Il y a deux sortes de serviteurs du Créateur, enseigne Rabbi Lévi Its'hak : par le don de soi (messirout nefech), l'homme est comme un néant (ayin) et n'attire pas l'abondance (chefa) ; par les commandements, qui sont de l'être (yech), il l'attire, et par l'intention de procurer une satisfaction au Créateur il attache aussi son être au néant. Avraham a saisi tous les commandements, chaque membre tirant sa vitalité d'un commandement. Hors de la Terre il servait par le don de soi ; en Terre d'Israël, par les commandements. « Va pour toi » (Berechit 12,1) : selon Rachi, « pour ton plaisir et pour ton bien », car là il pourra attirer l'abondance.
Aussi : Israël, au-dessus de l'appréhension, n'a pas de nombre et n'apparaît pas dans les constellations ; les trois cent dix-huit, chia'h, abaissent les rois par la parole ; la bénédiction de Malki-Tsedek, don gratuit et guevoura.
אשר אם יוכל איש למנות את עפר הארץ גם זרעך ימנה (בראשית יג, טו). כי אברהם באצטגנונית היה מביט בכוכבים ובמזלות והנה דרכם של אלו שאינם יכולים לראות רק דבר שהוא בעולם הזה שיש לו השגה מה שאין כן דבר שהוא למעלה מן השגה אין להם יכולת לראות.
והנה ישראל אסור לספור אותם כמאמר חכמינו ז"ל (יומא כב:) כל המונה ישראל בו' מחמת שאין יכולת לתפוס ישראל במחשבה כי הם למעלה מן ההשגה ולכן כיון שישראל למעלה מן ההשגה לכן לא ראה אברהם אותם כשהביט במזלות כי אי אפשר להביט דבר כזה בהמזלות. וזהו שאמר השם יתברך אם תוכל לספור את עפר הארץ כו', כלומר שישראל אין להם מספר מחמת היותם דבר שאין להם השגה ותפיסה בעולם הזה ולכן מחמת זה אין אתה רואה אותם במזלות ובאמת תוליד והבן:
'Si quelqu'un peut compter la poussière de la terre, ta descendance aussi sera comptée' (Genèse 13,16). Car Abraham observait par l'astrologie les étoiles et les constellations (mazalot).
Or la voie de ceux-là est qu'ils ne peuvent voir qu'une chose qui est dans ce monde-ci, dont il y a appréhension (hassaga - saisie intellectuelle) ; en revanche, une chose qui est au-dessus de l'appréhension, ils n'ont pas la capacité de la voir. Et voici, Israël, il est interdit de les compter, selon la parole de nos sages de mémoire bénie (Yoma 22b) : 'quiconque compte Israël transgresse un interdit etc.', et cela parce qu'il n'est pas possible de saisir Israël par la pensée, car ils sont au-dessus de l'appréhension.
Et donc, puisque Israël est au-dessus de l'appréhension, Abraham ne les a pas vus lorsqu'il regardait dans les constellations, car il est impossible de regarder une telle chose dans les constellations. Et c'est ce qu'a dit le Nom, béni soit-Il : 'si tu peux compter la poussière de la terre etc.', c'est-à-dire qu'Israël n'a pas de nombre parce qu'il est une chose dont il n'y a ni appréhension ni saisie dans ce monde-ci ; et c'est pour cela que tu ne les vois pas dans les constellations, mais en vérité tu engendreras.
Comprends.
וישמע אברם כי נשבה וכו' (בראשית יד, יד) שמנה עשר ושלש מאות וירדוף עד דן. המספר הוא בגימטריא שי"ח הוא לשון דיבור על ידי הדבור השפיל אברהם את המלכים וגם דבור הוא לשון הנהגה ולשון דבר אחר לדור וגם שי"ח הוא לשון השפלה שוחה עמוקה להשפיל בו את הרשעים האלו:
'Abram apprit que son parent avait été fait prisonnier etc.' (Genèse 14,14) : 'trois cent dix-huit', 'et il poursuivit jusqu'à Dan'. Ce nombre est en guematria [le mot] chia'h (שי"ח = 318), qui est un terme de parole (dibbour) : c'est par la parole qu'Abraham a abaissé les rois.
Et de plus, dibbour est un terme de conduite et de direction, ainsi que dans l'expression 'un seul chef (dabar) pour une génération'. Et de plus, chia'h est un terme d'abaissement, [comme dans] 'une fosse profonde' (cho'ha amouka, Proverbes 23,27), pour y abaisser ces impies.
ומלכי צדק מלך שלם הוציא לחם ויין והוא כהן לאל עליון (בראשית יד, יח). הכלל יש שני עובדי הבורא אחד שעובד הבורא במסירות נפש ואחד שעובד הבורא במצות ובמעשים טובים וההפרש שזה העובד את הבורא במסירת נפש לא על ידי מצות ומעשים טובים הוא כאין ממש וזה העובד את ה' במצות הוא עובד על ידי דבר היש כי המצות הם יש ולכן זה שעובד במסירות נפש דהוא כאין אינו יכול להמשיך על עצמו שפע כי הוא אינו כלום רק שמדבק את עצמו להשם יתברך וזה שעובד על ידי מצות ומעשים טובים הוא על ידי דבר יש לכן יכול להמשיך על עצמו שפע מהשם יתברך.
והנה בעובד על ידי מצות ומעשים טובים גם כן יש בהם בחינות אין היינו מה שעושה נחת רוח לבורא זה הוא בחינת אין אמנם מי שמושך על עצמו על ידי מצות שפע וברכה אזי מדבק את עצמו באין וביש כי בזה שכוונתו לעשות בהם נחת רוח לבורא והוא אינו כלום מדבק את עצמו באין ועל ידי עשיות המצות ומעשים טובים מדבק את עצמו ביש כי המצות הם יש ועל ידי עשיית המצות משפיע על עצמו שפע מהשם יתברך ולכן יש לפעמים אדם שמפרנס את עצמו על ידי מעשיו:
'Et Malki-Tsedek, roi de Chalem, fit apporter du pain et du vin, et il était prêtre du Dieu suprême' (Genèse 14,18). Le principe : il y a deux [sortes de] serviteurs du Créateur.
L'un sert le Créateur par le don de soi (mesirout nefech - dévouement allant jusqu'au sacrifice de l'âme), et l'un sert le Créateur par les commandements et les bonnes actions. Et la différence est que celui qui sert le Créateur par le don de soi, et non par les commandements et les bonnes actions, est réellement comme un néant (ayin), tandis que celui qui sert le Nom par les commandements sert par le moyen d'une chose qui est de l'être (yech), car les commandements sont de l'être.
C'est pourquoi celui qui sert par le don de soi, qui est comme un néant, ne peut pas attirer sur lui-même l'abondance (chefa), car il n'est rien du tout : il ne fait qu'attacher son être au Nom, béni soit-Il. Et celui qui sert par les commandements et les bonnes actions [le fait] par le moyen d'une chose qui est de l'être, c'est pourquoi il peut attirer sur lui-même l'abondance venant du Nom, béni soit-Il.
Et voici : chez celui qui sert par les commandements et les bonnes actions, il y a aussi en eux des aspects de néant, à savoir ce qui procure une satisfaction (na'hat roua'h) au Créateur : cela relève de l'aspect du néant. Ainsi, celui qui attire sur lui-même, par les commandements, l'abondance et la bénédiction, attache alors son être au néant et à l'être : car du fait que son intention est de procurer par eux une satisfaction au Créateur, alors qu'il n'est rien du tout, il attache son être au néant ; et par l'accomplissement des commandements et des bonnes actions il attache son être à l'être, car les commandements sont de l'être ; et par l'accomplissement des commandements il fait affluer sur lui-même l'abondance du Nom, béni soit-Il.
Et c'est pourquoi il arrive parfois qu'un homme subvienne à sa propre subsistance par ses actes.
והנה אמרו חכמינו ז"ל (קידושין פב.) קיים אברהם אבינו כל התורה אפילו עירובי תבשילין עד שלא נתנה, וקרבנו אל השכל איך ידע כל התורה אך מחמת שאברהם אבינו הפריד את עצמו מגשמיות וראה הרמ"ח אבריו שכל אבר חיותו ממצוה וכל אבר ואבר יש לו מצוה שמחיה אותו שהמצוה שהוא כנגד האבר הוא חיות האבר ומבלעדי המצוה אין חיות לאבר והשיג שחיות הראש הוא מתפילין וכן השאר מצות משום הכי השיג כל המצות עד שלא נתנה כי ראה החיות של אבריו שכל אבר יש לו חיות ממצוה ולכך לא היה אברהם יכול לעבוד את הבורא בחוץ לארץ על ידי המצות כי בחוץ לארץ לא היה באפשר לקיים המצות התלוים בארץ ולא היה יכול לקיים כמה מצות שהם כנגד אבריו והיה נחסר לו כמה אברים כי חיותה ממצות שכנגדם ובחוץ לארץ לא היה יכול לקיים המצות התלוים בארץ לכן כל זמן היות אברהם בחוץ לארץ היה עובד השם יתברך על ידי מסירות נפשו אמנם בביאתו לארץ היה יכול לקיים כל המצות והיה קומה שלימה בכל אבריו על ידי המצוה ולכן היה עובד על ידי מצוה. ולכן מצינו מה שמסר עצמו במסירות נפש והפיל עצמו לתוך כבשן האש וכן כמה נסיונות שהיה לאברהם במסירות נפש היה הכל בחוץ לארץ כי בחוץ לארץ היה עובד על ידי מסירת נפש ובארץ ישראל לא היה צריך לזה כי היה עובד על ידי מצות ומה שהעלה את יצחק לעקידה בארץ ישראל זה היה במאמר הבורא שצוה אותו ולכן בחוץ לארץ שעבד על ידי מסירת נפש היה דבוק באין ולא היה יכול להמשיך על עצמו שפע אמנם בארץ ישראל שעבד על ידי המצות היה בבחינת יש והיה יכול להמשיך שפע מהבורא:
Et voici, nos sages de mémoire bénie ont dit (Kidouchin 82a) : 'Abraham notre père a accompli toute la Torah, même le érouv tavchiline (disposition rabbinique permettant de cuisiner un jour de fête en vue du chabbat qui suit), avant même qu'elle ne fût donnée'. Rapprochons cela de l'intelligence : comment connaissait-il toute la Torah ?
Mais c'est parce qu'Abraham notre père s'est séparé de la matérialité et a vu que ses deux cent quarante-huit (רמ"ח) membres, chacun tire sa vitalité d'un commandement, et que chaque membre a un commandement qui le fait vivre - car le commandement qui correspond au membre est la vitalité de ce membre, et sans le commandement il n'y a pas de vitalité pour le membre. Il appréhenda que la vitalité de la tête vient des téfilines, et de même pour le reste des commandements ; c'est pour cela qu'il appréhenda tous les commandements avant qu'elle ne fût donnée, car il voyait la vitalité de ses membres, chaque membre ayant sa vitalité d'un commandement.
Et c'est pourquoi Abraham ne pouvait pas servir le Créateur hors de la Terre [d'Israël] par les commandements, car hors de la Terre il n'était pas possible d'accomplir les commandements qui dépendent de la Terre, et il ne pouvait pas accomplir plusieurs commandements qui correspondent à ses membres, et il lui manquait plusieurs membres, car leur vitalité vient des commandements qui leur correspondent, et hors de la Terre il ne pouvait pas accomplir les commandements qui dépendent de la Terre. C'est pourquoi, tout le temps qu'Abraham fut hors de la Terre, il servait le Nom, béni soit-Il, par le don de soi ; mais à son arrivée en Terre [d'Israël] il pouvait accomplir tous les commandements, et il était une stature complète dans tous ses membres par le commandement, et c'est pourquoi il servait par le commandement.
Et c'est pourquoi nous trouvons que ce en quoi il s'est livré au don de soi et s'est jeté dans la fournaise ardente, ainsi que les nombreuses épreuves qu'Abraham traversa dans le don de soi, tout cela fut hors de la Terre, car hors de la Terre il servait par le don de soi, tandis qu'en Terre d'Israël il n'en avait pas besoin, car il servait par les commandements. Quant au fait qu'il ait fait monter Its'hak pour la ligature en Terre d'Israël, cela fut par la parole du Créateur qui le lui ordonna.
Ainsi, hors de la Terre, où il servait par le don de soi, il était attaché au néant et ne pouvait pas attirer sur lui-même l'abondance ; mais en Terre d'Israël, où il servait par les commandements, il était dans l'aspect de l'être et pouvait attirer l'abondance depuis le Créateur.
וזהו פירוש הפסוק לך לך מארצך, פירש רש"י ז"ל להנאתך ולטובתך, פירוש עבור הטובה שלך תלך לארץ ישראל כי שם תעבוד על ידי מצות ותוכל להמשיך עליך שפע אמנם בחוץ לארץ שאתה עובד במסירת נפש דבוק באין אי אפשר לך להמשיך עליך שפע. ובזה מתורץ קושית הרשב"א בתשובה למה נשא יעקב אבינו שתי אחיות כיון שקיימו כל התורה עד שלא נתנה, ולפי מה שכתבתי ניחא, כי בחוץ לארץ לא היו עובדין על ידי מצות כי לא היה יכול לקיים מצות התלויות בארץ והיה עובד בחוץ לארץ במסירות נפש ובאמת לא היה לו שתי אחיות אלא בחוץ לארץ דשם לא עבדו על ידי מצות רק במסירות נפש אבל בביאתו לארץ ישראל מתה רחל ותראה ברשב"א שכוון בדבריו לדברים אלו.
והנה זה האדם שעובד הבורא על ידי מסירות נפש הוא רואה הבורא ברוך הוא בעין ממש וזה שעובד הבורא על ידי מצות ומעשים טובים הוא רואה את השם יתברך באספקלריא כי עובד על ידי יש:
Et c'est là l'explication du verset 'Va pour toi, hors de ton pays' (Genèse 12,1). Rachi, de mémoire bénie, explique : 'pour ton plaisir et pour ton bien'.
Explication : pour ton bien tu iras en Terre d'Israël, car là tu serviras par les commandements et tu pourras attirer sur toi l'abondance ; mais hors de la Terre, où tu sers par le don de soi, attaché au néant, il t'est impossible d'attirer sur toi l'abondance. Et par cela se résout la difficulté du Rachba (Rabbi Chelomo ben Aderet) dans ses responsa : pourquoi Yaakov notre père a-t-il épouse deux sœurs, puisqu'ils accomplissaient toute la Torah avant qu'elle ne fût donnée ?
Selon ce que j'ai écrit, cela s'explique bien : car hors de la Terre ils ne servaient pas par les commandements, puisqu'il ne pouvait pas accomplir les commandements qui dépendent de la Terre, et il servait hors de la Terre par le don de soi. Et en vérité il n'eut deux sœurs que hors de la Terre, là où ils ne servaient pas par les commandements mais seulement par le don de soi ; mais à son arrivée en Terre d'Israël, Rachel mourut.
Et tu verras dans le Rachba qu'il a visé dans ses propos ces choses-là. Et voici : cet homme qui sert le Créateur par le don de soi voit le Créateur, béni soit-Il, littéralement de l'œil ; et celui qui sert le Créateur par les commandements et les bonnes actions voit le Nom, béni soit-Il, à travers un miroir (aspaklaria - vitre par laquelle est perçue la vision prophétique), car il sert par le moyen de l'être.
וזהו אחר הדברים האלה היה דבר ה' אל אברם במחזה לאמר (בראשית טו, א), פירוש שבעת הזאת עבד להשם יתברך על דרך מצות ולכן היה דבר ה' אליו במחזה שראה להשם יתברך באספקלריא. ואמר לו השם יתברך אל תירא אברהם כו', פירוש שלא תירא שאתה עובד על ידי מצות ולא במסירות נפש.
שכרך הרבה מאוד, פירוש על ידי עבדות שלך במצות אתה יכול להמשיך עליך שפע וזהו שכתוב הרבה מאוד. ונמצא מה שאמרו חכמינו ז"ל קיים אברהם כל התורה כולה היה בארץ ישראל ולא בחוץ לארץ אמנם מעתה אף על פי שאנו בחוץ לארץ יכולין אנו לעבוד על ידי המצות שכבר נתנה לנו התורה והנה מה שהיה עובד במסירות נפש והיה באין היה מתקן שם יה.
והנה חכמינו ז"ל אמרו (תנחומא חקת ח) שעלה משה למרום ומצא שהשם יתברך היה אומר אליעזר בני אומר כו', ולכאורה כיון שרבי אליעזר לא היה עדיין האיך אומר השם יתברך משמו הלא הבחירה ביד אדם אמנם האין כלל לכל החכמות שהוא כח המוכן לקבל צורה וכשאדם רוצה להמשיך אליו חכמה יכול להמשיך משם חכמה וכן כל דבר ודבר שאדם רוצה רק שתלוי ברצון האדם אם עובד הבורא יכול להמשיך עליו וזה ראה משה רבינו עליו השלום שיש שכל שם באין שאם ירצה רבי אליעזר ויהיה צדיק יכול להמשיך על עצמו זה השכל ולומר (פרה פ"א מ"א) פרה בת שתים וכו'. שתלוי ברצון האדם אם יתקן מעשיו ויהיה צדיק יהיה יכול להמשיך על עצמו זה השכל ובאמת רבי אליעזר היה צדיק והיה ממשיך עליו זה השכל:
Et c'est [le sens de] 'Après ces événements, la parole de ה' fut adressée à Abram dans une vision (ma'hazeh), disant' (Genèse 15,1). Explication : qu'en ce temps-là il servait le Nom, béni soit-Il, par la voie des commandements, et c'est pourquoi la parole de ה' lui vint 'dans une vision', car il voyait le Nom, béni soit-Il, à travers un miroir (aspaklaria).
Et le Nom, béni soit-Il, lui dit : 'Ne crains pas, Abraham etc.' - explication : ne crains pas de servir par les commandements et non par le don de soi. 'Ta récompense est très grande' - explication : par ton service dans les commandements tu peux attirer sur toi l'abondance, et c'est ce qui est écrit 'très grande'. Il ressort que ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie, qu'Abraham a accompli toute la Torah, ce fut en Terre d'Israël et non hors de la Terre ; mais désormais, bien que nous soyons hors de la Terre, nous pouvons servir par les commandements, puisque la Torah nous a déjà été donnée.
Et voici : ce en quoi il servait par le don de soi, étant dans le néant, il réparait (tikoun) le Nom Y-H (יה). Et voici, nos sages de mémoire bénie ont dit (Tan'houma Houkat 8) que Moché monta en haut et trouva que le Nom, béni soit-Il, disait : 'Eliezer mon fils dit etc.'.
À première vue, puisque Rabbi Eliezer n'existait pas encore, comment le Nom, béni soit-Il, parlait-il en son nom ? Le libre choix n'est-il pas dans la main de l'homme ?
Mais [voici] : le néant (ayin) est la règle générale de toutes les sagesses, car il est la force préparée à recevoir une forme ; et lorsqu'un homme veut attirer à lui la sagesse, il peut l'attirer de là, et de même pour chaque chose que l'homme veut - cela ne dépend que de la volonté de l'homme : s'il sert le Créateur, il peut l'attirer sur lui. Et c'est ce que vit Moché notre maître, sur lui la paix : qu'il y a là, dans le néant, une intelligence telle que, si Rabbi Eliezer le veut et devient juste, il peut attirer sur lui-même cette intelligence et dire (Para 1,1) : 'la vache [rousse] est âgée de deux ans etc.' - car cela dépend de la volonté de l'homme : s'il redresse ses actes et devient juste, il pourra attirer sur lui-même cette intelligence.
Et en vérité Rabbi Eliezer fut un juste et il attirait sur lui cette intelligence.
והנה יש שני הכרעות אצל השם יתברך אחד ליתן לאדם דבר שמבקש כרצונו ויש הכרע שהשם יתברך רוצה ליתן לפי העולמות שיצטרכו. והנה זה הכרעה שמכריע ליתן לאדם דבר שמבקש נקרא דעת המכריע וזה ההכרעה שהשם יתברך רוצה להשפיע כפי העולמות נקרא דעת המתפשט כי מתפשט כפי העולמות.
והנה אברהם אבינו היה סובר שמה שנכרע שיהיה לו בנים עדיין הוא באין ויכול להתהפך להכי אמר ובן ביתי יורש כו'. ואמר לו השם יתברך שנכרע לגמרי שיהיה לו בנים וזהו והנה דבר ה' אליו לאמר, פירוש שהשם יתברך דיבר לו שכבר בא באמירה שלא ירש אותו כי אם בנו.
וזהו פירוש המדרש (בראשית רבה מג) ומלכי צדק מלך שלם הוציא לחם ויין והוא כהן לאל עליון, פליגי ר' שמואל בר נחמן ורבנן, ר' שמואל בר נחמן אמר גילה לו סוד כהונה גדולה כו', ורבנן אמרו גלה לו סוד תורה, פירוש סוד כהונה גדולה היא עבדות על ידי מסירות נפש שהוא סוד כהונה גדולה בחינת הקרבה שמקריב עצמו עבור הבורא וסוד תורה היא עבדות הבורא על ידי מצות ומעשים טובים שהוא תורה:
Et voici, il y a deux [modes de] décision auprès du Nom, béni soit-Il : l'un, de donner à l'homme la chose qu'il demande selon sa volonté ; et il y a une décision par laquelle le Nom, béni soit-Il, veut donner selon [ce dont] les mondes auront besoin. Or cette décision qui tranche de donner à l'homme la chose qu'il demande s'appelle 'la connaissance qui tranche' (da'at hamakhria) ; et cette décision par laquelle le Nom, béni soit-Il, veut faire affluer selon les mondes s'appelle 'la connaissance qui se déploie' (da'at hamitpachet), car elle se déploie selon les mondes.
Et voici, Abraham notre père pensait que ce qui avait été tranché - qu'il aurait des enfants - était encore dans le néant et pouvait se retourner ; c'est pourquoi il dit : 'et le fils de ma maison héritera de moi etc.' (Genèse 15,3). Et le Nom, béni soit-Il, lui dit qu'il avait été tranché de façon définitive qu'il aurait des enfants ; et c'est [le sens de] 'et voici, la parole de ה' [vint] à lui, disant' (Genèse 15,4) - explication : que le Nom, béni soit-Il, lui parla, [signifiant] que cela était déjà venu à l'énoncé, que celui-là n'hériterait pas de lui, mais bien son fils.
Et c'est l'explication du Midrach (Berechit Rabba 43) : 'Et Malki-Tsedek, roi de Chalem, fit apporter du pain et du vin, et il était prêtre du Dieu suprême' - Rabbi Chemouel bar Na'hman et les sages divergent : Rabbi Chemouel bar Na'hman dit qu'il lui révéla le secret de la grande prêtrise etc., et les sages disent qu'il lui révéla le secret de la Torah. Explication : le secret de la grande prêtrise, c'est le service par le don de soi, qui est le secret de la grande prêtrise, l'aspect de l'offrande (hakrava), car il s'offre lui-même pour le Créateur ; et le secret de la Torah, c'est le service du Créateur par les commandements et les bonnes actions, ce qui est la Torah.
ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ וברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך (בראשית יד, כ). הכלל כאשר הקדוש ברוך הוא משלם לאדם כמדתו כן הוא המדה אבל כאשר הקדוש ברוך הוא נותן לאדם טובה אשר אין מדתו כן זה הוא אצלו מתנת חנם מן הקדוש ברוך הוא.
והנה אברהם מדתו חסד ואשר הקדוש ברוך הוא עשה עמו חסד כן הוא המדה לשלם לאיש כמעשהו וכאן שעשה הקדוש ברוך הוא נס שלא כמדתו שהרג את שונאיו אשר אין מדתו כן זהו שנתן הקדוש ברוך הוא מתנת חנם לאברהם. והנה כתב האר"י ז"ל מלך עוזר ומושיע ומגן, הוא לשון חנם וכן תרגם אונקלוס חנם מגן.
וזהו הרמז אשר מגן צריך, זה היה אצל אברהם מתנת חנם. וזה גם כן הרמז ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ, כי מה שאדם יש לו אינו צריך לקנות ומה שאין לו צריך לקנות ואברהם שמדתו היה חסד זה אין צריך לקנות אבל מדת גבורה צריך לקנות וכאן שהיה אברהם צריך למדת גבורה לנצח את המלכים וזהו ברוך אברם כו' קונה שמים וארץ ודו"ק:
'Béni soit Abram du Dieu suprême, possesseur des cieux et de la terre, et béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs en ta main' (Genèse 14,19-20). Le principe : lorsque le Saint, béni soit-Il, rétribue un homme selon sa mesure (midda), c'est bien la mesure [qui joue] ; mais lorsque le Saint, béni soit-Il, donne à un homme un bien qui n'est pas selon sa mesure, cela est pour lui un don gratuit (mattenat 'hinam) de la part du Saint, béni soit-Il.
Or la mesure d'Abraham est le ''hessed (bonté, amour débordant) ; et que le Saint, béni soit-Il, ait agi envers lui avec bonté, c'est bien la mesure - rétribuer l'homme selon son acte. Mais ici, où le Saint, béni soit-Il, a fait un miracle qui n'était pas selon sa mesure, en tuant ses ennemis, ce qui n'est pas sa mesure - c'est là que le Saint, béni soit-Il, a donné à Abraham un don gratuit.
Et voici, le Ari, de mémoire bénie (Rabbi Its'hak Louria), a écrit que 'Roi qui secourt, sauve et protège (maguen)' est un terme de gratuité ; et de même Onkelos a traduit 'gratuitement' ('hinam) par maguen. Et c'est l'allusion de 'qui a livré (miguen) tes oppresseurs' : cela fut pour Abraham un don gratuit.
Et c'est aussi l'allusion de 'Béni soit Abram du Dieu suprême, possesseur (kone - qui acquiert) des cieux et de la terre' : car ce qu'un homme possède, il n'a pas besoin de l'acquérir, et ce qu'il ne possède pas, il doit l'acquérir. Or Abraham, dont la mesure était le ''hessed, n'avait pas besoin de l'acquérir ; mais la mesure de guevoura (rigueur, puissance contraignante), il devait l'acquérir - et ici Abraham avait besoin de la mesure de guevoura pour vaincre les rois.
Et c'est [le sens de] 'Béni soit Abram etc., possesseur des cieux et de la terre'. Examine bien.
או יאמר, ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ וברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך כו' (בראשית יד, כ). והענין כי יש מעשה תחתונים שאדם עצמו מתגבר על החיצונים ויש מעשה עליונים דצריך הקדוש ברוך הוא להמית החיצונים ואברהם היה במדת אהבה וכשהרג אלו הד' מלכים לבש עוז וגבורה נגד עוזבי ה' על כן מאת ה' היתה זאת כי ודאי מחמת עצמו לא היה יכול לעשות שהוא נגד מדתו רק הבורא ברוך הוא אשר אזר גבורה נגד אויביו ופדה עולמו מן החיצונים.
ועל פי זה אמר ברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך, כינה השבח זה עתה להשם יתברך שהוא פועל גבורות על העולם נגד אויביו וברוך אל עליון קונה שמים וארץ בעבור היותו מוסר כל הקליפות ועוזביו ביד אברהם ובזה קונה עולמו מיד החיצונים. ולכן אמר ברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך, שבודאי השם יתברך הוא נלחם בהם למסור בידך כי מצד התעוררותך לבד לא היה אפשר ולכן כיון שבהריגת המלכים היה נכנס בבחינת גבורה לכן בישר לו הקדוש ברוך הוא תיכף שיוליד את יצחק שהוא בחינה זו כי מקודם לא היה אפשר להוליד את יצחק כי היה מתנגדין במדתו אבל כשנעשה עתה כלול גם מאותה מדה היה יכול להוליד יצחק.
וזהו שאמר אחר הדברים האלהכו', בישר לו לידת יצחק. היה דבר ה' אל אברם במחזה לאמר, כי בדיבור של מלך כלול כל החכמות שבעולם ולכן כשבא אחד שאינו כלול בכל החכמות אי אפשר לו להשיג דיבור של המלך אבל אם בא אחד שכלול מכל החכמות יוכל להבין דיבור של המלך.
והנה מקודם היה אברהם במדת אהבה לבד ולכן מקודם לא היה יכול להשיג הדיבור של הבורא ברוך הוא כי היה לבוש רק ממדה אחת ודיבורו של המקום היה כלול מכל המדות. וזהו אחר הדברים האלה, שנכלל מכל המדות גם מדת גבורה.
אזי היה דבר ה' אל אברם במחזה לאמר, דהיינו שדיבור של הקדוש ברוך הוא היה במחזה אליו שהבין על בוריו ודוק היטב:
Ou bien on dira : 'Béni soit Abram du Dieu suprême, possesseur des cieux et de la terre, et béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs en ta main etc.' (Genèse 14,19-20). Et la chose est ainsi : il y a une action des êtres d'en bas, où l'homme lui-même l'emporte sur les forces extérieures (les 'hitsonim - forces impures, du côté des kelipot), et il y a une action des êtres d'en haut, où il faut que le Saint, béni soit-Il, fasse mourir les forces extérieures.
Or Abraham était dans la mesure d'amour, et lorsqu'il tua ces quatre rois il se revêtit de force et de guevoura contre ceux qui abandonnent ה' ; c'est pourquoi cela vint de ה', car assurément par lui-même il n'aurait pas pu le faire, puisque c'est contre sa mesure - seul le Créateur, béni soit-Il, qui l'a ceint de guevoura contre ses ennemis et a délivré Son monde des forces extérieures. Et sur cette base il dit : 'béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs en ta main' - il adressa maintenant cette louange au Nom, béni soit-Il, qui opère des actes de guevoura sur le monde contre Ses ennemis ; et 'béni soit le Dieu suprême, possesseur des cieux et de la terre', parce qu'Il livre toutes les kelipot (écorces, enveloppes impures) et ceux qui L'abandonnent dans la main d'Abraham, et par cela Il acquiert Son monde de la main des forces extérieures.
C'est pourquoi il dit : 'béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs en ta main', car assurément c'est le Nom, béni soit-Il, qui combat contre eux pour les livrer en ta main, car par ton seul éveil cela n'aurait pas été possible. Et donc, puisque par la mise à mort des rois il entrait dans l'aspect de guevoura, c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui annonça aussitôt qu'il engendrerait Its'hak, qui relève de cet aspect-là ; car auparavant il n'était pas possible d'engendrer Its'hak, car ils se seraient opposés dans sa mesure ; mais maintenant qu'il était devenu inclusif aussi de cette mesure, il pouvait engendrer Its'hak.
Et c'est ce qui est dit : 'Après ces événements etc.' - il lui annonça la naissance d'Its'hak. 'La parole de ה' fut adressée à Abram dans une vision, disant' - car dans la parole d'un roi sont incluses toutes les sagesses du monde ; c'est pourquoi lorsque vient quelqu'un qui n'est pas inclusif de toutes les sagesses, il lui est impossible d'appréhender la parole du roi ; mais si vient quelqu'un qui est inclusif de toutes les sagesses, il pourra comprendre la parole du roi. Or auparavant Abraham était dans la mesure d'amour seulement, et c'est pourquoi auparavant il ne pouvait pas appréhender la parole du Créateur, béni soit-Il, car il n'était revêtu que d'une seule mesure, tandis que la parole du Lieu (nom divin désignant l'Omniprésent) était inclusive de toutes les mesures.
Et c'est [le sens de] 'Après ces événements' - qu'il fut inclusif de toutes les mesures, y compris la mesure de guevoura. Alors 'la parole de ה' fut adressée à Abram dans une vision, disant' - c'est-à-dire que la parole du Saint, béni soit-Il, lui fut en vision, de sorte qu'il la comprît dans sa clarté.
Examine bien.
או יאמר, ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ וברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך. צריך להבין הכתוב שאמר קונה שמים וארץ, מוכח שהוא יתברך קונה.
גם בשמונה עשרה אנו אומרים וקונה הכל. אך הענין, כי אדם צריך לעבוד הבורא בכל לב ונפש ויחשוב בכל רגע אהבת ויראת השם בכל אבריו כמו שאמר הכתוב (תהלים לה, י) כל עצמותי תאמרנה וכו', ובכל נשימה ונשימה שאדם נושם בחוטמו צריך אדם לשבח ולפאר ליוצר הכל יתברך כמו שדרשו חכמינו ז"ל (בראשית רבה יד) על כל הנשמה תהלל י"ה.
והנה אם אדם עושה כך צריך להתפשט מעצמותו ולהתלבש באהבת הבורא יתברך. והנה זהו בעצם מדת יראה, כי מחמת התפשטות המורה על הצמצום הוא מדת יראה הכלולה באהבה וזה בעצם ההרכבה יראה באהבה:
Ou bien on dira : 'Béni soit Abram du Dieu suprême, possesseur des cieux et de la terre, et béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs en ta main'. Il faut comprendre le verset qui dit 'possesseur (kone) des cieux et de la terre' : il en ressort qu'Il acquiert, béni soit-Il.
De même, dans la prière des dix-huit bénédictions, nous disons 'et qui acquiert (kone) toutes choses'. Mais voici la chose : l'homme doit servir le Créateur de tout cœur et de toute âme, et penser à chaque instant l'amour et la crainte du Nom dans tous ses membres, comme l'a dit le verset (Psaumes 35,10) : 'Tous mes os diront etc.' ; et à chaque souffle que l'homme respire par ses narines, il doit louer et glorifier le Formateur de tout, béni soit-Il, comme l'ont exposé nos sages de mémoire bénie (Berechit Rabba 14) sur [le verset] 'Que tout souffle loue Y-H (יה)' (Psaumes 150,6).
Et voici : si l'homme fait ainsi, il lui faut se dépouiller de son être propre et se revêtir de l'amour du Créateur, béni soit-Il. Et voici, cela est en son essence la mesure de crainte (yira) ; car du fait que ce dépouillement (hitpachtout) indique la contraction (tsimtsoum), c'est [là] la mesure de crainte incluse dans l'amour, et c'est en son essence la composition de la crainte dans l'amour.