« Et Hachem dit à Avram : va pour toi » (Berechit 12,1) : pourquoi Avraham a-t-il exposé Sara au danger en allant en Égypte, puisque le Nom béni ne le lui avait pas dit ? Selon Rabbi Lévi Its'hak, « vers la terre que Je te montrerai » signifie qu'il ira vers cette terre pour laquelle il y aura une cause (sibba) de s'y rendre. Lorsque Avraham vient en terre d'Israël et qu'il y a famine, il voit que telle est la cause, qu'il ne demeure pas ici mais aille vers une autre terre. Cela vient de D.ieu, qu'il aille vers la terre où serait la volonté de D.ieu.
Aussi : « lekh lekha » : clarté de l'intellect, lieu propre face à Nimrod, racine où élever les étincelles ; midot d'amour, de guevoura et de tiferet dont la finalité est l'amour ; pensée de bénir jointe à l'acte
ויאמר ה' אל אברם לך לך (בראשית יב, א). רבים מקשים למה הביא אברהם את שרה לסכנה זו שילך עמה למצרים כיון שלא אמר לו השם יתברך.
והנראה מה שהשם יתברך אמר לאברהם אל הארץ אשר אראך, אמר לו שלזה הארץ אשר יהיה הסבה שילך ילך שם. והנה אברהם כאשר בא לארץ ישראל והיה שם הרעב ראה כי כן הסיבה מן השם יתברך שלא יהיו כאן.
וזהו ויהי רעב בארץ וירד אברם מצרימה כי כבד הרעב בארץ, בזה ראה כי כן הסבה שלא ישאר כאן רק ילך לארץ אחרת ונמצא זה הוא מן ה' שילך אל ארץ אשר יהיה שם הרצון מן ה':
"Et ה' dit à Avram : va pour toi" (Genèse 12,1). Beaucoup posent cette difficulté : pourquoi Avraham a-t-il exposé Sara à ce danger, en allant avec elle en Égypte, puisque le Nom béni ne le lui avait pas dit ?
Et voici ce qui semble : ce que le Nom béni a dit à Avraham, "vers la terre que Je te montrerai", signifie qu'il lui a dit que vers cette terre pour laquelle il y aurait une cause (sibba, circonstance amenée d'en haut) de s'y rendre, là il irait. Et voici, lorsque Avraham vint en terre d'Israël et qu'il y eut là la famine, il vit qu'ainsi était la cause venant du Nom béni, pour qu'ils ne restent pas ici.
Et c'est le sens de "il y eut une famine dans le pays et Avram descendit en Égypte, car la famine était lourde dans le pays" (Genèse 12,10) : par cela il vit qu'ainsi était la cause, qu'il ne demeure pas ici mais aille vers une autre terre ; il se trouve que cela venait de ה', qu'il aille vers la terre où serait la volonté de ה'.
או יבואר, אל הארץ אשר אראך, הכלל כאשר האדם מסופק אם לעשות או לא אזי ישכיל בשכלו אם יש לו איזה בהירות השכל אזי יעשה, וזו אשר אראך לשון בהירות השכל:
Ou bien on peut expliquer : "vers la terre que Je te montrerai" (acher areka). La règle est celle-ci : lorsqu'un homme est dans le doute, s'il doit agir ou non, alors qu'il examine avec son intelligence ; s'il possède quelque clarté de l'intellect (behirout ha-sekhel, illumination de la compréhension), alors qu'il agisse.
Et c'est le sens de "acher areka" (que Je te montrerai), terme qui désigne la clarté de l'intellect.
או יאמר, לך לך, הכלל כאשר האדם בורח מן השונא אז הוא בורח אל מקום אשר ימצא להמלט את נפשו אפילו להיות נע ונד בארץ אחרת בכדי להמלט את נפשו מן שונאיו וכאן שהיה אברהם נרדף מן נמרוד הרשע כמבואר בחז"ל ושמא חס ושלום תאמר שהיה אברהם נע ונד בארץ אחרת, לזה אמר לו השם יתברך לך לך כלומר לך אל מקומך:
Ou bien on peut dire : "lekh lekha" (va pour toi). La règle est celle-ci : lorsqu'un homme fuit devant son ennemi, il fuit vers un lieu où il trouvera à sauver son âme, fut-ce en devenant errant et fugitif (na va-nad) dans une autre terre, afin de sauver son âme de ses ennemis.
Et ici, Avraham était poursuivi par Nimrod le mécréant, comme cela est expliqué chez nos Sages de mémoire bénie. Et peut-être, à Dieu ne plaise, dirais-tu qu'Avraham était errant et fugitif dans une autre terre : c'est pourquoi le Nom béni lui a dit "lekh lekha", c'est-à-dire : va vers ton lieu, le lieu qui est le tien.
עוד יבואר, ויאמר ה' אל אברם לך לך מארצך, כי זה כלל גדול לכל מקום שאדם הולך הוא הולך לשורשו, כי בוודאי באותו המקום יש שרשו וצריך להעלות אותן הנצוצות לזה אמר לך לך לבדך לשרשך להעלות אותן הנצוצות. אבל משה ואהרן ושמואל שהיו כללות כל ישראל לזה נאמר בשמואל (שמואל א' ז, יז) כי שם ביתו, בכל מקום שהולך שמה היה חיותו, דהיינו שם היה שורשו שהיה כללות כל ישראל:
On expliquera encore : "Et ה' dit à Avram : va pour toi, de ta terre" (Genèse 12,1). Car ceci est une grande règle : en tout lieu où un homme va, il va vers sa racine (chorech), car assurément en ce lieu-là se trouve sa racine, et il lui faut élever ces étincelles-là (nitsotsot, parcelles de sainteté tombées dans le monde).
C'est pourquoi Il lui a dit "lekh lekha" - va pour toi, toi seul, vers ta racine, pour élever ces étincelles. Mais Moche, Aharon et Chmouel, qui étaient la totalité (kelalout) de tout Israël, c'est pourquoi il est dit de Chmouel (I Samuel 7,17) "car là était sa maison" : en tout lieu où il allait, là était sa vitalité, c'est-à-dire que là était sa racine, car il était la totalité de tout Israël.
בפסוק ואעשך לגוי גדול ואברכך ואגדלה שמך (בראשית יב, ב). ואמרינן בגמרא (פסחים קיז:) ואעשך לגוי גדול זה שאומרים א-להי אברהם ואברכך זה שאומרים א-להי יצחק ואגדלה שמך זה שאומרים א-להי יעקב, יכול יהו חותמין בכולם תלמוד לומר והיה ברכה בך חותמין ולא בהם.
כי הנה יש שלשה מדות אשר הבורא ברוך הוא מתנהג בהם כל העולמות והם מדת אהבה ומדת הגבורה ומדת התפארת והנה כשהקדוש ברוך הוא מתנהג בברואיו במדת אהבה אז כל העולמות הם מלאים כל טוב וכשהבורא ברוך הוא מתנהג בברואיו במדת הגבורה אז חס וחלילה לפעמים הוא להיפך וכשהבורא ברוך הוא מתנהג בברואיו במדת התפארת אז גם כן הם מלאים כל טוב כי באמת תכלית מדת התפארת הוא אהבה כי מדת התפארת הוא מה שהבורא יתברך מתפאר עצמו כביכול בברואיו על ידי זה יתעורר מדת אהבה להשפיע להם כל טוב והנה מדת הגבורה אף על פי שהוא נראה שהוא להיפך ממדת אהבה, כי חס וחלילה לפעמים הוא עושה דין בעולם אף על פי כן תכליתה הוא אהבה כמו שאמרו חברי איוב לאיוב והיה ראשיתך מצער ואחריתך ישגה מאוד (איוב ח, ז) כי עיקר מדת הגבורה לעשות לפעמים חס וחלילה דין בעולם כדי שאחר כך יושפע כל טוב וכמו שנחום איש גם זו אמר על כל מקרה אשר הקרה לו גם זו לטובה, אף על פי שהקרה לו איזה מקרה אשר בתחילה נראה לא טובה אף על פי כן סופה היא טובה ואשר בתחילה נראה לא טובה היא רק כדי שיהיה אחר כך טובה. ולפי דברינו אלה אפילו מדת הגבורה תכליתה היא אהבה.
והנה ידוע שאברהם רומז על מידת אהבה ויצחק על מידת הגבורה ויעקב על מידת התפארת וזהו שאמר יכול יהו חותמין בכולן, כלומר שיהא מדת הגבורה והתפארת תכלית גם כן גבורה לזה אמר בך חותמין, כלומר תכלית תפארת והגבורה הוא רק שיתעורר מדת אהבה כי חותם הוא תכלית הדבר ואלו שלשה הבחינות היה בי"ב שבטי י"ה:
Sur le verset "Je ferai de toi une grande nation, Je te bénirai et Je rendrai ton nom grand" (Genèse 12,2). Et nous disons dans la Guemara (Pessa'him 117b) : "Je ferai de toi une grande nation", c'est ce que l'on dit "Dieu d'Avraham" ; "Je te bénirai", c'est ce que l'on dit "Dieu d'Yits'hak" ; "et Je rendrai ton nom grand", c'est ce que l'on dit "Dieu de Yaakov".
On aurait pu croire que l'on conclut la bénédiction par eux tous : c'est pourquoi le verset enseigne "et sois une bénédiction" - par toi on conclut, et non par eux. Car voici, il y a trois midot (mesures, attributs divins) par lesquelles le Créateur, béni soit-Il, conduit tous les mondes : la mida d'amour (ahava), la mida de rigueur (guevoura) et la mida de splendeur (tiferet).
Et voici, lorsque le Saint, béni soit-Il, se conduit envers Ses créatures avec la mida d'amour, alors tous les mondes sont remplis de tout bien ; et lorsque le Créateur, béni soit-Il, se conduit envers Ses créatures avec la mida de guevoura, alors, à Dieu ne plaise, il en va parfois à l'inverse ; et lorsque le Créateur, béni soit-Il, se conduit envers Ses créatures avec la mida de tiferet, alors eux aussi sont remplis de tout bien, car en vérité la finalité de la mida de tiferet est l'amour : car la mida de tiferet est ce par quoi le Créateur béni Se glorifie pour ainsi dire en Ses créatures, et par cela s'éveille la mida d'amour pour répandre sur elles tout bien. Et voici, la mida de guevoura, bien qu'elle paraisse être l'opposé de la mida d'amour, car, à Dieu ne plaise, Il exerce parfois le jugement dans le monde, malgré cela sa finalité est l'amour, comme l'ont dit les compagnons d'Iyov (Job) à Iyov : "et ton commencement sera petit et ta fin grandira beaucoup" (Job 8,7).
Car l'essentiel de la mida de guevoura est de faire parfois, à Dieu ne plaise, jugement dans le monde, afin qu'ensuite tout bien soit répandu. Et de même que Na'houm Ich Gam Zou disait sur tout événement qui lui advenait : "cela aussi est pour le bien", bien qu'il lui fut advenu quelque événement qui au début ne paraissait pas bon, malgré cela sa fin est bonne, et ce qui au début ne paraissait pas bon n'était que pour qu'il y ait ensuite du bien.
Et selon nos paroles que voici, même la mida de guevoura a pour finalité l'amour. Et voici, il est connu qu'Avraham fait allusion à la mida d'amour, Yits'hak à la mida de guevoura et Yaakov à la mida de tiferet.
Et c'est le sens de ce qui est dit "on aurait pu croire que l'on conclut par eux tous", c'est-à-dire que la mida de guevoura et celle de tiferet auraient elles aussi la guevoura pour finalité ; c'est pourquoi il est dit "par toi on conclut", c'est-à-dire : la finalité de tiferet et de guevoura n'est que l'éveil de la mida d'amour, car le sceau (hotam) est la finalité de la chose. Et ces trois aspects (be'hinot) se trouvaient dans les douze tribus de י"ה.
והנה יש בתפילין שי"ן של ארבעה ראשין ושי"ן של שלשה ראשין, והנה השי"ן של שלשה ראשין היא על בחינות י"ב שבטי י"ה כי כל ראש כלול מארבעה כידוע לעם ה' הרי י"ב וכל שבט ושבט יש לו שורש מאלו י"ב שרשין ונקראו י"ב חיוורתא ונקראין אין, ויש עוד שורש למעלה מאלו השרשים אשר כלול כל אלו י"ב שרשים והשורש ההוא נקרא אפס ועל השורש ההוא נאמר בלו"ם פיך מלדבר וכו', והוא על דרך משל, כי לאילן יש הרבה ענפים וכל ענף וענף יש לו שורש באילן והאילן עצמו יש לו שורש אשר כולל כל השרשים ועל בחינה הזאת רומז מלת אחד כי החי"ת ודלי"ת הוא י"ב והוא י"ב חיוורתא ואלף הוא השורש העליון אשר כולל אלו השרשים ובבחינה הזאת אמרינן בגמרא, ובלבד שלא יאריך באלף כי האלף הוא אפס הכולל אלו י"ב שרשים ואל האלף הזאת נאמר ולבך מלהרהר אפילו להרהר אסור שם והבן ודו"ק:
Et voici, il y a dans les tefilin un chin (la lettre ש) à quatre têtes et un chin à trois têtes. Et voici, le chin à trois têtes correspond à l'aspect des douze tribus de י"ה, car chaque tête est composée de quatre, comme cela est connu du peuple de ה' : voilà douze.
Et chaque tribu possède une racine parmi ces douze racines, et elles sont appelées les douze blancheurs (י"ב חיוורתא, les douze lumières blanches) et sont appelées "ayin" (אין, le néant). Et il existe encore une racine au-dessus de ces racines, qui inclut toutes ces douze racines, et cette racine-là est appelée "èfès" (אפס, le néant absolu) ; et sur cette racine-là il est dit "retiens (belom) ta bouche de parler" etc.
Et cela est à la manière d'une parabole : car un arbre possède de nombreuses branches, et chaque branche possède une racine dans l'arbre, et l'arbre lui-même possède une racine qui inclut toutes les racines. Et c'est à cet aspect que fait allusion le mot "è'had" (אחד, un) : car le 'het et le dalet font douze (8 + 4), et ce sont les douze 'hivarta, et le alef est la racine supérieure qui inclut ces racines.
Et c'est à cet aspect que nous disons dans la Guemara : "pourvu qu'il ne prolonge pas sur le alef", car le alef est le "èfès" qui inclut ces douze racines ; et à propos de ce alef il est dit "et ton cœur de méditer" - même méditer y est interdit. Comprends cela, et examine bien.
והיה ברכה (בראשית יב, ב). הכלל י"ה רמז על השם יתברך ו"ה על ישראל ועד אברהם לא היה שיעורר השפע מלמעלה והיה השפע מן ה' לבדו נמצא השם י"ה קודם ו"ה משבא אברהם והיה התעוררות השפע מלמטה נמצא ו"ה קודם י"ה.
וזהו והי"ה ברכה. וזהו שאמרו רבותינו ז"ל (בראשית רבה מב) והיה הוא שמחה, כלומר ו"ה קודם י"ה נרמז על התעוררות התחתון:
"Et sois une bénédiction" (Genèse 12,2). La règle est celle-ci : י"ה fait allusion au Nom béni, et ו"ה à Israël.
Et jusqu'à Avraham, il n'y avait personne qui éveillât l'abondance (chefa) d'en haut, et l'abondance venait de ה' seul ; il se trouve que dans le Nom, י"ה précède ו"ה. Depuis que vint Avraham et qu'il y eut éveil de l'abondance depuis le bas, il se trouve que ו"ה précède י"ה.
Et c'est le sens de "ve-hay-ya (והי"ה) berakha" (et sois une bénédiction). Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Berechit Rabba 42) : "ve-haya" est un terme de joie (sim'ha), c'est-à-dire que ו"ה précède י"ה, ce qui fait allusion à l'éveil venu d'en bas.
ואברכה מברכך ומקללך אאור (בראשית יב, ג). ולכאורה מפני מה שינה הלשון שאצל הברכה אמר מקודם ואברכה ואצל הקללה הקדים ומקללך.
אך נראה שזה ידוע שהבורא ברוך הוא מצרף מחשבה טובה למעשה ולא מחשבה רעה חלילה ועל זה אמר ואברכה מברכיך, דהיינו דתיכף ומיד כשתעלה על מחשבה של אדם הטוב לברך אותך אז אצרף אותה מחשבה למעשה ויהיה בעיני כאלו קיים המצוה הזאת ואז אברך אותו תיכף ומיד כדי שיהא כלי מוכן לקבל הברכה ואז יברך אותך אבל ומקללך אאור, היינו שאחר שיקלל אותך אז אקלל אותו אבל אם יהיה במחשבה לקלל אותך אז לא אקלל אותו והבן:
"Je bénirai ceux qui te bénissent, et celui qui te maudit Je le maudirai" (Genèse 12,3). À première vue, pourquoi l'expression a-t-elle changé ?
À propos de la bénédiction, il dit d'abord "Je bénirai", et à propos de la malédiction il place d'abord "celui qui te maudit". Mais il semble que ceci est connu : le Créateur, béni soit-Il, joint la bonne pensée à l'acte, mais non la mauvaise pensée, à Dieu ne plaise.
Et c'est sur cela qu'il est dit "Je bénirai ceux qui te bénissent" : c'est-à-dire que dès l'instant où monte à la pensée d'un homme le bien de te bénir, alors Je joins cette pensée à l'acte, et il sera à Mes yeux comme s'il avait accompli ce commandement, et alors Je le bénirai aussitôt, afin qu'il soit un keli (réceptacle) prêt à recevoir la bénédiction, et alors il te bénira. Mais "celui qui te maudit Je le maudirai" : c'est-à-dire qu'après qu'il t'aura maudit, alors Je le maudirai ; mais si cela reste en pensée de te maudire, alors Je ne le maudirai pas.
Comprends.
ויבן שם מזבח לה' הנראה אליו (בראשית יב, ח). ויש לדקדק היה צריך לכתוב ויבן שם מזבח לה' הנראה מאי אליו או הוה ליה לכתוב לה' הנראה לו מאי מלת אליו.
ונראה לפרש, כי באמת שהקדוש ברוך הוא הבטיח לאברהם בכאן טובת הגשמיות ולכך היה צריך מזבח והוא ענין הקרבה להקריב הטובה הזאת להבורא יתברך. וזה הוא פירוש הפסוק ויבן שם מזבח לה' הנראה אליו, בשביל טובתו כי מלת אליו הוא בשביל טובתו ולכך הוצרך למזבח והוא ענין הקרבה והבן:
"Et il bâtit là un autel à ה' qui lui était apparu" (Genèse 12,8). Il y a lieu d'être précis : il aurait fallu écrire "et il bâtit là un autel à ה' qui était apparu" - que vient faire "elav" (à lui) ?
Ou bien il aurait fallu écrire "à ה' qui lui était apparu (lo)" - que vient faire le mot "elav" ? Et voici comment il semble qu'on puisse l'expliquer : car en vérité le Saint, béni soit-Il, a promis ici à Avraham un bien matériel (gachmiyout), et c'est pourquoi un autel était nécessaire, ce qui est la notion d'offrande (hakrava) : offrir ce bien-là au Créateur béni.
Et c'est là l'explication du verset "et il bâtit là un autel à ה' qui lui était apparu" : en raison de son bien, car le mot "elav" veut dire "en raison de son bien" ; et c'est pourquoi il eut besoin d'un autel, ce qui est la notion d'offrande. Comprends.
בפסוק בית אל מים והעי מקדם (בראשית יב, ח). כי ידוע שצריך להצדיק להיות דבוק תמיד באין וזו ביטול במציאות מחמת גודל היראה ופחד מהבורא ברוך הוא ותיבת (והעי) הוא מלשון עיי השדה וכשהצדיק הוא דבוק באין משם הוא מביא השפעות רצון וברכה לכל העולם כולו.
וזו פירוש הפסוק בית אל מים והעי מקדם, רצה לומר שמקודם צריך להיות דבוק באין וזו בחינת עי מקדם הוא קדמונו של עולם ואחר כך כשהצדיק הביא השפעה לעולם בחינה זו נקרא בית אל מים ודוק. וזהו כוונת מלת שא"ה משם ע"ב מלשון שאיה ושממה, רצה לומר שהצדיק צריך להיות דבוק באין ולהיות בטל במציאות ואחר כך מביא כל הברכות לעולם.
וזה שכתוב אחר כך ואברם כבד מאוד במקנה ובכסף ובזהב ודו"ק:
Sur le verset "Beit-El à l'ouest et Aï à l'est" (Genèse 12,8). Car il est connu que le tsadik doit être constamment attaché au "ayin" (אין, le néant), et c'est l'annulation dans l'existence (bitoul bi-metsiout), en raison de la grandeur de la crainte et de l'effroi devant le Créateur, béni soit-Il.
Et le mot "ve-ha-Aï" (והעי) est du langage de "iyei ha-sade" (les ruines du champ). Et lorsque le tsadik est attaché au ayin, de là il fait descendre les effusions de faveur (ratson) et de bénédiction pour le monde entier.
Et c'est l'explication du verset "Beit-El à l'ouest et Aï à l'est" : il veut dire qu'auparavant il faut être attaché au ayin, et c'est l'aspect de "Aï mi-kedem" (Aï à l'est, littéralement "depuis l'origine"), qui est le Primordial du monde (kadmono chel olam) ; et ensuite, lorsque le tsadik a apporté l'effusion au monde, cet aspect est appelé "Beit-El à l'ouest". Examine bien.
Et c'est l'intention du mot "cha'a" (שא"ה) du Nom de soixante-douze (chem ע"ב), du langage de "cheiya" (désolation) et "chemama" (dévastation) : il veut dire que le tsadik doit être attaché au ayin et être annulé dans l'existence, et qu'ensuite il apporte toutes les bénédictions au monde. Et c'est ce qui est écrit ensuite : "et Avram était très lourd en troupeaux, en argent et en or" (Genèse 13,2).
Examine bien.
ויסע אברם הלוך ונסוע הנגבה (בראשית יב, ט). ביאורו כך, לשון נגבה הוא מלשון (יהושע טו, יט) כי ארץ הנגב נתתני דעכסה שפירושו מנוגב.
ובאמת הנגבה הוא דרום מורה על מדת חסד, אך כי גם במים יש מדת קר ולח דהיינו הרכבה שלו וקר יורה על הצמצום ולח מורה על התפשטות ולפי זה מלת נגבה רומז על אלו שתי הדרכים שאמרו דהיינו קר ולח. והענין שאברהם אבינו עבד את הבורא ברוך הוא במדת אהבה אך האהבה האמיתית הוא שצריך להתפשט מכל המדות שלו ולעבוד את השם יתברך בכל אבריו ותנועותיו ולא ישאיר לעצמו כלום.
והנה זהו עצם הצמצום שמתפשט מעצמותו ונכנס באהבת הבורא יתברך. וזהו עצם ההרכבה כנ"ל.
וזהו כונת הכתוב ויסע אברם הלוך ונסוע, דהיינו שנסע ויצא מעצמותו ונתפשט והלך לאהבת הבורא והיינו הנגבה ודו"ק היטב:
"Et Avram partit, allant et voyageant vers le neguev (ha-negba)" (Genèse 12,9). Son explication est ainsi : le terme "negba" est du langage de (Josue 15,19) "car tu m'as donné une terre du neguev", parole de 'Akhsa, dont le sens est "asséchée" (menougav).
Et en vérité, "ha-negba" c'est le sud (darom), qui indique la mida de ''hessed. Mais de même que dans l'eau il y a la qualité du froid et de l'humide, c'est-à-dire sa composition (harkava), et que le froid indique la contraction (tsimtsoum) tandis que l'humide indique l'expansion (hitpachtout), selon cela le mot "negba" fait allusion à ces deux voies dont nous avons parlé, à savoir le froid et l'humide.
Et la chose est ainsi : Avraham notre père a servi le Créateur, béni soit-Il, avec la mida d'amour ; mais l'amour véritable exige que l'homme se répande hors de toutes ses qualités et serve le Nom béni de tous ses membres et de tous ses mouvements, sans rien réserver pour lui-même. Et voici, c'est là l'essence même du tsimtsoum : qu'il se répande hors de sa propre essence et entre dans l'amour du Créateur béni.
Et c'est là l'essence de la composition, comme ci-dessus. Et c'est l'intention de l'Écriture "et Avram partit, allant et voyageant", c'est-à-dire qu'il partit et sortit de sa propre essence, se répandit et alla vers l'amour du Créateur ; et c'est cela "ha-negba".
Examine bien.
ובאופן אחר יבואר הפסוק והוא קרוב לפירוש הנ"ל ויסע אברם וכו', כי יש שני מיני עובדי ה' אחד על ידי יראה ואחד על ידי אהבה. וההפרש העובד על ידי יראה הוא יש כי הוא עצמו דבר ומתירא עצמו מדבר של מעלה ממנו והעובד על ידי אהבה הוא כאין לגמרי שאינו כלום והנה באהבה עצמה העובד באהבה מחמת שכר הוא גם כן יש שעובד עבור עצמו והעובד לעשות נחת רוח להשם יתברך ואינו חושב עצמו והוא אינו כלום זה הוא כאין לגמרי.
וזהו ויסע אברם הלוך ונסוע הנגבה, פירוש שהשיג בחינת אהבת שלא לחשוב עצמו כלל רק לעשות נחת רוח להשם יתברך וזהו נקרא נגבה מלשון ארץ הנגב כנ"ל דבר היבש וריקן שהוא עצמו אינו כלום ולא עבור שכר והמבין יבין:
Et d'une autre manière on expliquera le verset, et cela est proche de l'explication précédente : "et Avram partit" etc. Car il y a deux sortes de serviteurs de ה' : l'un par la crainte (yira) et l'autre par l'amour (ahava).
Et la différence est celle-ci : celui qui sert par la crainte est un "yech" (יש, un étant, quelque chose), car il est lui-même une chose et il craint une chose qui est au-dessus de lui ; et celui qui sert par l'amour est comme "ayin" (אין, néant) tout à fait, car il n'est rien. Et voici, dans l'amour lui-même : celui qui sert par amour en vue de la récompense est lui aussi un "yech", car il sert pour lui-même ; mais celui qui sert pour faire satisfaction (na'hat roua'h) au Nom béni, qui ne se compte pas lui-même et n'est rien du tout, celui-là est comme "ayin" tout à fait.
Et c'est le sens de "et Avram partit, allant et voyageant vers le neguev" : cela signifie qu'il a atteint l'aspect de l'amour où l'on ne se compte plus du tout soi-même, mais où l'on agit seulement pour faire satisfaction au Nom béni. Et cela est appelé "negba", du langage de "terre du neguev" comme ci-dessus, chose sèche et vide, qui n'est elle-même rien, et non en vue d'une récompense.
Et celui qui comprend comprendra.
או יבואר על פסוק הנ"ל, ויסע אברם הלוך ונסוע הנגבה (בראשית יב ט), ולבאר הכפל לשון הלוך ונסוע הוא על פי הזוהר הקדוש דאברהם עבד את הבורא יתברך מאהבה ונגבה הוא דרום דהוא חסד והיא אהבה עד כאן. וידוע מה שכתוב בזוהר הקדוש בעובדא דלתתא איתער עובדא דלעילא עיין שם.
ולכן אברהם אבינו שעבד את הבורא במדת אהבה העיר אהבת ה' כמו שכתוב זרע אברהם אוהבי, מדה כנגד מדה ואם כן בעבודתו באהבה פעל שמשך אהבת השם יתברך אליו. וזה שאמר הלוך ונסוע הנגבה, רצה לומר שנגבה דהוא אהבה כנ"ל בו הלך לה' לעבוד אותו ונסע על ידי זה אהבת ה' אליו וזהו הלך באהבתו לה' ברוך הוא ונסוע שנסע לאהבת ה' אליו ואהבתו לה' הוא מתתא לעילא ואהבת ה' אליו הוא מלעילא לתתא:
Ou bien on expliquera le verset ci-dessus, "et Avram partit, allant et voyageant vers le neguev" (Genèse 12,9). Pour expliquer le redoublement de l'expression "allant et voyageant", c'est d'après le saint Zohar : Avraham a servi le Créateur béni par amour, et "negba" c'est le sud, qui est ''hessed, et c'est l'amour.
Fin de citation. Et il est connu ce qui est écrit dans le saint Zohar : "par un acte d'en bas s'éveille un acte d'en haut", vois là-bas.
C'est pourquoi Avraham notre père, qui a servi le Créateur avec la mida d'amour, a éveillé l'amour de ה', comme il est écrit "la descendance d'Avraham qui M'aime (ohavi)" (Isaie 41,8) - mesure pour mesure. Et ainsi, par son service dans l'amour, il a agi pour attirer vers lui l'amour du Nom béni.
Et c'est le sens de "allant et voyageant vers le neguev" : cela veut dire que par "negba", qui est l'amour comme ci-dessus, il alla vers ה' pour Le servir, et par cela voyagea l'amour de ה' vers lui. Et c'est "il alla" dans son amour pour ה', béni soit-Il, "et voyagea", car voyagea l'amour de ה' vers lui ; et son amour pour ה' va d'en bas vers en haut (mi-tata le-eila), tandis que l'amour de ה' pour lui va d'en haut vers en bas (mi-leila le-tata).
וזה שאמר הכתוב וה' אמר אל אברם אחרי הפרד לוט מעמו שא נא עיניך וראה מן המקום אשר אתה שם צפונה ונגבה וקדמה (בראשית יג, יד), רצה לומר שיראה בחינת ג' אבות כמבואר בכתבים דצפון ודרום ומזרח הוא יראה ואהבה והתפארת עיין שם והוא מדת אברהם יצחק ויעקב שאברהם עבד באהבה ויצחק ביראה ויעקב בהתפארות ורמז לו השם יתברך ברוך הוא שיראה מדתו ומדת יצחק ויעקב ורמז כי את כל הארץ אשר אתה רואה, על פי דמבואר בכתבים דארץ הוא מלכות דהוא דוד וכמבואר בזוהר הקדוש דדוד לא קבל מלכותו שלימה עד דאתחבר באבהן ויש לדוד התחברות עם האבות וזה שאמר כי את כל הארץ, שהמלכות דהוא ארץ דהוא בחינת דוד שיש לה בחינת התחברות לך אתננה ולזרעך עד עולם, שממך יהיה המלכות. ומהאי טעמא הזכיר ימה לגבי צפונה ונגבה וקדמה מחמת דרצה להזכיר מלכות כנ"ל וימה הוא יסוד כנזכר בהאר''י ז"ל ואיתא בזוהר הקדוש צדיק וצדק לא מתפרשין דהיינו יסוד ומלכות מחוברין לכן כשירצה להזכיר מלכות הזכיר קודם יסוד דיסוד מחובר עם מלכות.
וזה שאמר ומלכי צדק מלך שלם הוציא לחם ויין, רמז לו דלחם היא חכמה כנזכר בזוהר הקדוש לחם מן השמים דהיא חכמה ויין הוא בינה כנזכר בזוהר הקדוש וצדיק שעובד ה' על ידי חכמה ובינה כמו שכתוב (איוב כח, כח) ראשית חכמה יראת ה' וסור מרע בינה. ורמז לאברהם שעבד ה' על ידי חכמה ובינה ובזה רמז ב' הברכות ברוך אברם לאל עליון קונה שמים וארץ היא נגד הוצאת לחם דהוא רמז על חכמה וזהו קונה שמים וארץ דתרגום יונתן בן עוזיאל בראשית ברא א-להים את השמים ואת הארץ (בראשית א, א) בחוכמא.
ולכן אמר קונה שמים וארץ ופירש רש"י שברא דהוא בחכמה כתרגום הנ"ל. וברוך אל עליון אשר מגן צריך בידך, הוא רמז נגד הוצאות יין דרמז על בינה ומבינה בא גבורה לנצח כל הקליפות כמבואר בזוהר הקדוש וזהו אשר מגן צריך בידך.
ומבואר כמו דהוצאת לחם ויין רמז על החכמה ובינה כן שני ברכות רמז לחכמה ובינה כנ"ל והבן:
Et c'est ce que dit l'Écriture : "Et ה' dit à Avram, après que Lot se fut séparé de lui : lève donc tes yeux et regarde, depuis le lieu où tu es, vers le nord, vers le sud et vers l'est" (Genèse 13,14). Cela veut dire qu'il verrait l'aspect des trois patriarches, comme cela est expliqué dans les écrits (les écrits du Ari) : le nord, le sud et l'est sont la crainte, l'amour et la tiferet, vois là-bas ; et ce sont les midot d'Avraham, Yits'hak et Yaakov, car Avraham a servi par l'amour, Yits'hak par la crainte et Yaakov par la tiferet.
Et le Nom béni, béni soit-Il, lui a fait allusion qu'il verrait sa mida ainsi que la mida d'Yits'hak et de Yaakov. Et il a fait allusion par "car toute la terre que tu vois" : d'après ce qui est expliqué dans les écrits, que "erets" (la terre) est la malkhout (royauté), qui est David ; et comme il est expliqué dans le saint Zohar, que David n'a pas reçu sa royauté parfaite jusqu'à ce qu'il se soit joint aux patriarches, et David possède une jonction avec les patriarches.
Et c'est le sens de "car toute la terre" : que la malkhout, qui est "erets", qui est l'aspect de David, laquelle possède l'aspect de la jonction, "Je te la donnerai, à toi et à ta descendance pour toujours", c'est-à-dire que de toi viendra la royauté. Et pour cette raison il a mentionné "vers l'ouest (yama)" à côté de "vers le nord, vers le sud et vers l'est", parce qu'il voulait mentionner la malkhout comme ci-dessus ; et "yama" c'est le yessod, comme il est mentionné chez le Ari (Rabbi Yits'hak Louria) de mémoire bénie.
Et il est enseigné dans le saint Zohar : "le tsadik et le tsedek ne se séparent pas", c'est-à-dire que yessod et malkhout sont joints ; c'est pourquoi, lorsqu'il voulut mentionner la malkhout, il mentionna d'abord le yessod, car le yessod est joint à la malkhout. Et c'est le sens de "et Malki-Tsedek, roi de Chalem, fit sortir du pain et du vin" (Genèse 14,18) : il lui a fait allusion que le pain est la ''hokhma (sagesse), comme il est mentionné dans le saint Zohar, "du pain depuis les cieux", qui est la ''hokhma ; et le vin est la bina (intelligence), comme il est mentionné dans le saint Zohar.
Et le tsadik sert ה' par la ''hokhma et la bina, comme il est écrit (Job 28,28) "le commencement de la sagesse est la crainte de ה', et s'écarter du mal est la bina". Et il a fait allusion à Avraham, qui a servi ה' par la ''hokhma et la bina.
Et par cela il a fait allusion aux deux bénédictions : "béni soit Avram par le Dieu suprême, possesseur des cieux et de la terre" (Genèse 14,19) correspond à la sortie du pain, qui fait allusion à la ''hokhma ; et c'est le sens de "possesseur des cieux et de la terre", car le Targoum Yonatan ben Ouziel traduit "au commencement Elokim créa les cieux et la terre" (Genèse 1,1) par "be-''hokhma" (par la sagesse). C'est pourquoi il a dit "possesseur des cieux et de la terre", et Rachi (Rabbi Chelomo Yits'haki) a expliqué "qui a créé", ce qui revient à "par la ''hokhma", conformément au Targoum ci-dessus.
Et "béni soit le Dieu suprême qui a livré tes oppresseurs entre tes mains" (Genèse 14,20) fait allusion, en correspondance, à la sortie du vin, qui fait allusion à la bina ; et de la bina vient la guevoura pour vaincre toutes les kelipot (écorces, forces impures), comme cela est expliqué dans le saint Zohar - et c'est le sens de "qui a livré tes oppresseurs entre tes mains". Et il est ainsi expliqué que, de même que la sortie du pain et du vin fait allusion à la ''hokhma et à la bina, de même les deux bénédictions font allusion à la ''hokhma et à la bina, comme ci-dessus.
Comprends.