Dans toute action de l'homme, l'acte est comme un corps et la pensée est une âme, et un corps sans âme n'est rien. C'est pourquoi, selon Rabbi Tsadok, le mitassek (celui qui agit sans aucune intention) est exempt, et il n'est pas comme le choguegue, qui a visé l'acte. Le Saint béni soit-Il ne joint pas la mauvaise pensée à l'acte, car elle vient d'un roua'h chetout (esprit de folie) ; le mal ne domine que dans Assia (monde de l'Action). Pour les mitsvot, la bonne pensée se joint à l'acte ; l'acte sans la pensée n'a que « heureux es-tu » dans ce monde-ci.
Aussi : les 'halavim et les arayot, où le plaisir porte une intention ; par la techouva les actions restent un corps mort, et il faut des sigoufim (mortifications) ; celui qui jouit du labeur de ses mains goûte le fruit de ses actes.
[קמה] בכל פעולת האדם המעשה הוא כמו גוף והמחשבה נשמה וגוף בלא נשמה אינו כלום לכך מתעסק פטור ואינו כשוגג דעכ"פ מתכוין למעשה משא"כ מתעסק שאין שום כונת המחשבה. רק בחלבים ועריות שכן נהנה ובהנאת אדם א"א שלא יתכוין בהעלם כל שהוא עכ"פ שבטבע האדם מרגיש בהנאתו אע"פ שאין יודע בעצמו שאינו זוכר.
וידוע נשמה שנתת בי טהורה ולכך מחשבה רעה אין הקב"ה מצרפה למעשה (קידושין מ.) כי באמת כל מחשבות רעות הוא מרוח שטות שהוא דמיון המתדמה לחכמה כקוף בפני אדם כידוע רק כשיוצא לפועל במעשה ובעשיי' שם הוא מקום שליטת הרע וכח הדמיון. ובתשובה שלוקח כל המחשבות ומחזירן למקורן ממילא נשארו הפעולות גוף מת בלי חיות ומ"מ צריך סיגופים לגוף נגד הגוף שיכלה מהר ואכמ"ל עוד.
וכן במעשה המצות דשם מחשבה טובה מצטרפת שהוא באמת. ומעשה בלא מחשבה הוא בעולם עשי' וע"ז נאמר אשרי איש ירא וגו' ואז"ל (ברכות ח.) דוטוב לך לא כתיב כידוע אשריך בעוה"ז וטוב לך לעוה"ב שהוא ביו"ד ע"ש המחשבה כדפירש"י ע"פ אז ישיר.
וירא ה' העובד במעשה רק אשריך בעוה"ז אבל מ"מ גם דבר זה בטובה חיים לעד כי הש"י הבטיח ג"כ תחה"מ להשארת הגופים הטובים. לכך דבר זה הוא שבח ואישור בכל העולמות מה שזה מאושר בעוה"ז לצדיק ואע"פ ששם אינו כן מ"מ כך מאושר שם במעלה זו שבעוה"ז הוא צדיק.
אבל הנהנה מיגיע כפיו הוא שאינו מתעסק כנ"ל שכן נהנה שההנאה הוא הרגשת המחשבה. ודבר זה כד"ש (קידושין מא.) לאדם טוב מטעימין לו מפרי מעשיו כו' והוא בא אחרי היגיע כפים במעשה אח"כ מהנים אותו מלמעלה מעין עוה"ב ואז זוכה לוטוב לך גם בעוה"ב.
[145] Dans toute action de l'homme, l'acte est comme un corps et la pensée est une âme, et un corps sans âme n'est rien. C'est pourquoi le mitassek (celui qui agit sans aucune intention, croyant faire tout autre chose) est exempt, et il n'est pas comme le choguegue (celui qui transgresse par inadvertance), car celui-ci à tout le moins visé l'acte, ce qui n'est pas le cas du mitassek, chez qui il n'y a aucune intention de la pensée.
Sauf pour les 'halavim (graisses interdites) et les arayot (unions interdites), où il tire malgré tout du plaisir : et dans le plaisir de l'homme, il est impossible qu'il n'y ait pas d'intention, fut-elle dissimulée au moindre degré, car par nature l'homme ressent son plaisir, même s'il ne le sait pas lui-même parce qu'il ne s'en souvient pas. Et l'on connaît [la formule] 'l'âme que Tu as placée en moi est pure' ; c'est pourquoi la mauvaise pensée, le Saint béni soit-Il ne la joint pas à l'acte (Kiddouchin 40a).
Car en vérité toutes les mauvaises pensées viennent d'un roua'h chetout (esprit de folie), qui est l'imagination imitant la sagesse comme un singe face à un homme, ainsi qu'il est connu ; ce n'est que lorsque la chose sort à l'acte, dans le fait et dans [le monde de] Assia (monde de l'Action), que se trouve le lieu de la domination du mal et de la force de l'imagination. Et par la techouva (retour), qui prend toutes les pensées et les ramène à leur source, les actions demeurent d'elles-mêmes un corps mort sans vitalité ; et malgré tout il faut des sigoufim (mortifications) pour le corps, contre le corps, afin qu'il se consume vite, et ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage.
De même pour l'accomplissement des mitsvot, où la bonne pensée se joint [à l'acte], car elle est vraie. Et l'acte sans la pensée est dans le monde de Assia, et c'est à ce sujet qu'il est dit 'Heureux l'homme qui craint [ה']...' (Tehilim 112,1), et nos Maîtres de mémoire bénie ont dit (Bera'hot 8a) que 'et il te sera bon' n'y est pas écrit, comme il est connu : 'heureux es-tu' dans ce monde-ci, et 'il te sera bon' dans le monde à venir, lequel est par le youd, du fait de la pensée, comme l'a expliqué Rachi sur le verset 'Alors chantera [Moche]' (Chemot 15,1).
Et celui qui craint ה', qui sert par l'acte, n'a que 'heureux es-tu' dans ce monde-ci ; mais malgré tout cela aussi est en bien, une vie à jamais, car le Nom béni a promis également la te'hiyat hametim (résurrection des morts), pour la subsistance des bons corps. C'est pourquoi cette chose même est louange et confirmation (ichour, de la même racine que achrei, 'heureux') dans tous les mondes : le fait que celui-ci soit heureux dans ce monde-ci pour le tsadik.
Et bien que là-haut il n'en soit pas ainsi, il y est malgré tout déclaré heureux dans ce degré-ci, à savoir que dans ce monde-ci il est un tsadik. Mais celui qui jouit du labeur de ses mains, celui-là n'est pas un mitassek comme dit plus haut, puisqu'il en tire du plaisir, car le plaisir est la sensation de la pensée.
Et cette chose correspond à ce qu'ils ont dit (Kiddouchin 41a) : à l'homme bon, on lui fait goûter du fruit de ses actes, etc. Et cela vient après le labeur des mains dans l'acte : ensuite on lui donne du plaisir d'en haut, un avant-goût du monde à venir, et alors il mérite 'et il te sera bon' également dans le monde à venir.