Ce passage poursuit une autre explication de « à quoi saurai-je que je l'hériterai » (Berechit 15,8). Selon Rabbi Lévi Its'hak, il est interdit d'appeler Térah père : le père est la racine du fils par l'intellect sanctifié à l'union, et Avraham naît de l'intellect de la divinité (sekhel Elokout). Il rapporte de l'Ari Z"L que Térah n'est au milieu que pour que les accusateurs n'accusent pas ; les dix épreuves ôtent la souillure (zohama) de Térah. Avraham demande à qui se joindre pour que « héritage », reçu d'un père, s'applique : D.ieu lui répond que c'est Lui son père, et que c'est Lui qui lui fait hériter la terre.
Aussi : les morts d'Égypte héritent des vivants par leurs fils dans la terre ; Haran, crainte par les actes, et la terre, amour par la Che'hina ; Avraham va uniquement pour l'ordre, malgré les promesses
או יאמר, במה אדע כי אירשנה. כי בוודאי אברהם אבינו לא שאל אות על הארץ אפס כוונתו היה כי באמת אין לומר כלל שתרח היה אביו של אברהם אבינו עליו השלום.
והראיה מדברי חכמינו ז"ל שאמרו (ברכות טז:) אין קורין לאבות אלא שלשה, ואסור לקרות לתרח אב. דאם מותר לקרות הוי ליה לקרות לתרח אב.
והטעם הוא דאב הוא נקרא שורש הבן שמוליד אותו והולד הוא מהשכל דזרע נמשך מהמוח דשם משכן השכל ומהאי טעמא כשהאב מקדש שכלו בעת הזיוג אזי הזרע נמשך מהשכל שלו ומוליד הבן ומשרה קדושה בהבן. ואברהם אבינו עליו השלום באמת לא נולד כלל בשכל תרח כי שכלו היה לתאוה ודברים האסורים אפס תולדתו היה משכל אלקות שהשם יתברך הסתכל שמלידת אברהם אבינו עליו השלום יתחיל זרע ישראל עם קדושו השפיע השם יתברך אור זה בעולם לידת אברהם אבינו עליו השלום שהוא היה אילן החיים שממנו נסתעפו זרע ישראל, רק עבור שלא יקטרגו המקטרגים שבא אור גדול כזה לעולם הזה כתב האד"י ז"ל שהיה מהאי טעמא מהצורך שיהיה תרח ואשתו באמצע שעל ידי כן לא יקטרגו וכיון שכן שתרח לא היה רק שעל ידי כן לא יקטרגו אמנם גוף הלידה היה על ידי שכל אלהות ולהכי אין תרח מתיחס כלל בשם אב לאברהם אבינו עליו השלום, כי הוא לא היה השכל המוליד לאברהם אבינו עליו השלום רק שכל אלהות, ואף על פי כן מחמת ששכן אברהם אבינו עליו השלום במעי אמו בימי עיבורו ותרח היה האמצעי ללידה הוצרך להתנסות בעשרה נסיונות להסיר הזוהמא של תרח ואשתו ממנו:
Ou bien on expliquera ainsi : 'à quoi saurai-je que je l'hériterai' (Genèse 15,8). Car assurément Avraham notre père n'a pas demandé de signe au sujet de la terre ; seulement, son intention était qu'en vérité on ne peut nullement dire que Térah fut le père d'Avraham notre père, la paix soit sur lui.
Et la preuve [en vient] des paroles de nos sages de mémoire bénie qui ont dit (Berakhot 16b) : 'on n'appelle pères (avot) que trois', et il est interdit d'appeler Térah père ; car s'il était permis de l'appeler [ainsi], il aurait fallu appeler Térah père. Et la raison en est que 'père' désigne la racine du fils qu'il engendre ; et l'enfant provient de l'intellect, car la semence est tirée du cerveau, là où réside l'intellect.
Et pour cette raison, lorsque le père sanctifie son intellect au moment de l'union, alors la semence est tirée de son intellect, et il engendre le fils et fait reposer la sainteté sur le fils. Or Avraham notre père, la paix soit sur lui, en vérité ne naquit nullement de l'intellect de Térah, car son intellect était tourné vers le désir et vers les choses interdites ; seulement, sa génération provint de l'intellect de la divinité (sekhel Elokout, l'intelligence divine elle-même), car le Nom béni soit-Il vit que de la naissance d'Avraham notre père, la paix soit sur lui, commencerait la semence d'Israël, son peuple saint.
Le Nom béni soit-Il fit rayonner cette lumière dans le monde [lors de] la naissance d'Avraham notre père, la paix soit sur lui, lui qui fut l'arbre de vie dont se ramifia la semence d'Israël. Seulement, afin que les accusateurs n'accusent pas [du fait] qu'une si grande lumière vienne en ce monde-ci, l'Ari de mémoire bénie (Rabbi Yitshak Louria) a écrit que, pour cette raison, il était nécessaire que Térah et sa femme fussent au milieu, car par ce moyen ils n'accuseraient pas.
Et puisqu'il en est ainsi, que Térah ne fût là que pour que par ce moyen ils n'accusent pas - le corps même de la naissance s'étant fait par l'intellect de la divinité - pour cela Térah ne se rattache nullement, sous le nom de père, à Avraham notre père, la paix soit sur lui, car il ne fut pas l'intellect qui engendra Avraham notre père, la paix soit sur lui, mais seulement l'intellect de la divinité. Et malgré cela, du fait qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, a demeuré dans les entrailles de sa mère durant les jours de sa gestation, et que Térah fut l'intermédiaire de la naissance, il lui fallut être éprouvé par dix épreuves, afin d'ôter de lui la souillure (zohama) de Térah et de sa femme.
והנה רש"י ז"ל כתב בפרשת וארא אשר נתתי אותה לכם מורשה, ירושה היא לכם מאבותיכם עד כאן. הרי דלשון ירושה אינו שייך רק כשיורש מאב וכן כתב הסמ"ע בחושן משפט דירושה היינו מה שנוטל מאב.
ועל פי זה יבואר דכאן אמר ה' אליו אני ה' אשר הוצאתיך כו' לתת לך את הארץ הזאת לרשתה, הוזכר לשון ירושה במה שנוטל מאב על זה אמר אברהם אבינו עליו השלום במה אדע כי אירשנה, האיך שייך לשון ירושה אצלי מאיזה אב אירש הלא תרח אינו אבי כלל כנ"ל והאיך שייך לקרוא אצלי בן יורש את אביו. וזה שאמר במה אדע, לשון התחברות מלשון וידע אדם כו' (בראשית ד, א).
כי אירשנה אצל מי אחבר עצמי שיהיה לי לאב שיהיה שייך לשון ירושה אצלי דתרח וודאי אינו שייך לקרותו אבי. והשיב לו השם יתברך ברוך הוא ידוע תדע כי גר יהיה זרעך כו' ואחרי כן יצאו ברכוש גדול, שמחמת ישראל נולדת שממך יצאו זרע ישראל שיצאו ברכוש גדול ממצרים לקבל התורה הקדושה ואם כן הלידה שלך מחמת שכל אלהות שהסתכל שעל ידך יצאו זרע ישראל לעולם ולפי זה אני הוא אב שלך ועל זה אמרתי לך לשון לרשתה, שאני מוריש לך את הארץ ולא על ידי תרח:
Et voici que Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki) de mémoire bénie a écrit dans la paracha Vaera, sur 'que Je vous ai donnée en héritage (moracha)' : 'c'est un héritage pour vous [venant] de vos pères', fin de citation. Voilà donc que le terme 'yerousha' (héritage) ne s'applique que lorsque l'on hérite d'un père.
Et ainsi a écrit le Sema (Sefer Méirat Enayim) sur le Hochen Michpat : la yerousha, c'est ce que l'on reçoit d'un père. Et d'après cela s'expliquera qu'ici ה' lui a dit : 'Je suis ה' qui t'ai fait sortir etc. pour te donner cette terre pour en hériter (lerichta)' - le terme d'héritage est employé, [terme] qui désigne ce que l'on reçoit d'un père.
Sur cela Avraham notre père, la paix soit sur lui, dit : 'à quoi saurai-je que je l'hériterai' : comment le terme d'héritage s'applique-t-il à moi ? De quel père hériterais-je ?
Térah n'est nullement mon père, comme il a été dit ci-dessus, et comment peut-on m'appeler un fils qui hérite de son père ? Et c'est ce qu'il dit 'bame eda' (à quoi saurai-je), terme d'union, du langage de 'et l'homme connut [sa femme] etc.' (Genèse 4,1) : 'que je l'hériterai' - à qui me joindrai-je, qui me soit père, pour que le terme d'héritage s'applique à moi ?
Car Térah, assurément, ne peut être appelé mon père. Et le Nom béni soit-Il lui répondit : 'sache bien que ta descendance sera étrangère etc.', et 'ensuite ils sortiront avec de grands biens' : c'est à cause d'Israël que tu es né, car de toi sortira la semence d'Israël, qui sortira d'Égypte avec de grands biens pour recevoir la sainte Torah.
Et s'il en est ainsi, ta naissance provient de l'intellect de la divinité, qui vit que par toi sortirait la semence d'Israël dans le monde ; et selon cela, c'est Moi qui suis ton père. Et c'est pour cela que Je t'ai dit le terme 'lerichta' (pour en hériter), car c'est Moi qui te fais hériter la terre, et non par l'intermédiaire de Térah.
ועל פי זה ביארתי מאמר חכמינו ז"ל שאמרו (בבא בתרא קיז.) משונה נחלה זו מכל נחלות שבתורה שבכל מקום החיים יורשים את המתים וכאן המתים יורשים את החיים, כי בכל מקום חי יורש מת שבן הוא ענף האב והאב הוא הנותן השלימות בבן ומהאי טעמא יורש. מה שאין כן כאן המתים יורשים את החיים דהמתים הם דור שיצאו ממצרים ירשו את הדור הבאים לארץ כפירוש רש"י דהשם יתברך הוציא את בני ישראל ממצרים כדי שיבואו לרשת את הארץ דעל ידי ביאתם לארץ יהיה שלימות שלהם ככתוב בתורה (ויקרא כה, לח) אשר הוצאתי אתכם מארץ מצרים לתת לכם את ארץ כנען, דפירש רש"י על מנת ליכנס לארץ, דשם יהיה שלמותכם בעבודת השם ברוך הוא כמאמר חכמינו ז"ל (בבא בתרא קנח:) אוירא דארץ ישראל מחכים.
ואמרו חכמינו ז"ל כל ההולך בארץ ישראל כו', ואחר כך שהיה הסיבה שדור שיצאו ממצרים לא באו לארץ ישראל רק בניהם קנו האבות שלימות, דהיינו דור יוצאי מצרים שלא באו לארץ ישראל המתים על ידי בניהם החיים שנכנסו בניהם לארץ ישראל ושם עבדו ה' בשלימות ועל ידי שלימות בניהם זכו האבות כמאמר חכמינו ז"ל ברא מזכה אבא. זהו שרמזו חכמינו ז"ל המתים יורשים את החיים, דדור יוצאי מצרים זכו בעולם הבא על ידי בניהם שבאו לארץ דביאתם גורם שלימות וכשהבן שלם זוכה האב כנ"ל:
Et d'après cela j'ai expliqué le propos de nos sages de mémoire bénie qui ont dit (Baba Batra 117a) : 'cet héritage-ci diffère de tous les héritages de la Torah, car partout ce sont les vivants qui héritent des morts, et ici les morts héritent des vivants'. Car partout le vivant hérite du mort, puisque le fils est une branche du père et que le père est celui qui donne la perfection (chelemout) au fils, et pour cette raison il hérite [de lui].
Ce qui n'est pas le cas ici, où les morts héritent des vivants : car les morts, ce sont ceux de la génération qui sortit d'Égypte, [et] ils ont hérité de la génération qui entra dans la terre, selon l'explication de Rachi ; car le Nom béni soit-Il a fait sortir les enfants d'Israël d'Égypte afin qu'ils viennent hériter de la terre, puisque par leur venue dans la terre s'accomplirait leur perfection, comme il est écrit dans la Torah (Lévitique 25,38) : 'qui vous ai fait sortir du pays d'Égypte pour vous donner le pays de Canaan', où Rachi explique : 'à la condition d'entrer dans la terre' ; car là sera votre perfection dans le service de ה' béni soit-Il, selon le propos de nos sages de mémoire bénie (Baba Batra 158b) : 'l'air de la terre d'Israël rend sage'. Et nos sages de mémoire bénie ont dit : 'quiconque marche en terre d'Israël etc.'.
Et ensuite, [voici] ce qui fit que la génération sortie d'Égypte n'entra pas en terre d'Israël, mais seulement leurs fils : les pères acquirent [ainsi] la perfection. C'est-à-dire que la génération des sortants d'Égypte, qui n'entra pas en terre d'Israël - les morts - [l'acquit] par leurs fils, les vivants, puisque leurs fils entrèrent en terre d'Israël et y servirent ה' en perfection ; et par la perfection de leurs fils, les pères en eurent le mérite, selon le propos de nos sages de mémoire bénie : 'le fils confère du mérite au père' (bera mezake aba).
C'est cela que nos sages de mémoire bénie ont laissé entendre : 'les morts héritent des vivants', car la génération des sortants d'Égypte a mérité [le monde à venir] par leurs fils qui entrèrent dans la terre, car leur venue produit la perfection ; et lorsque le fils est parfait, le père en a le mérite, comme ci-dessus.
ומעתה נבא לבאר ביאור הכתוב לך לך מארצך כו' אל הארץ אשר אראך, דעמדו בזה המפורשים הלא לא נזכר בקרא שהראה לו הארץ. גם בפרשה הקודם מסיים ויקח תרח כו' ויבואו עד חרן וישבו שם (בראשית יא, לא), למה עיכב אברהם אבינו עליו השלום עצמו בחרן.
ויבואר על פי דשמעתי מהצדיק אדוני מורי ורבי דוב בער נשמתו בגנזי מרומים בביאור דברי הזוהר הקדוש רזא דיחודא כיצד משנה זו בא לו לקרן דרומית מזרחית כו'. ותמצית דבריו שיש שני מיני עבדות הבורא ברוך הוא יראה ואהבה וליראת הבורא אי אפשר לבוא רק אחר יגיעות ועמלו בתורה ובתפילה ומצות ומעשים טובים אז זוכה ליראת הבורא באמצעות מעשיו.
ואהבת הבורא אי אפשר להשיג באמצעות מעשיו, כי אהבה בלתי אפשר רק כשרואה בעין שכלו מה שאוהב ולזה צריך התגלות אלהות ברוך הוא שהשם יתברך כביכול מאיר עליו שיאיר שכלו באהבת הבורא ברוך הוא ויאהב לה' עד כאן דבריו. ואיתא בזוהר שאברהם אבינו עליו השלום השיג שבארץ ישראל יכול אדם להשיג עבדות ה' גלל כן נתלהב לבבו לילך לארץ ישראל הקדושה.
ובזה יבואר דבצאת אברהם אבינו מאור כשדים אמר ויבואו עד חרן וישבו שם, נתעכב אברהם בחרן דחרן רומז על יראה זהו חרן דהיינו גבורה לכן כשראה עצמו שעובד ה' ביראה נתעכב ועמד במדריגה זו והיראה היא באמצעות מעשים טובים כנ"ל. ולזה אמר ה' לאברהם אבינו עליו השלום לך לך מארצך וממולדתך ומבית אביך אל הארץ אשר אראך, אראך דייקא שאני צריך להראות לך שאי אפשר להשיג זאת רק באמצעות גילוי שכינה ברוך הוא, דהיינו אהבה דהשם יתברך רצה שיבוא למדריגה גדולה דהיינו אהבה ובארץ ישראל זכה לזה.
והוזכר ג' דברים מארצך, וממולדתך, ומבית אביך, שהם ג' דברים של אדם נפש רוח ונשמה כנודע ליודעי חן שעד עתה עבד בג' דברים שלו שהם נפש רוח ונשמה ביראה. ולזה הזכיר בכל אחד מארצך וממולדתך ומבית אביך בכ"ף לבסוף שהם שלך שיראה משיג באמצעות מעשיו ומעתה על ידי ביאתו לארץ ישראל הקדושה יזכה לגילוי שכינה ברוך הוא שעל ידי זה יעבוד באהבה והבן:
Et venons-en maintenant à expliquer le sens du verset 'va-t'en de ton pays etc. vers la terre que Je te montrerai' (Genèse 12,1). Car les commentateurs se sont arrêtés là-dessus : il n'est pas mentionné dans le texte qu'Il lui ait montré la terre.
De plus, la paracha précédente s'achève par 'et Térah prit etc., et ils vinrent jusqu'à Haran et ils s'y établirent' (Genèse 11,31) : pourquoi Avraham notre père, la paix soit sur lui, s'est-il lui-même attardé à Haran ? Cela s'expliquera d'après ce que j'ai entendu du tsadik, mon seigneur, mon maître et rabbi Dov Ber - que son âme repose dans les trésors des hauteurs - dans son explication des paroles du saint Zohar : 'le secret de l'unité (raza de-yihouda), comment ?', [à propos de] cette michna : 'il vient à l'angle sud-est etc.' (michna traitant de l'ordre des aspersions du sang aux angles de l'autel).
Et l'essentiel de ses paroles est qu'il existe deux sortes de service du Créateur béni soit-Il : la crainte (yira) et l'amour (ahava). Et à la crainte du Créateur il est impossible de parvenir sinon après les efforts et le labeur dans la Torah, dans la prière, dans les mitsvot et les bonnes actions ; alors on mérite la crainte du Créateur par le moyen de ses actes.
Mais l'amour du Créateur, il est impossible de l'atteindre par le moyen de ses actes, car l'amour n'est possible que lorsque l'on voit, de l'œil de son intellect, ce que l'on aime ; et pour cela il faut une révélation de la divinité, béni soit-Il, que le Nom béni soit-Il, pour ainsi dire, rayonne sur lui afin d'illuminer son intellect de l'amour du Créateur béni soit-Il, et qu'il aime ה'. Fin de ses paroles.
Et il est enseigné dans le Zohar qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, comprit qu'en terre d'Israël l'homme peut atteindre le service de ה' ; c'est pourquoi son cœur s'enflamma d'aller vers la sainte terre d'Israël. Et par cela s'expliquera qu'à la sortie d'Avraham notre père d'Our-Kasdim il est dit 'et ils vinrent jusqu'à Haran et ils s'y établirent' : Avraham s'attarda à Haran, car Haran fait allusion à la crainte - c'est cela Haran, c'est-à-dire la guevoura (la rigueur) ; c'est pourquoi, lorsqu'il se vit lui-même servir ה' dans la crainte, il s'attarda et se tint à ce degré ; et la crainte s'obtient par le moyen des bonnes actions, comme ci-dessus.
Et c'est pourquoi ה' dit à Avraham notre père, la paix soit sur lui : 'va-t'en de ton pays, de ton lieu natal et de la maison de ton père, vers la terre que Je te montrerai' - 'que Je te montrerai' précisément, car il faut que Moi Je te [la] montre, puisqu'il est impossible d'atteindre cela sinon par la révélation de la Chekhina, béni soit-Il, c'est-à-dire l'amour ; car le Nom béni soit-Il voulut qu'il parvienne à un grand degré, à savoir l'amour, et en terre d'Israël il y parvint. Et trois choses sont mentionnées : 'de ton pays', 'de ton lieu natal', 'de la maison de ton père', qui sont les trois [niveaux] de l'homme : nefech, roua'h et nechama, comme le savent ceux qui connaissent la science cachée (yodééi hen) ; car jusqu'à présent il avait servi par ses trois [niveaux], qui sont nefech, roua'h et nechama, dans la crainte.
Et c'est pourquoi il est dit pour chacun 'de ton pays', 'de ton lieu natal', 'de la maison de ton père', avec un kaf à la fin (le suffixe possessif 'ton'), [signifiant] qu'ils sont tiens, car la crainte s'atteint par le moyen de ses propres actes ; et désormais, par sa venue en la sainte terre d'Israël, il méritera la révélation de la Chekhina, béni soit-Il, et par cela il servira dans l'amour. Et comprends.
ובארנו הטעם שהשם יתברך אמר לו ואברכך כו', למה הבטיח לו הבטחות אלו הלא יותר נסיון היה אם לא היה יודע כלל מהבטחות אף על פי כן היה הולך. אמנם לפי האמת היה צריך להיות כך שאדרבה בהבטחתו היה הנסיון גדול יותר.
וזה שכתוב וילך אברם כאשר דבר אליו ה', פירוש כאשר דבר ה' רק בשביל ציווי השם יתברך לבד הלך ולא חשב כלל שבאמצעות הליכתו ישיג הטובות וכן מצאתי כתוב באור החיים ז"ל. ולפי זה אם לא היה יודע אברהם אבינו מהטוב שהשיגו על ידי ביאתו לארץ הקדושה לא היה נסיון כלל מה שלא חשב להנאתו גלל כן הבטיחו השם יתברך שידע מהטובות שישיגו לו על ידי ביאתו לארץ הקדושה והוא אף על פי כן הגם דידע לא חשב כלל להנאתו רק לקיים מצות הבורא ברוך הוא וזה היה עיקר הנסיון ודו"ק היטב:
Et nous avons expliqué la raison pour laquelle le Nom béni soit-Il lui dit 'et Je te bénirai etc.' : pourquoi lui a-t-Il fait ces promesses ? L'épreuve n'aurait-elle pas été plus grande s'il n'avait rien su des promesses et qu'il fut malgré tout allé ?
Mais en vérité il devait en être ainsi, car au contraire, avec cette promesse l'épreuve était plus grande encore. Et c'est ce qui est écrit : 'et Avram alla comme ה' le lui avait dit' (Genèse 12,4) ; l'explication de 'comme ה' [le] lui avait dit' est que c'est uniquement en raison de l'ordre du Nom béni soit-Il qu'il alla, et qu'il ne pensa nullement que par sa marche il obtiendrait ces biens.
Et ainsi ai-je trouvé écrit dans le Or ha-'Hayim de mémoire bénie. Et selon cela, si Avraham notre père n'avait pas su le bien qu'il obtiendrait par sa venue en la terre sainte, il n'y aurait eu là aucune épreuve dans le fait qu'il n'ait pas pensé à son propre profit ; c'est pourquoi le Nom béni soit-Il lui fit ces promesses, afin qu'il connût les biens qui lui adviendraient par sa venue en la terre sainte.
Et lui, malgré cela, bien qu'il le sût, ne pensa nullement à son propre profit, mais seulement à accomplir l'ordre du Créateur béni soit-Il ; et ce fut là l'essentiel de l'épreuve. Examine bien ceci.
וגם את הגוי אשר יעבודו דן אנכי (בראשית טו, יד). כבר דקדקו המפרשים במלת וגם, עיין באור החיים.
ונראה דאברהם אבינו עליו השלום ראה כאן דין כמו שכתוב והנה אימה חשיכ ה כו', ולזה אמר השם יתברך לאברהם אבינו מה שאתה רואה משפטים שרוין המשפטים הם שישתעבדו בניך ד' מאות שנה וגם מדת משפט זה יהיה שורה אחר כך על הגוי אשר יעבודו וקאי וגם שאלו המשפטים יהיה גם כן חלין על הגוים אחר כך וככלות המשפטים מתחילה על בניך ואחר כך על הגוי אז יצאו בניך ברכוש גדול שיתבסס העולם בחסד ואברהם אבינו עליו השלום חפץ חסד הוא:
'Et aussi la nation qu'ils serviront, Je la jugerai' (Genèse 15,14). Les commentateurs ont déjà scruté le mot 'vegam' (et aussi) ; vois le Or ha-'Hayim.
Et il apparaît qu'Avraham notre père, la paix soit sur lui, vit ici un jugement (din), comme il est écrit 'et voici, une terreur, une obscurité etc.' (Genèse 15,12). C'est pourquoi le Nom béni soit-Il dit à Avraham notre père : ce que tu vois - des jugements qui reposent [ici] - ces jugements consistent en ce que tes fils seront asservis quatre cents ans ; et de plus, cette mesure de jugement reposera ensuite sur la nation qu'ils serviront.
Et le 'vegam' se rapporte à ceci : que ces jugements-là s'appliqueront eux aussi ensuite aux nations. Et lorsque les jugements auront pris fin - d'abord sur tes fils, puis sur la nation - alors tes fils sortiront avec de grands biens, car le monde s'affermira dans le 'hessed (la bonté) ; et Avraham notre père, la paix soit sur lui, 'aime le 'hessed' (Michee 7,18).
והנה תנור עשן ולפיד אש עבר בין הגזרים האלה (בראשית טו, יז). הכריתות ברית, הוא כאשר שניהם עוברים בין הגזרים והנה כאן עבר השכינה כביכול בין הגזרים על הכריתות ברית עם אברהם וזרעו ולא תאמר כי אז היה השכינה שורה ולא עתה.
וזה שאמר הכתוב והנה תנור עשן ולפיד אש אשר עבר, כבר גם עתה יש השראות שכינה זו שהיה אז גם עתה זו השראת שכינה שורה בין ישראל:
'Et voici, un four fumant et une torche de feu qui passa entre ces morceaux' (Genèse 15,17). La conclusion d'une alliance [se fait] lorsque les deux [parties] passent entre les morceaux ; et voici qu'ici la Chekhina, pour ainsi dire, passa entre les morceaux, pour conclure alliance avec Avraham et sa descendance.
Et ne dis pas que la Chekhina reposait alors [seulement] et non maintenant. Et c'est ce que dit le verset : 'et voici, un four fumant et une torche de feu qui passa' - déjà maintenant aussi il y a ce repos de la Chekhina qui était alors ; maintenant aussi ce repos de la Chekhina demeure au sein d'Israël.
ויאמר מלאך ה' אל הגר. הנה באמת למה מנוח אחר שראה את המלאך היה מפחד והגר לא היתה מפחדה.
והנראה כי מלאך הנראה בדמות מלאך מזה אין פחד אבל מלאך הנראה בדמות אדם מזה יש פחד. וזה הוא חידוש אברהם שנראו לו המלאכים בדמות אנשים וזה היה הפחד של מנוח שראה המלאך בדמות אדם אבל הגר שראתה המלאך בדמותו לא היתה מפחדה:
'Et l'ange de ה' lui dit' - à Hagar (Genèse 16,9). Voici, en vérité : pourquoi Manoah, après avoir vu l'ange, eut-il peur, tandis que Hagar n'eut pas peur ?
Et il apparaît qu'un ange qui apparaît sous la forme d'un ange n'inspire pas de crainte, mais qu'un ange qui apparaît sous la forme d'un homme, de celui-là il y a crainte. Et c'est là la nouveauté d'Avraham : que les anges lui apparurent sous la forme d'hommes.
Et telle fut la peur de Manoah, qui vit l'ange sous la forme d'un homme (Juges 13,22) ; mais Hagar, qui vit l'ange sous sa propre forme [d'ange], n'eut pas peur.
ידו בכל ויד כל בו (בראשית טז, יב). הכלל בעונותינו הרבים גדולת ישמעאל מחמת המילה וכן מבואר בזוהר הקדוש והנה ברית נקרא כל כמבואר בשערי אורה.
וזהו ידו, לשון ממשלה בכל. ויד כל בו, כי באמת הישמעאלים הם בלא פריעה אבל אנו זרע ישראל במילה ופריעה.
והנה במילה יש שני ענינים החתוך בכלי ופריעה ביד. וזהו הרמז ויד כל בו, הם זרע ישראל שהם בפריעה ביד וזהו יד כל הרומז על הברית כנ"ל בו ימשול בישמעאל:
'Sa main [sera] sur tous, et la main de tous sur lui' (Genèse 16,12). La règle est que, pour nos nombreuses fautes, la grandeur d'Ichmael provient de la circoncision (mila), et ainsi est-il exposé dans le saint Zohar.
Et voici que l'alliance (brit) est appelée 'kol' (tout), comme il est expliqué dans le Chaarei Ora (Les Portes de la lumière, de Rabbi Yossef Guikatilla). Et c'est cela 'yado' (sa main), terme de domination sur tous. 'Et la main de tous sur lui' : car en vérité les Ichmaélites sont sans peria (le dévoilement, second temps de la circoncision), tandis que nous, semence d'Israël, [sommes] avec mila et peria.
Et voici que dans la circoncision il y a deux aspects : la coupure par un instrument, et la peria [qui se fait] à la main. Et c'est là l'allusion de 'et la main de tous sur lui' : ce sont ceux de la semence d'Israël, qui ont la peria à la main ; et c'est 'la main de kol', qui fait allusion à l'alliance comme ci-dessus, 'sur lui' - il dominera sur Ichmael.
ואני הנה בריתי אתך והיית לאב המון גוים (בראשית יז, ד). רצה לומר כי עיקר עבודת הצדיק הוא להעלות מדריגות התחתונים להבורא ברוך הוא כמו שכתוב בזוהר אנן בעינן למהוי קמא מלכא, אך הוא סכנה גדולה לצדיק לירד להעלות, כי צריך להיות דבוק באין סוף ברוך הוא.
וזאת שהבטיח לאברהם ואני הנני בריתי אתך, בריתי הוא התקשרות, רצה לומר שאהיה עמך ואפילו בעת שתהיה לאב המון גוים ודו"ק:
'Quant à Moi, voici Mon alliance avec toi, et tu deviendras père d'une multitude de nations' (Genèse 17,4). Il veut dire que l'essentiel du service du tsadik (le juste) est d'élever les degrés des [êtres] inférieurs vers le Créateur béni soit-Il, comme il est écrit dans le Zohar : 'nous voulons nous tenir devant le Roi' (anan baeinan lemehevei kama malka).
Mais c'est un grand danger pour le tsadik que de descendre pour élever, car il lui faut demeurer attaché à l'Ein Sof (l'Infini), béni soit-Il. Et c'est cela qu'Il promit à Avraham : 'Quant à Moi, voici Mon alliance avec toi' - 'briti' (Mon alliance) signifie l'attachement (hitkachrout) ; Il veut dire : Je serai avec toi, et même au moment où tu seras père d'une multitude de nations.
Et examine bien.
המול ימול (בראשית יז, יב). וכתוב במדרש רבה פרשה מ"ט דיו לעבד להיות כרבו.
ורבים מדקדקים בזה. והנראה כי הכלל כי אמירה הוא לשון לבוש כמאמר הכתוב (איכה ב, יז) בצע אמרתו, וכתוב ברש"י בזע פורפורא דיליה.
הכלל השם יתברך ברא עולמות במאמר דהיינו שהתלבש עצמו בלבושים בכדי לברוא העולם אבל מהות הבורא יתברך אינו מושג לשום נברא בכל העולמות ודבר הוא לשון הנהגה שהוא הבורא יתברך מנהיג העולמות כרצונו כמאמר חכמינו ז"ל (סנהדרין ח.) דבר אחד לדור. ומלת צו הוא לשון התחברות מלשון צוותא חדא, דהיינו מה שהאדם מדבק תמיד ומחבר עצמו להבורא ברוך הוא כמבואר, כי בזה שישראל עושין רצון הבורא יתברך מתפאר עצמו עם ישראל ואז יש להם התחברות להבורא ברוך הוא כמבואר בזוהר הקדוש בהקדמה על פסוק כי בכל חכמי הגוים כו' מאין כמוך וכו', אבל ישראל הם כמוהו עיין שם.
והנה מלת צו צדי"ק וא"ו, כי הוא"ו רומז על התפארת ישראל להבורא ברוך הוא ובזה היה הטעות של מלכי ישראל דהיינו ירבעם אחז ומנשה אחאב, כי באמת מתחלה צריכין להיות בהאי"ן ובהם לא היה הבטילה זאת וזה היה הטעות שלהם שלא היו בהאי"ן. וזהו שאמרו רבותינו ז"ל (שם נו:) אין צו אלא עבודה זרה, כי זה היה הטעות שלהם שלא היו בהאי"ן.
והנה הבורא יתברך בעת בריאת העולם הוצרך לצמצם עצמו בכדי לברוא העולמות. והנה בחינות הצמצום הוא בחינות התמעטות, דהיינו לצמצם שממעט עצמו מכמו שהוא והוא כריתות הערלה שממעט מכמו שהיה.
והנה הברית מרומז על התקשרות מה שהאדם הוא מקושר להבורא ברוך הוא והוא בדמיון הצמצום שצמצם עצמו הבורא יתברך בבריאת העולם. וזהו שמרמז המדרש המול ימול דיו לעבד להיות כרבו כו', לרמוז על ברית העולם:
'Il sera certes circoncis' (himol yimol) (Genèse 17,13). Et il est écrit dans le Midrach Rabba, paracha 49 : 'il suffit au serviteur d'être comme son maître'.
Et beaucoup s'interrogent là-dessus. Et il apparaît que la règle est que 'amira' (le dire) est un terme de vêtement, selon la parole du verset (Lamentations 2,17) 'Il a accompli (bitsa) sa parole (imrato)', et Rachi écrit : 'Il a déchiré sa pourpre'.
La règle : le Nom béni soit-Il a créé les mondes par la parole (maamar), c'est-à-dire qu'Il s'est revêtu de vêtements afin de créer le monde ; mais l'essence du Créateur béni soit-Il n'est saisie par aucune créature dans aucun des mondes. Et 'davar' (parole) est un terme de conduite, car le Créateur béni soit-Il conduit les mondes selon Sa volonté, selon le propos de nos sages de mémoire bénie (Sanhédrin 8a) : 'un seul conducteur (dabar) pour une génération'.
Et le mot 'tsav' (ordonne) est un terme d'union, du langage de 'tsavta hada' (une seule compagnie), c'est-à-dire ce par quoi l'homme s'attache constamment et se joint au Créateur béni soit-Il, comme il a été expliqué : car par le fait qu'Israël accomplit la volonté du Créateur béni soit-Il, Il se glorifie avec Israël, et alors ils ont un attachement au Créateur béni soit-Il, comme il est expliqué dans le saint Zohar, dans l'introduction, sur le verset 'car parmi tous les sages des nations etc., nul n'est comme Toi etc.' (Jérémie 10,7) - mais Israël, eux, sont comme Lui ; vois-y. Et voici que le mot 'tsav' (צו) [se compose d'un] tsadi et d'un vav, car le vav fait allusion à la gloire (tiferet) qu'Israël [rend] au Créateur béni soit-Il.
Et en cela fut l'erreur des rois d'Israël, à savoir Yerovam, Ahaz et Menache, Ahav : car en vérité il faut d'abord se tenir dans le 'ayin' (le néant, l'annulation de soi), et chez eux cette annulation n'existait pas ; et ce fut là leur erreur, de n'avoir pas été dans le 'ayin'. Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (ibid.
56b) : 'tsav n'est autre que l'idolâtrie', car ce fut là leur erreur, de n'avoir pas été dans le 'ayin'. Et voici que le Créateur béni soit-Il, au moment de la création du monde, dut se contracter (tsimtsoum) afin de créer les mondes.
Et voici que l'aspect du tsimtsoum est un aspect de diminution, c'est-à-dire se contracter, se faire moindre que ce que l'on est ; et c'est [là] la coupure du prépuce (orla), qui diminue par rapport à ce qui était. Et voici que l'alliance (brit) fait allusion à l'attachement, ce par quoi l'homme est lié au Créateur béni soit-Il, et cela est à l'image du tsimtsoum par lequel le Créateur béni soit-Il s'est contracté lors de la création du monde.
Et c'est cela que le Midrach laisse entendre : 'il sera certes circoncis', 'il suffit au serviteur d'être comme son maître etc.' - pour faire allusion à l'alliance du monde (brit olam).