קדושת לוי

Kedushat Levi — Genesis, Vayera (1/4)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Hachem lui apparut » (Berechit 18,1) : pourquoi le verset ne nomme-t-il pas Avraham ? Selon Rabbi Lévi Its'hak, l'abondance divine se resserre dans des lettres, celles du nom de chaque monde et de chaque homme ; Avraham la reçoit à travers les lettres de son nom. Celui qui sert D.ieu avec don de soi (messirout nefech) se dépouille de ses propres lettres et s'attache à l'abondance d'avant ce resserrement. En se circoncisant dans sa vieillesse, Avraham a atteint ce degré : il n'est plus appelé par son nom.

Aussi : les trois visiteurs, Avraham, Its'hak et Yaakov réunis par la circoncision ; les anges nourris par les mitsvot d'Israël ; pourquoi D.ieu a modifié les paroles de Sarah.

וירא אליו ה' באלוני כו' (בראשית יח, א). ויש לדקדק למה לא כתב וירא ה' אל אברהם ולמה אינו מזכיר שמו.

ונראה, כי הבורא ברוך הוא משפיע שפע לברואיו ויש שפע אשר לא צמצם עדיין בעולמות. והנה השפע אשר היא מצומצם בעולמות הוא באותיות כגון עולם השרפים הצמצום הוא באותיות שרפים וכן לכל העולמות שלהם וכן לעולם התחתון לכל אחד כפי אותיות שלו, היינו לאברהם השפע מצמצום אברהם וכן לכל אדם.

והנה האדם העובד להשם יתברך במסירת נפש אז הוא מתפשט מאותיות ומדבק עצמו להשפע אשר עדיין לא נתצמצם באותיות. והנה אברהם אבינו עליו השלום מל עצמו לעת זקנותו והיה עובד הבורא ברוך הוא במסירת נפש ועל ידי זה נתפשט עצמו מן האותיות שלו, כי הוא דבוק בהשפע אשר עדיין לא נתצמצם באותיות ולא נקרא בשמו כלל.

וזהו וירא אליו ה', שלא נקרא בשמו כלל:

"Et le Nom lui apparut dans les chênes de, etc." (Genèse 18,1). Il y a lieu de s'interroger : pourquoi n'est-il pas écrit "et le Nom apparut à Avraham", et pourquoi son nom n'est-il pas mentionné ?

Et il semble que le Créateur béni soit-Il déverse l'abondance (chefa, flux divin) sur Ses créatures, et il est une abondance qui n'a pas encore été contractée (tsimtsoum, contraction de la lumière) dans les mondes. Or l'abondance qui est contractée dans les mondes se tient dans les lettres : ainsi le monde des Serafim, où la contraction se fait dans les lettres du mot Serafim, et de même pour tous les mondes selon leurs lettres, et de même pour le monde inférieur, pour chacun selon ses lettres - c'est-à-dire que pour Avraham l'abondance vient de la contraction dans les lettres du mot Avraham (אברהם), et ainsi pour chaque homme.

Or l'homme qui sert le Nom béni soit-Il avec don de soi (messirout nefech, littéralement "livraison de l'âme") se dépouille alors des lettres et s'attache à l'abondance qui n'a pas encore été contractée dans les lettres. Or Avraham notre père, la paix soit sur lui, s'est circoncis lui-même au temps de sa vieillesse et servait le Créateur béni soit-Il avec don de soi, et par cela il s'est dépouillé de ses propres lettres, car il est attaché à l'abondance qui n'a pas encore été contractée dans les lettres, et il n'est plus appelé par son nom du tout.

Et c'est le sens de "et le Nom lui apparut" : car il n'est plus appelé par son nom du tout.

וירא והנה שלשה אנשים נצבים עליו (בראשית יח, ב). ופירש הזוהר הקדוש והנה שלשה אנשים אלו אברהם יצחק ויעקב.

ויובן דברי מאמר הזוהר. דידוע דאברהם אבינו עליו השלום עבד תמיד ה' באהבה ובמילה עבד ה' ביראה ויראה היא גבורה ובמילה מכרית הערלה ובזה מכרית כל הקליפות כנזכר בכתבי אריז"ל והוא שמתגבר על כל הקליפות.

אם כן אז במילה היה באברהם אבינו עליו השלום אהבה ויראה אהבה מדריגת אברהם ויראה דהיא גבורה מדריגת יצחק אבינו עליו השלום שבעת שמל עבד השם יתברך במדת גבורה. וידוע דבכל מקום שיש אהבה ויראה דהוא אש ומים מוכרח שיהיה מדה הממוצע דהיא תפארת בחינת יעקב אבינו דיעקב הוא תפארת לכן אז במילה דהיא אהבה ויראה הוכרח שיהיה התפארת גם כן דהיא הממוצע, אם כן היה אז כל ג' בחינות ומדות של אברהם יצחק ויעקב.

ועל פי זה מובן פירוש הכתוב כפי הזוהר הקדוש וישא עיניו וירא והנה שלשה אנשים נצבים, שראה אז אברהם יצחק ויעקב והבן:

"Et il vit, et voici trois hommes se tenaient près de lui" (Genèse 18,2). Le saint Zohar explique : "et voici trois hommes" - ce sont Avraham, Yitshak et Yaakov.

Et l'on comprendra les paroles de ce passage du Zohar. Car il est connu qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, servait toujours le Nom par l'amour, et que par la circoncision (mila) il servit le Nom par la crainte ; or la crainte est guevoura (rigueur), et par la circoncision on retranche le prépuce, et par cela on retranche toutes les kelipot (écorces, forces d'impureté), comme il est mentionné dans les écrits du Ari zal (Rabbi Its'hak Louria, de mémoire bénie), et il domine ainsi toutes les kelipot.

S'il en est ainsi, alors lors de la circoncision il y avait en Avraham notre père, la paix soit sur lui, amour et crainte : l'amour, degré d'Avraham, et la crainte, qui est guevoura, degré d'Yitshak notre père, la paix soit sur lui - car au moment où il se circoncit, il servit le Nom béni soit-Il par la mesure de guevoura. Et il est connu qu'en tout lieu où il y a amour et crainte, qui sont feu et eau, il faut nécessairement une mesure médiane, qui est tiferet (splendeur, harmonie), aspect de Yaakov notre père - car Yaakov est tiferet.

C'est pourquoi, lors de la circoncision, qui est amour et crainte, il fallait nécessairement que tiferet y soit aussi, elle qui est la médiane ; il y avait donc alors les trois aspects et mesures d'Avraham, Yitshak et Yaakov. Et par cela se comprend le sens du verset selon le saint Zohar : "et il leva les yeux et vit, et voici trois hommes se tenaient" - il vit alors Avraham, Yitshak et Yaakov ; comprends bien.

בפסוק וירא וירץ לקראתם (בראשית יח, ב). כי אברהם אשר היה לו הכאב מן המילה ועל החולה יש מדת רחמנות עליו ואברהם התחזק בכאן לרוץ לקראתם עשה כאן מדת גבורה וזכה לנשמה של יצחק שהוא מדה זו נמצא יש כאן מדת אברהם ויצחק וכל מקום שיש אברהם ויצחק שם יש יעקב.

וזהו וירא והנה שלשה אנשים , אברהם יצחק ויעקב:

Sur le verset "et il vit et courut à leur rencontre" (Genèse 18,2). Car Avraham, qui souffrait de la douleur de la circoncision - et envers un malade on éprouve la mesure de miséricorde - Avraham ici se surmonta pour courir à leur rencontre : il accomplit ici la mesure de guevoura et mérita l'âme d'Yitshak, qui est cette mesure même.

Il se trouve donc qu'il y a ici la mesure d'Avraham et celle d'Yitshak, et en tout lieu où il y a Avraham et Yitshak, là se trouve Yaakov. Et c'est le sens de "et il vit, et voici trois hommes" : Avraham, Yitshak et Yaakov.

עוד יבואר, וירץ לקראתם. והענין הוא כך, דהנה הצדיק יכול להבחין כשרואה בני אדם אם הם טובים אם לאו, דהיינו כשהצדיק רואה את האדם ובא לו בהירות ואור גדול אז האדם הוא טוב ואם לאו שאינו נופל עליו בהירות אזי הוא אינו טוב.

וזהו שאמר הכתוב וישא עיניו וירא, דהיינו שנפל עליו בהירות ואור גדול מחמת הראיה. מיד וירץ לקראתם:

On expliquera encore "et il courut à leur rencontre". Et voici la chose : le tsadik (juste) peut discerner, lorsqu'il voit des hommes, s'ils sont bons ou non.

C'est-à-dire : lorsque le tsadik voit un homme et qu'il lui vient une clarté et une grande lumière, alors cet homme est bon ; et sinon, si nulle clarté ne tombe sur lui, alors il n'est pas bon. Et c'est ce que dit le verset "et il leva les yeux et vit" : c'est-à-dire qu'une clarté et une grande lumière tombèrent sur lui du fait de cette vision.

Aussitôt, "il courut à leur rencontre".

ויאמר אל נא תעבור מעל עבדך וגו'. דהנה ידוע שפנחס זה אליהו וכשנקם נקמת ה' אזי מתוך כך בא לנשמת נדב ואביהוא.

וזהו שאמר אברהם אל נא, שהוא ראשי תיבות נדב אביהוא שהוא אליהו. תעבור מעל עבדך, דהיינו בעת שיהיה לישראל ברית מילה יהיה אליהו שם:

"Et il dit : de grâce (al na), ne passe pas au-delà de ton serviteur, etc." (Genèse 18,3). Car il est connu que Pin'has est Eliyahou, et que lorsqu'il vengea la vengeance du Nom, par cela lui vint l'âme de Nadav et Avihou.

Et c'est ce que dit Avraham : "al na" (אל נא), qui sont les initiales de Nadav (נדב) et Avihou (אביהוא), lequel est Eliyahou. "Ne passe pas au-delà de ton serviteur" : c'est-à-dire qu'au moment où Israël accomplira la circoncision (brit mila, alliance de la circoncision), Eliyahou y sera présent.

כי על כן עברתם על עבדכם (בראשית יח, ה). לכאורה אין זה דרך שיאמר בעל הבית לאורח לזה באת אלי להתארח לאכול אצלי.

ויתבאר כי כל המלאכים מקבלים שפע ממצות ישראל והקדוש ברוך הוא הוציא כאן חמה כו', ולא היה אברהם אבינו יכול לעשות מצות עם הכנסת אורחים ונמנע השפע מן המלאכים עליונים. וזה שאמר על כן עברתם על עבדכם, כדי שאקיים מצות הכנסת אורחים להשפיע בכם:

"Car c'est bien pour cela que vous êtes passés près de votre serviteur" (Genèse 18,5). À première vue, ce n'est pas la manière dont un maître de maison parle à un hôte, en lui disant : "c'est pour cela que tu es venu chez moi, pour y loger et manger chez moi".

Cela s'expliquera ainsi : tous les anges reçoivent l'abondance des mitsvot (commandements) d'Israël, et le Saint béni soit-Il fit sortir ici le soleil [de son étui], etc., si bien qu'Avraham notre père ne pouvait accomplir la mitsva de l'accueil des hôtes (hakhnassat orhim), et l'abondance se trouvait empêchée pour les anges d'en haut. Et c'est ce qu'il dit : "c'est bien pour cela que vous êtes passés près de votre serviteur" - afin que j'accomplisse la mitsva d'accueil des hôtes et que j'épanche ainsi l'abondance en vous.

לבאר הענין למה כל מצות קיים אברהם אבינו מעצמו ומצות מילה לא קיים רק עד שהיה הציווי מן השם עליו. ויבואר על פי מאמר רבותינו ז"ל שאל וכו' את רבי עקיבא איזה מעשים נאים מעשה הקדוש ברוך הוא או מעשה בשר ודם עיין שם, שהויכוח היה מה שהאדם נימול על ידי מעשה בשר ודם ועיין שם התירוץ.

והנה באמת גדולים מעשה צדיקים להיות המעשה נעשה כרצונם אפילו לבטל רצון העליון. ומעשה המילה מורה על זה שהרצון הצדיקים גדול מרצון העליון.

והנה באמת האב לאהבת בנו ולחיבתו יכול לומר לבנו מעשיך יהיה גדול ממעשי אבל שהבן יאמר לאב אף על פי שיודע שהאב אהב אותו ומחבבו חיבה יתירה מעשי גדול ממעשיך זה חס ושלום שהבן יאמר כן וכאשר מבואר ממצות מילה שמצות מילה מורה על הרצון התחתון גובר רצון העליון זה אי אפשר לעשות עד שיהיה הציווי מן השם עליו לעשות מחמת שזה מורה שמעשה התחתונים כנ"ל. ולכך לא מל אברהם אבינו עצמו עד שהיה הציווי מן השם עליו לעשות כנ"ל:

Pour expliquer la chose : pourquoi Avraham notre père accomplit-il toutes les mitsvot de lui-même, alors que la mitsva de la circoncision, il ne l'accomplit que lorsque l'ordre lui en vint du Nom ? Cela s'expliquera d'après la parole de nos maîtres de mémoire bénie : [Tournousroufous] demanda à Rabbi Akiva quelles œuvres sont les plus belles, celles du Saint béni soit-Il ou celles de la chair et du sang, vois-y - car la controverse portait sur le fait que l'homme est circoncis par une œuvre de chair et de sang ; et vois-y la réponse.

Or en vérité, grandes sont les œuvres des tsadikim, au point que l'acte s'accomplit selon leur volonté, jusqu'à annuler même la volonté d'en haut. Et l'acte de la circoncision indique cela : que la volonté des tsadikim est plus grande que la volonté d'en haut.

Or en vérité, un père, par amour et par affection pour son fils, peut dire à son fils : "tes actes seront plus grands que les miens" ; mais que le fils dise au père - même s'il sait que le père l'aime et le chérit d'une affection particulière - "mes actes sont plus grands que les tiens", à Dieu ne plaise que le fils parle ainsi. Et puisque, comme il ressort de la mitsva de la circoncision, cette mitsva indique que la volonté d'en bas l'emporte sur la volonté d'en haut, cela, il est impossible de l'accomplir tant que l'ordre n'est pas venu du Nom de le faire, du fait que cela indique que c'est l'œuvre des êtres d'en bas, comme dit plus haut.

Et c'est pourquoi Avraham notre père ne se circoncit pas lui-même jusqu'à ce que l'ordre lui vint du Nom de le faire, comme dit plus haut.

ואקחה פת לחם וסעדו לבכם וכו' ויתן לפניהם ויאכלו (בראשית יח, ה-ח). יבואר על פי דכתב באור החיים על פירוש התורה, כי המלאכים אפילו מיכאל שר הגדול לפעמים נקרא כהן גדול ולפעמים נקרא בשם אחר.

הבחינה הוא, כי המלאכים יש להם חיות מהמצות והתורה שעושים ישראל עם קדוש וכשישראל הם במדריגה אז נקרא מיכאל כהן גדול. וזהו ואקחה פת לחם, כי פת הוא מרמז על תורה שבכתב ושבעל פה כדאמרינן (מנחות לד:) פת באפריקי שתים, ולחם גם כן רומז על התורה כמאמר הכתוב (תהלים עח, כה) לחם אבירים אכל איש ולכו לחמי בלחמי (משלי ט, ה).

וזהו ויאכלו, כי המלאכים החיות שלהם ממצות ישראל כשישראל עושים רצון הקדוש ברוך הוא ועושים מצותו ברוך הוא ונמצא שעשה המצוה של הכנסת האורחים. וזהו הרמז ויקח ויתן לפניהם, המצוה של הכנסת אורחים שעשה ויאכלו, מזה היה החיות שלהם.

וזהו והוא עומד עליהם תחת העץ ויאכלו, כי העץ הוא תורה על שם הפסוק (משלי ג, יח) עץ חיים היא:

"Et je prendrai un morceau de pain (pat le'hem), et sustentez votre cœur, etc. ... et il le mit devant eux et ils mangèrent" (Genèse 18,5-8). Cela s'expliquera d'après ce qu'a écrit le Or ha'Haim dans son commentaire sur la Torah : les anges, et même Mikhael, le grand prince, sont parfois appelés "grand prêtre" (kohen gadol) et parfois appelés d'un autre nom.

Le critère est celui-ci : les anges tirent leur vitalité des mitsvot et de la Torah qu'accomplit Israël, peuple saint ; et lorsque Israël est à son degré, alors Mikhael est appelé "grand prêtre". Et c'est le sens de "et je prendrai un morceau de pain" : car "pat" (פת) fait allusion à la Torah écrite et à la Torah orale, comme nous disons (Mena'hot 34b) que "pat" en Afrique signifie "deux" ; et "le'hem" (לחם) aussi fait allusion à la Torah, selon la parole du verset (Psaumes 78,25) "l'homme mangea le pain des forts", et "allez, mangez de mon pain" (Proverbes 9,5).

Et c'est le sens de "et ils mangèrent" : car les anges tirent leur vitalité des mitsvot d'Israël, lorsque Israël fait la volonté du Saint béni soit-Il et accomplit Ses commandements, béni soit-Il ; il se trouve donc qu'il accomplit la mitsva d'accueil des hôtes. Et telle est l'allusion de "et il prit... et il mit devant eux" - la mitsva d'accueil des hôtes qu'il accomplit - "et ils mangèrent" : c'est de cela que venait leur vitalité.

Et c'est le sens de "et il se tenait près d'eux sous l'arbre, et ils mangèrent" : car l'arbre désigne la Torah, selon le verset (Proverbes 3,18) "elle est un arbre de vie".

ונבאר מה דאיתא במדרש (בראשית רבה מט) דאברהם אבינו עליו השלום לאחר שאכלו אמר ברכו לא-להי עולם. למה לא אמר להם קודם האכילה שיברכו ברכה.

אפס קודם היו גוים והאיך יקבלו עליהם עול מלכות שמים. אמנם לאחר שכבר אכלו עשו מצוה שזיכו את אברהם במצות הכנסת אורחים אם כן זה הזכות גרם להם שיהיו יכולין לקיים ולקבל עול מלכות שמים.

ולכך אמרינן במדרש דמי שלא רצה לברך אחר האכילה אמר שישלם לו, כיון דלא נכנס בו ריח קדושה שמע מינה דלא כיון לזכות אותו במצות הכנסת אורחים למה לא ישלם:

Et nous expliquerons ce qui est rapporté dans le Midrach (Berechit Rabba 49) : qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, après qu'ils eurent mangé, leur dit "bénissez le Dieu du monde". Pourquoi ne leur a-t-il pas dit avant le repas de réciter une bénédiction ?

Mais c'est qu'auparavant ils étaient des idolâtres, et comment auraient-ils pu accepter sur eux le joug du royaume des cieux ? En revanche, après qu'ils eurent déjà mangé, ils avaient accompli une mitsva, ayant donné à Avraham le mérite de la mitsva d'accueil des hôtes ; s'il en est ainsi, ce mérite leur valut d'être capables d'accomplir et d'accepter le joug du royaume des cieux.

Et c'est pourquoi nous disons dans le Midrach que celui qui ne voulait pas bénir après le repas, il lui disait de le payer : puisqu'aucun parfum de sainteté n'était entré en lui, on en déduit qu'il n'avait pas eu l'intention de lui donner le mérite de la mitsva d'accueil des hôtes - pourquoi donc ne paierait-il pas ?

ונבאר עוד למה נתן אברהם למלאכים בשר ולא דגים. משום דרצה לזרז להם במצות ובבשר יש הרבה מצות שחיטה ומליחה וניקור אבל בדגים אין שום מצוה.

אבל לעתיד לבוא יהיה העיקר הסעודה דגים ולכך סעודת לעתיד לבא נקראת סעודת לויתן. ואמרנו פירוש על מה שאמרו חכמינו ז"ל (בבא מציעא פו:) שאברהם אבינו עליו השלום האכיל למלאכים שלשה לשונות בחרדל.

ונבאר על דרך שאמרו בגמרא במסכת ערובין פרק כיצד מעברין, ר' אשיאן כי הוי משתעי בלשון חכמה הוי אמר קריבו לי שור משפט בטור מסכן, ופירש רש"י טור מסכן היינו חרדל הר דל עיין שם. והנה שבא ללמד זכות על ישראל שיצא לאור משפטם ושלא יראה עמל בישראל חס וחלילה לזה אמר טור מסכן, היינו הר דל דאמרו חכמינו ז"ל (סוכה נב.) יצר הרע נדמה להם כהר והיצר טוב נקרא מסכן וחכמת המסכן בזויה (קהלת ט, טז) וכיון שגדול כח היצר הרע ונדמה כהר והיצר טוב הוא מסכן אין להאשימם על אשר לא זכרו את האיש המסכן ולולי זאת היו מסגלים מעשים טובים הרבה.

וזה הרמז שהאכיל אברהם אבינו עליו השלום להמלאכים שלשה לשונות בחרדל, היינו הר דל שהוזכר להם זה שהיצר הרע נדמה כהר והיצר טוב כמסכן ולזאת לא יקטרגו חס ושלום על ישראל שלולי זאת שגדול כח היצר הרע שנדמה כהר והיצר טוב כמסכן היו עובדים את השם יתברך כראוי וכנכון:

Et nous expliquerons encore pourquoi Avraham donna aux anges de la viande et non du poisson. Parce qu'il voulait les rendre diligents dans les mitsvot : dans la viande il y a de nombreuses mitsvot - abattage rituel (che'hita), salaison (méli'ha) et déveinage (nikour) - alors que dans le poisson il n'y a aucune mitsva.

Mais dans le temps à venir, l'essentiel du festin sera du poisson, et c'est pourquoi le festin du temps à venir est appelé "festin du Léviathan". Et nous avons dit une explication de ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie (Baba Metsia 86b), qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, fit manger aux anges trois langues à la moutarde.

Et nous l'expliquerons à la manière de ce qui est dit dans la Guemara, au traité Erouvin, chapitre "Keitsad meabrin" : Rabbi Achian, lorsqu'il parlait en langage de sagesse, disait "approchez-moi un bœuf en jugement sur une montagne pauvre" (שור משפט בטור מסכן), et Rachi explique que "tour misken" (טור מסכן) désigne la moutarde, "har dal" (הר דל, montagne pauvre), vois-y. Or il venait plaider en faveur d'Israël, afin que leur jugement paraisse à la lumière et qu'aucune peine ne soit vue en Israël, à Dieu ne plaise ; c'est pour cela qu'il dit "tour misken", c'est-à-dire "har dal", car nos sages de mémoire bénie ont dit (Souka 52a) que le mauvais penchant (yetser hara) leur apparaît comme une montagne (har), tandis que le bon penchant (yetser tov) est appelé "pauvre" (misken), "et la sagesse du pauvre est méprisée" (Ecclésiaste 9,16).

Et puisque grande est la force du mauvais penchant, qui apparaît comme une montagne, tandis que le bon penchant est un pauvre, il n'y a pas lieu de les accuser de n'avoir pas fait mention de cet homme pauvre ; et sans cela, ils auraient accumulé de nombreuses bonnes actions. Et telle est l'allusion du fait qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, fit manger aux anges trois langues à la moutarde (חרדל), c'est-à-dire "har dal" (הר דל) : il leur rappela par là que le mauvais penchant apparaît comme une montagne et le bon penchant comme un pauvre, afin qu'ils n'accusent pas Israël, à Dieu ne plaise ; car sans cela - c'est-à-dire sans que la force du mauvais penchant soit grande au point d'apparaître comme une montagne, et le bon penchant comme un pauvre - ils auraient servi le Nom béni soit-Il comme il convient et comme il se doit.

ונבאר עוד פירוש על מה לא נאמר באברהם אצל המלאכים ויעש להם משתה (בראשית כו, ל), כמו שנאמר גבי לוט ויעש להם משתה, וכן אצל סעודת אסתר שם כתיב (אסתר ז, ח) משתה היין. כי הכלל כשהצדיק אוכל עם הרשע על ידי זה הצדיק מעלה את הרשע וזה הוא עיקר השמחה כשהצדיק מעלה הניצוצות.

והנה משתה הוא לשון שמחה. והנה בכאן שאכלו המלאכים אצל לוט שלא היה צדיק וכשאכלו המלאכים אצלו העלו המלאכים הניצוץ הקדוש שהיה בלוט כי אחר כך שאכלו הוציאו ממנו נשמת משיח שבא מרות ונמצא היה שם עליות נצוצות וזה הוא שמחה ולכן כתיב בו משתה, לשון שמחה.

וכן על ידי המשתה שעשתה אסתר בא ישועה לישראל לכך גם כן כתיב בו משתה אבל מה שאכלו המלאכים אצל אברהם לא היה מזה עליות הנצוצות כי אברהם אבינו לא היה צריך לעליות המלאכים לכך לא כתיב שם משתה לשון שמחה:

Et nous expliquerons encore ceci : pourquoi n'est-il pas dit à propos d'Avraham, avec les anges, "et il leur fit un festin (michté)" (voir Genèse 26,30), comme il est dit à propos de Lot "et il leur fit un festin", et de même au sujet du festin d'Esther, où il est écrit (Esther 7,8) "le festin du vin" ? Car la règle est celle-ci : lorsque le tsadik mange avec le racha (le mécréant), par cela le tsadik élève le racha, et c'est là l'essentiel de la joie, lorsque le tsadik élève les étincelles (nitsotsot, étincelles de sainteté tombées dans les mondes inférieurs).

Or "michté" est un terme de joie. Et voici : ici, lorsque les anges mangèrent chez Lot, qui n'était pas un tsadik, quand les anges mangèrent chez lui ils élevèrent l'étincelle sainte qui était en Lot ; car après qu'ils eurent mangé, on fit sortir de lui l'âme du Machia'h, qui vient de Ruth.

Il se trouve donc qu'il y eut là élévation d'étincelles, et c'est cela la joie, et c'est pourquoi il est écrit à son sujet "michté", terme de joie. De même, par le festin qu'organisa Esther vint le salut d'Israël, et c'est pourquoi il y est écrit aussi "michté".

Mais de ce que les anges mangèrent chez Avraham, il ne résulta pas d'élévation d'étincelles, car Avraham notre père n'avait pas besoin de l'élévation des anges ; c'est pourquoi il n'y est pas écrit "michté", terme de joie.

והוא עומד עליהם תחת העץ ויאכלו. הכלל הוא כמבואר שבעל הבית לא יהיה מתנהג בפני האורח יותר מגדולת האורח כדי שהאורח לא יקנא את בעל הבית.

והנה צדיק נקרא מהלך שהולך תמיד ממדריגה למעלה למעלה ומלאך נקרא עומד וכאן רצה אברהם שלא יקנאו בו המלאכים התלבש עצמו בבחינת מלאך להיות עומד. וזהו והוא עומד עליהם:

"Et il se tenait près d'eux sous l'arbre, et ils mangèrent" (Genèse 18,8). La règle est, comme il a été expliqué, que le maître de maison ne doit pas se comporter devant l'hôte au-delà de la grandeur de l'hôte, afin que l'hôte ne jalouse pas le maître de maison.

Or le tsadik est appelé "celui qui marche" (mehalekh), car il va toujours de degré en degré, toujours plus haut, tandis que l'ange est appelé "celui qui se tient" (omed). Et ici, Avraham voulut que les anges ne le jalousent pas : il se revêtit de l'aspect de l'ange, en se tenant debout.

Et c'est le sens de "et il se tenait près d'eux".

ויאמר ה' אל אברהם למה זה וכו' ואני זקנתי (בראשית כו, יג). פירשו חכמינו ז"ל שהשם יתברך ברוך הוא שינה מפני דרכי שלום.

ולכאורה יש להבין למה הוצרך לשנות שלא יתרעם אברהם אבינו עליו השלום באומרה ואדוני זקן, איזה צד תערומת שייך על אומרה ואדוני זקן, הלא אברהם אבינו בעצמו אמר (בראשית יז, יז) הלבן מאה שנה יולד. והנראה דבאמת שרה שאמרה אחרי בלותי כו', לא היתה כוונתה שלעת זקנתה לא תלד רק כוונתה היתה אם השם יתברך ברוך הוא וברוך שמו גזר אומר ליתן לי בן למה נתן לי אחר זקנתי למה לא נתן לי זה הבן מקודם.

ואי מטעם דאמרו חכמינו ז"ל (חולין ס:) שהקדוש ברוך הוא מתאוה לתפילתן של צדיקים שרה אמנו היתה במדת ענוה באמת שהיה בדעתה שהיא יותר שפילה מכל העולם ומכל שכן שלא החזיקה עצמה לצדיקת וכיון שכן לא עלה על דעתה כלל שהשם יתברך ברוך הוא מתאוה לתפילתה גלל כן אמרה אחרי בלותי היתה לי עדנה, כוונתה היתה למה לא היה לה מקדם כיון שלפי דעתה לא עלה כלל על לבה שהשם יתברך מתאוה לתפילתה. אמנם דמה שאמרה ואדוני זקן, למה לא הוליד מקדם על זה שפיר יקשה דהשם יתברך מתאוה לתפילתו והאיך לא עלה על לבה שאברהם אבינו הוא צדיק גמור שהשם יתברך מתאוה לתפילתו.

ולהכי שינה הקדוש ברוך הוא ואמר ואני זקנתי, שלא יפלא בעיני אברהם אבינו בשלמא על עצמה החזיקה במדריגת ענוה אבל על אברהם מאי קשיא לה ואדוני זקן, ולא מקודם שהשם יתברך מתאוה לתפילתו והבן:

"Et le Nom dit à Avraham : pourquoi donc... et moi j'ai vieilli" (Genèse 18,13). Nos sages de mémoire bénie ont expliqué que le Nom béni soit-Il modifia les propos pour l'amour de la paix.

Et à première vue il y a lieu de comprendre : pourquoi fallut-il modifier, pour qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, ne se plaigne pas de ce qu'elle avait dit "et mon maître est vieux" ? Quel motif de plainte y a-t-il dans le fait qu'elle dise "et mon maître est vieux", alors qu'Avraham notre père lui-même avait dit (Genèse 17,17) "un homme de cent ans engendrera-t-il ?" Et il apparaît qu'en vérité, quand Sarah dit "après que je me suis flétrie, etc.", son intention n'était pas de dire qu'au temps de sa vieillesse elle n'enfanterait pas ; son intention était seulement celle-ci : si le Nom béni soit-Il et béni soit Son nom a décrété de me donner un fils, pourquoi me l'a-t-Il donne après ma vieillesse ? pourquoi ne m'a-t-Il pas donné ce fils auparavant ?

Et si c'est en raison de ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie ('Houlin 60b), que le Saint béni soit-Il désire la prière des tsadikim - Sarah notre mère se tenait en vérité dans la mesure d'humilité, car elle pensait être plus basse que le monde entier, et à plus forte raison ne se tenait-elle pas pour une tsadéket ; et puisqu'il en est ainsi, il ne lui vint pas du tout à l'esprit que le Nom béni soit-Il désirât sa prière. C'est pour cela qu'elle dit "après que je me suis flétrie, aurais-je un rajeunissement ?" : son intention était de demander pourquoi cela ne lui était pas advenu auparavant, puisque, selon elle, il ne lui venait pas du tout au cœur que le Nom béni soit-Il désirât sa prière.

Mais quant à ce qu'elle dit "et mon maître est vieux" - pourquoi n'a-t-il pas engendré auparavant - là-dessus la difficulté se pose bien : car le Nom béni soit-Il désire sa prière à lui ; comment ne lui est-il pas venu au cœur qu'Avraham notre père est un tsadik parfait dont le Nom béni soit-Il désire la prière ? Et c'est pourquoi le Saint béni soit-Il modifia et dit "et moi j'ai vieilli", afin que cela ne parût pas étonnant aux yeux d'Avraham notre père : certes, sur elle-même elle se tenait au degré de l'humilité, mais sur Avraham, quelle difficulté avait-elle pour dire "et mon maître est vieux", et pourquoi cela n'advint-il pas plus tôt, alors que le Nom béni soit-Il désire sa prière ?

Comprends bien.

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