Selon le Chla, le sujet de l'amora (sage de la Guemara) est comme la Tossefta : expliquer la Michna. Dans les générations dernières les cœurs se sont amoindris et l'explication de la Tossefta n'a pas suffi ; les amoraim sont venus et ont expliqué la Michna plus en longueur, et ils ont fait une explication de son explication, car ils ont aussi expliqué la Tossefta. Il rapporte que la voie de l'amora est d'expliquer et non de sceller, plus que la Michna et la baraita, et qu'on n'apprend pas des généralités même là où l'on a dit « hors » que des paroles des tannaim, qui enseignaient de façon brève.
Aussi : objecter d'un amora à un amora : un homme à un homme, ou une mimra (dit transmis) qu'il ne tient pas ; objecter parfois parce que la halakha est comme lui ; les amoraim anonymes s'expliquent comme s'ils ne divergent pas.
כלל אמוראים ענין אמורא הוא כמו התוספתא דהיינו לפ' המשנה כי בדורות אחרונים נתמעטו הלבבות ולא הספיק הפירוש של התוספת' ובאו האמוראים ופירשו המשנה יותר באריכות וגם עשו פירוש לפירושו שפירשו גם התוספתא. ענין פירוש תיבת אמורא כתבתי לעיל בכלל רבי:
Kelal Amoraim : le sujet de l'amora (sage de la Guemara) est comme la Tossefta, c'est-à-dire pour expliquer la Michna ; car dans les générations dernières les cœurs se sont amoindris et l'explication de la Tossefta n'a pas suffi, et les amoraim sont venus et ont expliqué la Michna plus en longueur, et aussi ils ont fait une explication de son explication, car ils ont aussi expliqué la Tossefta. Le sujet de l'explication du mot amora, je l'ai écrit plus haut dans le kelal Rabbi.
דרך התלמוד כשמקשה מאמורא לאמורא. דאמרי לה גברא אגברא קא רמית כדאיתא בסנהדרין פרק זה בורר (ל, ב) וכן הרבה ולפעמים אומר דברי פלוני מימרא הוא ומימר לפלוני לא ס"ל כי הא דאמרי' בפ' חזקת הבתים (ב"ב מז, ב) דאקשינן מרב ביבי דאמר רב נחמן לרב הונא תלויה וזכין זביני' זביני וא"ל דרב ביבי מימרא הוא ומימרא לרב הונא לא ס"ל.
וכ' רשב"ם שם מימרא הוא שהיה אומר משום אחרים ואי הוה אמר רב ביבי משמים דנפשיה קאמר נברא הוא וגברא אנבר' קא רמית ע"כ. הרי א"כ כשמקשינן מהאמורא לאמור' ודברי האמורא שמקשים הוא מגופיה אז מתרץ גברא אגבר' קא דמית וכשדבריו הם דברי אחד אז מתרץ דברי פלוני מימרא הוא ומימרא לפלוני לא ס"ל:
La voie du Talmud lorsqu'on objecte d'un amora à un amora : on dit à cela tu opposes un homme à un homme, comme il est dans Sanhédrin, chapitre Zeh Borer (30b), et ainsi beaucoup. Et parfois on dit : les paroles d'un tel sont une mimra (dit transmis) et une mimra, un tel ne la tient pas ; comme ce que nous disons au chapitre Hezkat ha-Batim (Baba Batra 47b), où l'on objecte d'après Rav Bibi, que Rav Nahman a dit à Rav Huna : pendu, et il a vendu, sa vente est une vente ; et il lui a dit : celle de Rav Bibi est une mimra, et une mimra, Rav Huna ne la tient pas.
Et le Rashbam (Rabbi Shmuel ben Meir) a écrit là : c'est une mimra, qu'il disait au nom d'autres ; et si Rav Bibi l'avait dite de son propre nom, c'est un homme, et tu opposes un homme à un homme. Jusqu-ici.
Voici donc : lorsque nous objectons d'un amora à un amora et que les paroles de l'amora dont on objecte sont de lui-même, alors on résout : tu opposes un homme à un homme ; et lorsque ses paroles sont les paroles d'un autre, alors on résout : les paroles d'un tel sont une mimra, et une mimra, un tel ne la tient pas.
ולפעמים מקשינן מאמורא לאמורא משום דהלכתא כוותיה בפ"ק דיום טוב (ט, א) מקשינן מימרא דרב לרב הנין ופרש"י דאע"ג דרב אמורא הוא מקשינן מיניה מפני שרבן של בני הגולה היה בדורו חוץ משמואל עכ"ל. ולפעמים מקשים מאמורא לאמורא היכא דקים לן הלכה כמותו כי הא דקאמר והאמר רבי יוחנן גזל ולא נתייאשו הבעלים וכו' ורבים כמוהו:
Et parfois nous objectons d'un amora à un amora parce que la halakha est comme lui. Au premier chapitre de Yom Tov (9a) nous objectons une mimra de Rav à Rav Hanin ; et Rachi a expliqué : bien que Rav soit un amora, nous objectons d'après lui parce qu'il était le maître des fils de l'exil en sa génération, hors Shmuel.
Jusqu-ici son langage. Et parfois l'on objecte d'un amora à un amora là où il est établi pour nous que la halakha est comme lui ; comme ce qu'il a dit : et Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : un vol et les propriétaires n'ont pas désespéré, etc. ; et beaucoup comme lui.
והרמב"ן בחדושי מסכת בבא בתרא כתב דאקשינן נמי משמואל דר' גובריה. וכן מרב כהנא מקשינן משום דגברא רבה הוא כמו שמצינו במעשה דרבי יוחנן דהיה חריף טפי:
Et le Ramban, dans les novelles du traité Baba Batra, a écrit que nous objectons aussi d'après Shmuel, car son pouvoir est grand. Et ainsi d'après Rav Kahana nous objectons parce qu'il est un grand homme, comme nous trouvons dans l'affaire de Rabbi Yo'hanan, qu'il était plus aigu.
כשמביא אמור' על דברי הברייתא או המשנה הוא מפני שנוכל לעשות פירוש אחד באותה בריית' לכן הביא דברי האמור' לבררה והדר פריך מינה כ"כ התוספות בפר' זה בודד ופעמים מביא אמורא על הברייתא ואין צורך אלא לרווחא דמילתא וכן מביא אמורא כאשר נודע שהבריית' לא מתניא ביה רבי חייא כן פירשו התוספות בריש שבת גבי נזרקה ספי חבורה אשר הקשו שם דהוי כמו יודא ועוד לקרא וכתבו התוספות דהיא חבורה של תנאים ולדעת ר"י הביא נזרקה מפי חבורה על הברייתא משום דלא מתניא ביה רבי חייא:
Lorsqu'on apporte un amora sur les paroles de la baraita (enseignement tannaitique hors Michna) ou de la Michna, c'est parce que nous pourrions faire une autre explication dans cette baraita ; c'est pourquoi il a apporté les paroles de l'amora pour la clarifier, et ensuite il objecte d'après elle. Ainsi ont écrit les Tossefot au chapitre Zeh Borer.
Et parfois l'on apporte un amora sur la baraita et il n'y a pas besoin, seulement pour l'aise du propos ; et ainsi l'on apporte un amora lorsqu'il est connu que Rabbi Hiyya n'a pas enseigné cette baraita. Ainsi ont expliqué les Tossefot au début de Chabbat, au sujet de ce qui a été jeté de la bouche du groupe, où ils ont objecté là que c'était comme un surplus et encore un verset ; et les Tossefot ont écrit que c'est un groupe de tannaim ; et selon l'avis du Ri (Rabbenu Yitshak) il a apporté ce qui a été jeté de la bouche du groupe sur la baraita parce que Rabbi Hiyya ne l'a pas enseignée.
האמורא דרכו לפרש ולא לסתום כמ"ש רשב"ם בפרק ערבי פסחים (קא, ב). והרשב"א בפרק אלו טריפות ז"ל ה"ל להאמורא לפרש בהדי' שאין דרך האמורא לסתום אלא לפרש וכ"כ הגאון בתשובה זה לשונו אין מדרך האמור' שישמיענו חדוש מתוך דיוק שהוא איין דרכו לסתום אלא לפרש יותר מן המשנה וברייתא.
וזהו הטעם הוא דאיתא בתשובת הגאון וכן הוא במהר"י קולי"ן שאלה י' דמ"ש אין למדין מן הכללית אפילו במקום שנאמר חוץ זהו דוקא מדברי תנאים מפני שהיו שונים דרך קצרה ולא יכלו לבאר כל הצורך אבל בדברי האמוראים אין אומרים כן דדרך אמוראים לפרש:
L'amora, sa voie est d'expliquer et non de sceller, comme l'a écrit le Rashbam au chapitre Arvei Pesahim (101b). Et le Rashba (Rabbi Chelomo ben Aderet), au chapitre Elu Tereifot, de mémoire bénie : l'amora aurait dû expliquer de façon explicite, car la voie de l'amora n'est pas de sceller mais d'expliquer.
Et ainsi a écrit le Gaon dans une réponse, voici son langage : ce n'est pas la voie de l'amora de nous faire entendre une nouveauté d'après une implication, car sa voie n'est pas de sceller mais d'expliquer plus que la Michna et la baraita. Et c'est la raison de ce qui se trouve dans la réponse du Gaon, et ainsi c'est dans Mahar"i Kolin (notre maître Rabbi Yossef Kolon), question 10 : ce que l'on a dit, on n'apprend pas des généralités même là où l'on a dit hors, cela n'est que des paroles des tannaim, parce qu'ils enseignaient de façon brève et ne pouvaient pas expliciter tout le besoin ; mais dans les paroles des amoraim on ne dit pas ainsi, car la voie des amoraim est d'expliquer.
פעמים שהאמורא ישמיענו מה שהוא מפורש בברייתא וטעם לזה ראינו ממ"ש רשב"ם בפרק ערבי פסחים (קא, ב) מפני שלפעמים אין הכל בקיאין בברייתא וגם האמורא עצמו זימנין דלא ידע ליה:
Parfois l'amora nous fait entendre ce qui est explicite dans la baraita ; et une raison pour ceci, nous l'avons vue d'après ce qu'a écrit le Rashbam au chapitre Arvei Pesahim (101b) : parce que parfois tous ne sont pas experts dans la baraita, et aussi l'amora lui-même parfois ne la connaît pas.
כשיביאו אמוראים סתם וסבל עניינם פירוש אשר ממנו יראה שחולקין ופירוש שאינם חולקין יש לנו לפרש הפירוש שאינם חולקין ואפילו שהוא פירוש רחוק מאוד כ"כ והר"ן בשמת בבא מציעא:
Lorsque l'on apporte des amoraim de façon anonyme et que leur sujet admet une explication d'après laquelle il apparaît qu'ils divergent et une explication qu'ils ne divergent pas, nous devons expliquer selon l'explication qu'ils ne divergent pas, même si c'est une explication très lointaine. Ainsi aussi le Ran (Rabbenu Nissim) dans Baba Metsia.
אין להאמוראים להביא במחלוקתם אלא החלוקה שבה חולקים אבל לא המוסכמת וכן מצינו בפרק בנות כותים דתניא אין לידה סותרת בזיבה ואבעיא לן מהו שתעלה אביי אמר אינה סותרת ואינה עולה רבא אמר אינה סותרת ועולה והקשו התוספות כי מה להם לאביי ורבא להזכיר סתירה לא היה להזכיר אלא עליה לבד דפליגי בה ע"כ:
Les amoraim n'ont à apporter dans leur controverse que la division en laquelle ils divergent, mais non celle qui est convenue. Et ainsi nous trouvons au chapitre Benot Kutim : il est enseigné, un accouchement ne rompt pas dans le zivah (flux) ; et l'on a demandé : qu'en est-il qu'il compte ?
Abaye a dit : il ne rompt pas et ne compte pas ; Rava a dit : il ne rompt pas et il compte. Et les Tossefot ont objecté : pourquoi Abaye et Rava ont-ils à mentionner la rupture ?
Ils n'avaient à mentionner que le comptage seulement, en lequel ils divergent. Jusqu-ici.