rois et les pièces d'or. Ainsi, plus l'homme accomplit le commandement avec crainte et amour (dehilou ou-rehimou), plus il mérite d'entrer dans une salle plus intérieure du roi ; et plus il entre profondément, plus il voit la la grandeur du roi, Roi du monde, béni soit son Nom, et son élévation.

Et il en découle que lorsqu'il tombe dans la pensée de celui qui agit qu'il a fait, par quelque acte accompli, quelque satisfaction au Créateur, assurément il est encore loin, et il n'est pas venu à la porte du service, à son service, qu'Il soit béni.

והנה לשון מצוה פירוש לשון חיבור כנודע לשון צוותא חדא. וזהו פירוש כל העושה מצוה כמאמרה, כפירושה של מצוה שמתחבר עצמו על ידי כן להבורא יתברך שמו וכו', ויש מצות שאין בהם שום הנאה גופניות כמו תפילין וציצית ודומה להן ויש מצות שבהם יש הנאת הגוף כגון מאכלות שבת ויום טוב, והנפקותא שבאלו המצות חומרא גדולה שלא יהא לו פניה בהן.

ובזה מתורץ בפרשת עקידה אל תשלח ידך אל הנער וכו' כי עתה כו', פירוש עתה כשאני רואה שאפילו מה שאתה מורידו מן העקידה גם כן בלי שום פניה מזה ידעתי כי ירא א-להים אתה. ועל דרך זה נראה מה שאמר יען אשר עשית את הדבר הזה ולא חשכת, ולא נאמר ממני, כי שם מדבר על העלאה לעקידה כמשמעות לשון עשית את הדבר הזה ובהעלאה אינו צריך להשמיענו כי אז בוודאי עשה לאהבת יתברך שמו ולא היה שום פניה אבל לעיל מדבר על הירידה וזה ממני, שאפילו הירידה היה גם כן ממני, בלי שום פניה והבן:

Et voici, le terme "commandement" (mitsva) signifie liaison, comme on le sait, du langage de "compagnie unique" (tsavta hada). Et telle est l'explication de "quiconque accomplit un commandement comme il a été dit (kemaamara)" : selon le sens même du mot mitsva, qu'il se lie par là au Créateur, béni soit son Nom, etc.

Et il y a des commandements dans lesquels il n'y a aucun plaisir corporel, comme les téfilines et les tsitsit et leurs semblables ; et il y a des commandements dans lesquels il y a un plaisir du corps, comme les repas du Chabbat et des fêtes ; et la conséquence, dans ces commandements-là, est une grande sévérité : qu'il n'y ait pas en eux d'arrière-pensée intéressée (pniya). Et par cela se résout, dans la section de la ligature (akeda), "n'étends pas ta main vers l'enfant, etc., car maintenant, etc." : l'explication en est que "maintenant", quand je vois que même le fait que tu le fais descendre de la ligature est lui aussi sans aucune arrière-pensée, par cela "je sais que tu crains Dieu (Elokim)".

Et de cette manière on comprend ce qui est dit : "parce que tu as fait cette chose et que tu n'as pas épargné", où il n'est pas dit "de moi" ; car là il parle de la montée vers la ligature, comme l'indique l'expression "tu as fait cette chose", et pour la montée il n'était pas nécessaire de nous l'apprendre, car alors il a assurément agi par amour de son Nom, béni soit-Il, et il n'y avait aucune arrière-pensée ; mais plus haut il parle de la descente, et c'est là le sens de "de moi" : que même la descente fut elle aussi "de moi", sans aucune arrière-pensée. Et comprends.

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