שני לוחות הברית

Chnei Louhot HaBrit (Shlah) — Toldot Adam, Introduction (1/4)

Rabbi Yeshayahou Horowitz
En bref

« Car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière, et le chemin de la vie, ce sont les reproches qui instruisent » (Proverbes 6,24). Pour le Chla, la mitsva, action, est une lampe, la Torah, étude, une lumière, car l'étude conduit à l'action ; dans la lampe même, mèche et lumière ont besoin l'une de l'autre. L'étude cause l'action mais n'a de prise que par elle. La crainte de la faute précède la couronne de la Torah, puis l'action ; le révélé des 613 mitsvot devient échelle vers le caché. Accompli, l'homme perfectionne autrui : le reproche vise le passé, l'instruction le chemin à venir.

Aussi : la destruction de Jérusalem pour n'avoir pas repris ; le devoir de reprendre jusqu'aux coups, selon Rav et le Rambam ; se taire face au moqueur ou à l'interdit ignoré.

לשם יחוד קודשא בריך הוא ושכינתיה ע"י ההוא טמיר ונעלם ברוך ה' לעולם

En vue de l'union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina (Présence divine), par Celui qui est caché et dissimulé. Béni soit ה' à jamais.

כי נר מצוה ותורה אור ודרך חיים תוכחת מוסר (משלי ו, כד) :

Car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière, et le chemin de la vie, ce sont les reproches qui instruisent (Proverbes 6,24) :

פשט הפסוק, המצוה כנר להאיר לפניך, כמו שכתוב (תהלים יט, יא) מצות יי ברה מאירת עינים, והתורה כאור ללומדיה, והכסיל בחשך הולך (קהלת ב, יד). והנה לנר ואור יש ב' פירושים.

א' נר יחידי נקרא נר, ואור הוא מדורה גדולה. ומסכים למה שנמנו וגמרו חכמים ז"ל (קידושין מ, ב) תלמוד גדול שמביא לידי מעשה.הגה"הענין תלמוד גדול או מעשה גדול, יתבאר בארוכה בעזה"י לקמן במסכת שבועות פרק קמא ע"כ:

המצוה שהוא מעשה קוריהו נר, ולתורה שהוא תלמוד קורא אור. פירוש שני, בנר עצמו שייך נר אור.

כי הנר הוא המקבל האור דהיינו קנדלי"א, או פתילה בשמן שבכלי, והאור אחוז בו והם דבקים זה בזה וצריכים זה לזה, כי לאור הנר אין אחיזה רק בנר, כי מציאת האור זולת דבר שיאחז בו הוא חוזר למקורו ליסודו. גם הנר אין לו הארה כי אם מצד האור האחוז בו:

Le sens simple du verset : la mitsva est comme une lampe pour éclairer devant toi, ainsi qu'il est écrit (Psaumes 19,11) le commandement de ה' est limpide, il illumine les yeux ; et la Torah est comme une lumière pour ceux qui l'étudient, tandis que le sot marche dans les ténèbres (Ecclésiaste 2,14). Or, pour la lampe et la lumière, il y a deux explications.

La première : une lampe isolée s'appelle lampe, tandis que la lumière est un grand foyer. Cela s'accorde avec ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont décidé au terme de leur délibération (Kidouchin 40b) : l'étude est plus grande, car elle conduit à l'action.

Glose : la question de savoir si l'étude est plus grande ou l'action est plus grande sera expliquée longuement, avec l'aide de ה', plus loin dans le traité Chevouot, premier chapitre. Fin de la glose.

La mitsva, qui est action, il l'appelle lampe ; et la Torah, qui est étude, il l'appelle lumière. Deuxième explication : dans la lampe elle-même s'appliquent les deux termes, lampe et lumière.

Car la lampe est ce qui reçoit la lumière, c'est-à-dire la chandelle, ou bien la mèche dans l'huile d'un récipient, et la lumière s'y accroche ; elles sont attachées l'une à l'autre et ont besoin l'une de l'autre. Car la lumière de la lampe n'a de prise que dans la lampe : l'existence de la lumière, sans une chose à laquelle s'accrocher, retourne à sa source, à son principe.

De même la lampe n'a d'éclat que du fait de la lumière qui s'accroche à elle :

כך המצוה התלמוד סיבת המעשה, כהא דתנן (אבות ב, ה) הלל אומר אין בור ירא חטא. אמנם אין להתלמוד אחיזה בלי מעשה, כהא דתנן (אבות ג, ט) ר' חנינא בן דוסא אומר כל שיראת חטאו קודמת לחכמתו, חכמתו מתקיימת כו'.

ולכאורה אלו שני דברים סותרים זה את זה. אבל כי מעיינת שפיר ראה תראה שניהם אמת, לא יכול אדם לבא לכתר תורה אם לא יהיה לו הכנה ביראת חטא, שנפשו חשקה בדביקות הש"י, ולב טהור לו חושק ומתאוה להדביקות, דאם לא כן עליו נאמר (תהלים נ, יז) ולרשע אמר א-להים מה לך לספר חקי, על כן צריך להתלבש להיות יראת יי נגד פניו.

אמנם עדיין נעלמו ממנו פרטי היראת חטא והמצוות והחקים והמשפטים כללותיהן ופרטותיהן עד שיזכה לכתר תורה, ואז בא מתלמוד למעשה בכל מכל כל:

Ainsi en va-t-il de la mitsva : l'étude est la cause de l'action, comme nous l'avons appris (Avot 2,5) : Hillel dit, un ignorant ne craint pas la faute. Cependant l'étude n'a pas de prise sans l'action, comme nous l'avons appris (Avot 3,9) : Rabbi Hanina ben Dossa dit, celui dont la crainte de la faute précède la sagesse, sa sagesse se maintient, etc.

À première vue, ces deux propos se contredisent l'un l'autre. Mais si tu examines bien, tu verras que tous deux sont vrais : nul ne peut parvenir à la couronne de la Torah s'il n'a pas de préparation dans la crainte de la faute, en sorte que son âme aspire à l'attachement au Nom, béni soit-Il, et qu'un cœur pur en lui désire et convoite cet attachement.

Sans quoi il est dit de lui (Psaumes 50,17) : et au mécréant D-ieu a dit, qu'as-tu à énumérer Mes lois. C'est pourquoi il doit se revêtir de la crainte de ה' et l'avoir devant sa face.

Toutefois, les détails de la crainte de la faute, des mitsvot, des décrets et des lois, leurs règles générales et leurs détails, lui demeurent encore cachés jusqu'à ce qu'il mérite la couronne de la Torah ; alors il passe de l'étude à l'action, en tout, de tout, tout :

עוד יש לתרץ בענין אחר והוא יותר פנימי. התורה היא מעשה ועיוני, נגלה ונסתר.

הנגלה מהתורה הוא קיום מצוותיה שהן רמ"ח מצוות עשה, ושמירת אזהרותיה שהן שס"ה לאוין. ולאלה ולאלה יש טעמים נסתרים סודות אלהיות כולן דבוקות בשמו הגדול אשר על היודעם נאמר (תהלים צא, טו) אשגבהו כי ידע שמי, ונתקיים בם (דברים ד, ד) ואתם הדבקים ביי א-להיכם.

והנה סדר המדרגות כך הם. לא בור ירא חטא וכו', רק צריך ללמוד תחלה תרי"ג מצוות, והתלמוד יביאנו לידי מעשה ויהיה ירא חטא.

אחר כך כשיבא למעלה זו, אזי שכל המעשה הוא סולם לעלות לעיוני שהוא חלק הנסתר ויזכה לחזות בנועם יי, וזו היא החכמה האמיתיית ידיעת סודות המצוות שהם סודות אלהיות, ולזו החכמה צריך שתקדים יראת חטא כמו שכתוב (איוב כח, כח) הן יראת יי היא חכמה, ואז חכמתו מתקיימת, יתגלו לו רזי תורה להיות חכם מבין מדעתו. וזהו ענין שראינו ושמענו מהרבה חסידים קודם עסקם בסודות אלהיות היו מפשפשים במעשים ומתודים על חטאם ומתלבשים ביראת השם:

On peut encore répondre d'une autre manière, plus intérieure. La Torah est pratique et spéculative, révélée et cachée.

Le révélé de la Torah, c'est l'accomplissement de ses mitsvot, qui sont les 248 commandements positifs, et l'observance de ses mises en garde, qui sont les 365 interdits. Les uns et les autres ont des raisons cachées, des secrets divins, tous attachés à Son grand Nom ; de celui qui les connaît il est dit (Psaumes 91,15) : je l'élèverai, car il connaît Mon Nom, et se réalise en eux (Deutéronome 4,4) : et vous qui êtes attachés à ה' votre D-ieu.

Or l'ordre des degrés est le suivant : un ignorant ne craint pas la faute, etc. ; il doit donc d'abord étudier les 613 mitsvot, et l'étude le conduira à l'action, et il craindra la faute. Ensuite, lorsqu'il parvient à ce degré, toute l'action devient une échelle pour monter vers le spéculatif, qui est la part cachée, et il méritera de contempler la douceur de ה'.

C'est là la sagesse véritable : la connaissance des secrets des mitsvot, qui sont des secrets divins. Et cette sagesse doit être précédée de la crainte de la faute, ainsi qu'il est écrit (Job 28,28) : voici, la crainte de ה' est sagesse.

Alors sa sagesse se maintient, les mystères de la Torah lui sont révélés, et il devient un sage qui comprend par lui-même. Et c'est là ce que nous avons vu et entendu de nombreux hommes pieux : avant de s'occuper des secrets divins, ils scrutaient leurs actes, confessaient leurs fautes et se revêtaient de la crainte du Nom :

אמר אחר כך, ודרך חיים תוכחת מוסר. מתחילה דיבר משלמות עצמו יהיה שלם בנר מצוה ותורה אור, אח"כ ישלים את זולתו גם כן, וזהו דרך לחיים הנצחיים להיות זוכה ומזכה, ללמוד וללמד לשמור ולעשות כו', ותמיד לא ימנע מלהוכיח אחרים וילמדם חכמה ומוסר להבין אמרי בינה, ועל כן אמר לשון ודרך כמו שאמר יתרו למשה רבינו ע"ה (שמות יח, כ) והזהרת אתהם את החקים ואת התורות והודעת להם את הדרך ילכו בה ואת המעשה אשר יעשון:

Il dit ensuite : et le chemin de la vie, ce sont les reproches qui instruisent. Il a d'abord parlé de la perfection de l'homme lui-même, qu'il soit accompli par la lampe de la mitsva et la lumière de la Torah ; ensuite il perfectionnera également autrui.

Tel est le chemin vers la vie éternelle : acquérir du mérite et en faire acquérir à autrui, apprendre et enseigner, garder et accomplir, etc. Et il ne s'abstiendra jamais de reprendre les autres, il leur enseignera sagesse et morale, pour comprendre les paroles d'intelligence.

C'est pourquoi il a employé le mot chemin, comme Yitro l'a dit à Moche notre maître, la paix soit sur lui (Exode 18,20) : tu les avertiras des décrets et des enseignements, et tu leur feras connaître le chemin où ils doivent aller et l'action qu'ils doivent accomplir :

ואמר תוכחת מוסר שהוא כפל לשון, תוכחה רצה לומר על העבר, הוכח יוכיח אם סרו מן הדרך הטוב והישר. ומוסר הוא יורה דרך שילכו להבא, כמו שכתוב (משלי ח, לד) שמעו מוסר וחכמו ואל תפרעו:

Il dit reproche et instruction, ce qui est un redoublement d'expression : le reproche vise le passé, on reprend celui qui s'est écarté du chemin bon et droit ; l'instruction, elle, montre le chemin où aller à l'avenir, ainsi qu'il est écrit (Proverbes 8,34) : écoutez l'instruction et devenez sages, ne la négligez pas :

הוכחה היא מצות עשה כמו שכתוב (ויקרא יט, יז) הוכח תוכיח את עמיתך, והיא מצוה רבה במאוד. ובמסכת שבת פרק כל כתבי (קיט, ב) אמר רב עמרם בריה דר' שמעון בר אבא אמר רבי שמעון בר אבא אמר ר' חנינא, לא חרבה ירושלים אלא בשביל שלא הוכיחו זה את זה, שנאמר (איכה א, ו) היו שריה כאילים לא מצאו מרעה.

מה איל זה ראשו של זה בצד זנבו של זה, אף ישראל שבאותו הדור כבשו פניהם בקרקע. ובפרק במה בהמה (שבת נד, ב) כל מי שאפשר למחות לאנשי ביתו ולא מיחה, נתפס על אנשי ביתו.

באנשי עירו, נתפס על אנשי עירו. בכל העולם, נתפס על כל העולם.

עוד שם (נה, א) אמר רב אחא בר חנינא, מעולם לא יצתה מדה טובה מפי הקב"ה וחזר בה לרעה חוץ מדבר זה דכתיב (יחזקאל ט, ד) ויאמר ה' אלי עבור בתוך העיר בתוך ירושלים והתוית תיו על מצחות האנשים הנאנחים והנאנקים על התועבות הנעשות וגו'. אמר ליה הקב"ה לגבריאל לך ורשום על מצחן של צדיקים תי"ו של דיו שלא ישלטו בהן מלאכי חבלה.

ועל מצחן של רשעים תי"ו של דם כדי שישלטו בהן מלאכי חבלה. אמרה מדת הדין לפני הקב"ה, רבש"ע מה נשתנו אלו מאלו.

אמר ליה הללו צדיקים גמורים, הללו רשעים גמורים. אמר ליה רבש"ע היה בידם למחות ולא מיחו.

אמר ליה גלוי וידוע לפני שאם ימחו בהן לא יקבלו מהם. אמר ליה רבש"ע, אם לפניך גלוי, להם מי גלוי.

והיינו דכתיב (שם ו) זקן בחור ובתולה טף ונשים תהרגו למשחית על כל אשר עליו התי"ו אל תגשו וממקדשי תחלו. (ופירש"י (ד"ה היינו דכתיב) מתחלה אמר אל תגעו ולבסוף אמר וממקדשי תחלו) וכתיב ויחלו באנשים זקנים אשר לפני הבית תני רב יוסף א"ת מקדשי אלא מקודשי אלו בני אדם שקיימו את התורה כולה מאל"ף עד תי"ו ומיד כו':

Reprendre autrui est un commandement positif, ainsi qu'il est écrit (Lévitique 19,17) : tu reprendras ton prochain ; et c'est une mitsva d'une très grande importance. Dans le traité Chabbat, chapitre Kol kitve (119b) : Rav Amram, fils de Rabbi Chimon bar Abba, a dit au nom de Rabbi Chimon bar Abba, au nom de Rabbi Hanina : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'ils ne se reprenaient pas les uns les autres, ainsi qu'il est dit (Lamentations 1,6) : ses princes sont devenus comme des cerfs qui ne trouvent pas de pâturage.

De même que, chez les cerfs, la tête de l'un est à côté de la queue de l'autre, ainsi Israël, en cette génération, baissait le visage vers le sol. Et au chapitre Bameh behema (Chabbat 54b) : quiconque peut protester auprès des gens de sa maison et ne proteste pas est tenu pour responsable des gens de sa maison ; auprès des gens de sa ville, il est tenu pour responsable des gens de sa ville ; auprès du monde entier, il est tenu pour responsable du monde entier.

Encore là (55a) : Rav Aha bar Hanina a dit, jamais une parole favorable n'est sortie de la bouche du Saint béni soit-Il pour qu'Il la retire ensuite en mal, sauf en ce cas, car il est écrit (Ezechiel 9,4) : et ה' me dit, passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et marque d'un tav le front des hommes qui gémissent et se lamentent sur les abominations qui s'y commettent, etc. Le Saint béni soit-Il dit à Gabriel : va et trace sur le front des justes un tav d'encre, afin que les anges destructeurs n'aient pas prise sur eux ; et sur le front des mécréants un tav de sang, afin que les anges destructeurs aient prise sur eux.

L'attribut de rigueur dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, en quoi ceux-ci sont-ils différents de ceux-là ? Il lui répondit : ceux-ci sont de parfaits justes, ceux-là de parfaits mécréants.

Il lui dit : Maître du monde, il était en leur pouvoir de protester et ils n'ont pas protesté. Il lui répondit : il est manifeste et connu devant Moi que, s'ils avaient protesté auprès d'eux, on ne les aurait pas écoutes.

Il lui dit : Maître du monde, si cela T'est manifeste, leur était-ce manifeste à eux ? Et c'est ce qui est écrit (ibid.

6) : vieillard, jeune homme, jeune fille, enfants et femmes, tuez jusqu'à extermination ; mais quiconque porte le tav, ne l'approchez pas, et commencez par Mon sanctuaire. (Et Rachi explique, s.v. et c'est ce qui est écrit : au début Il a dit ne les touchez pas, et à la fin Il a dit commencez par Mon sanctuaire.) Et il est écrit : ils commencèrent par les hommes âgés qui étaient devant la Maison.

Rav Yossef enseigne : ne lis pas Mon sanctuaire (mikdachi) mais Mes sanctifiés (mekoudachai) - ce sont les hommes qui ont accompli toute la Torah, de alef jusqu'à tav. Et aussitôt, etc. :

ובהגהת מיימוני פרק ששי מהלכות דעות זה לשונו, אמנם אם ודאי לו שלא יקבלו אז נראה דפטור, שאמרה מדת הדין לפני הקב"ה אם לפניך גלוי, לפניהם מי גלוי, משמע שאם היה גלוי להם לא היו נענשים. וכן משמע בתוספות בפרק חזקת הבתים (שבת שם), וכן כתב בספר המצוות, דכתב וטוב לו לשתוק דהנח להו לישראל מוטב שיהיו שוגגים כו'.

ורא"מ כתב, דמעונש פטור, אבל מעשה דהוכח תוכיח לא אפטור. אבל הר"ב מקוצי כתב, בההיא דהבא על יבמתו (יבמות סה, ב) כשם שיש לומר דבר הנשמע, כך מצוה שלא לומר דבר שלא נשמע, שנאמר (משלי ט, ח) אל תוכח לץ פן ישנאך עכ"ל הגהת מיימוני:

Dans les Hagahot Maïmouniyot (gloses sur le code du Rambam), chapitre six des Lois des dispositions morales, voici ses termes : cependant, s'il est certain pour lui qu'ils n'accepteront pas, il semble qu'il en soit dispensé, car l'attribut de rigueur a dit devant le Saint béni soit-Il, si cela T'est manifeste, leur était-ce manifeste à eux ? Cela implique que si cela leur avait été manifeste, ils n'auraient pas été punis.

C'est aussi ce qui ressort des Tossefot au chapitre Hezkat habatim (Chabbat, ibid.), et ainsi a écrit le Sefer hamitsvot, qui dit qu'il vaut mieux pour lui se taire, car laisse Israël faire : mieux vaut qu'ils fautent par inadvertance, etc. Et Rabbi Eliahou Mizrahi a écrit qu'il est dispensé de la punition, mais qu'il n'est pas dispensé de l'acte positif de tu reprendras ton prochain.

Mais le Rav de Coucy a écrit, d'après le passage du chapitre Haba al yevimto (Yevamot 65b) : de même qu'il faut dire une parole qui sera écoutée, de même c'est une mitsva de ne pas dire une parole qui ne sera pas écoutée, ainsi qu'il est dit (Proverbes 9,8) : ne reprends pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse. Jusqu-ici les termes des Hagahot Maïmouniyot :

ולי נראה להביא ראיה לדברי רא"מ, דמהוכח תוכיח אינו פטור. מהא דאיתא פרק יש בערכין (טז, ב), עד היכן תוכחה.

רב אמר עד הכאה. ושמואל אמר עד קללה.

ורבי יוחנן אמר עד נזיפה. הרי ס"ל אף שכבר בא לנזיפה וגם לקללה ואז יודע בודאי שלא יקבל, עם כל זה אינו פטור מעשה דהוכח תוכיח עד הכאה:

Et il me semble, quant à moi, que l'on peut apporter une preuve aux paroles de Rabbi Eliahou Mizrahi, selon lesquelles il n'est pas dispensé de tu reprendras ton prochain, de ce qui est enseigné au chapitre Yech be-arakhin (Arakhin 16b) : jusqu'où va le devoir de reprendre ? Rav dit : jusqu'aux coups.

Chmouel dit : jusqu'à la malédiction. Et Rabbi Yo'hanan dit : jusqu'à la réprimande.

Ils tiennent donc que même lorsqu'on en est déjà venu à la réprimande et même à la malédiction, et que l'on sait alors avec certitude qu'il n'acceptera pas, on n'est malgré tout pas dispensé de l'acte positif de tu reprendras ton prochain, jusqu'aux coups :

והמיימוני פ"ו מהלכות דעות פסק כרב. אף דהסמ"ג תמה עליו ופסק כרבי יוחנן, דרב ורבי יוחנן הלכה כרבי יוחנן (ביצה ד, א), וכל שכן לגבי שמואל באיסורי, מכל מקום כתבה הגהות מיימוני וזה לשונו, בתנחומא פרשת כי תשא משמע כדברי רבינו המחבר, דאמר אמרה מדת הדין רבש"ע מה נשתנו אלו מאלו כו', עד אף על פי כן היו להם להתבזות על קידוש שמך ולקבל על עצמן הכאות מישראל כשם שהיו הנביאים סובלים, שהרי ירמיה וישעיה כמה צרות סבלו מישראל כדכתיב (ישעיה נ, ו) גוי נתתי למכים.

מיד חזר הקב"ה ואמר למלאכי חבלה זקן ובחור טף ונשים, עד כאן לשון המדרש, עד כאן לשון המיימוני:

Le Rambam, chapitre 6 des Lois des dispositions morales, a tranché comme Rav. Bien que le Semag (Sefer mitsvot gadol) s'en soit étonné et ait tranché comme Rabbi Yo'hanan - car entre Rav et Rabbi Yo'hanan la halakha suit Rabbi Yo'hanan (Betsa 4a), et à plus forte raison face à Chmouel en matière d'interdits - les Hagahot Maïmouniyot ont néanmoins écrit ceci : dans le Tan'houma, paracha Ki tissa, il ressort comme les paroles de notre maître l'auteur, car il y est dit : l'attribut de rigueur dit, Maître du monde, en quoi ceux-ci sont-ils différents de ceux-là, etc., jusqu'à : malgré tout, ils auraient dû accepter d'être humiliés pour la sanctification de Ton Nom et de recevoir des coups d'Israël, comme les prophètes le supportaient ; car Yirmiya et Yechaya ont supporté bien des malheurs de la part d'Israël, ainsi qu'il est écrit (Isaie 50,6) : j'ai livré mon dos à ceux qui frappent.

Aussitôt le Saint béni soit-Il revint sur Sa parole et dit aux anges destructeurs : vieillard, jeune homme, enfants et femmes. Jusqu-ici les termes du Midrach ; jusqu-ici les termes des Hagahot Maïmouniyot :

ואף לדברי הסמ"ג דפסק כר' יוחנן עד נזיפה ולא יותר, מכל מקום מוכח מרב ושמואל דאפי' יודע שלא יקבל מחויב להוכיח, דהא שמואל דמיקל יותר מרב מכל מקום ס"ל אף לאחר נזיפה שיודע בודאי שלא יקבל מחויב להוכיח, ובסברא זו לא פליג רבי יוחנן ארב ושמואל. ונהי דס"ל דאין צריך המוכיח לסבול ביותר ולהוכיח אחר הנזיפה, מכל מקום בהא לא פליג דהיה מחויב להוכיח קודם נזיפה אף שהיה קים ליה בגויה שלא יקבל התוכחה, ואף נאמר דרבי יוחנן פליג עלייהו וזהו בעצמו טעמא דידיה שסובר עד נזיפה ולא יותר, משום דאז נתגלה לו שלא יקבל התוכחת מוסר א"כ לא היה ראוי לפסוק כרבי יוחנן שהוא יחידאה בסברא זו נגד רב ושמואל שס"ל מצות הוכחה אף לאחר נזיפה, שאז ידעינן בודאי שלא יקבל.

ומאחר שדברי רבי יוחנן בטלין נגד תרווייהו, על כן מן הראוי לפסוק כרב, כי רב ושמואל הלכתא כרב באיסורי (בכורות מט, ב), ואפשר שזהו הטעם של המיימוני שפסק כרב:

Et même selon les paroles du Semag, qui a tranché comme Rabbi Yo'hanan, jusqu'à la réprimande et pas au-delà, il ressort néanmoins de Rav et de Chmouel que, même lorsqu'on sait qu'il n'acceptera pas, on est tenu de reprendre. Car Chmouel, qui est plus indulgent que Rav, tient malgré tout que même après la réprimande, alors que l'on sait avec certitude qu'il n'acceptera pas, on est tenu de reprendre ; et sur ce raisonnement Rabbi Yo'hanan ne diverge pas de Rav et de Chmouel.

Même s'il tient que celui qui reprend n'a pas à endurer davantage ni à reprendre après la réprimande, il ne conteste pas pour autant qu'il était tenu de reprendre avant la réprimande, alors même qu'il tenait pour assuré que l'autre n'accepterait pas le reproche. Et même si l'on disait que Rabbi Yo'hanan diverge d'eux, et que telle est précisément sa raison de soutenir jusqu'à la réprimande et pas au-delà, parce qu'alors il lui est devenu manifeste que l'autre n'acceptera pas les reproches qui instruisent, il n'aurait alors pas convenu de trancher comme Rabbi Yo'hanan, qui reste isolé dans ce raisonnement face à Rav et Chmouel, lesquels tiennent que la mitsva de reprendre vaut même après la réprimande, alors que l'on sait avec certitude qu'il n'acceptera pas.

Et puisque les paroles de Rabbi Yo'hanan sont annulées face aux deux autres, il convient donc de trancher comme Rav, car entre Rav et Chmouel la halakha suit Rav en matière d'interdits (Bekhorot 49b) ; il est possible que ce soit là la raison du Rambam, qui a tranché comme Rav :

וההיא דפרק הבא על יבמתו (יבמות סה, ב) דא"ר אילעא משום רבי אליעזר בן שמוע כשם שמצוה לומר דבר הנשמע, כך מצוה על אדם שלא לומר דבר שלא נשמע. רבי אומר חובה שנאמר (משלי ט, ח) אל תוכח לץ פן ישנאך הוכח לחכם ויאהבך.הגה"הוזה לשון נמוקי יוסף סוף פרק הבא על יבמתו.

מצוה לומר דבר הנשמע למי שמקבל. מצוה, דכתיב (ויקרא יט, יז) הוכח תוכיח, אפילו מאה פעמים (ב"מ לא, א).

אבל למי שאינו מקבל, מצוה חובה שלא להוכיח. והקשו ז"ל מהא דאמרינן במסכת עירובין (ערכין טז, ב) שחייב להוכיח עד שיכנו או עד שיקללנו.

התם ביחיד, אבל לרבים לא. והא דאמרינן במסכת שבת (נה, א) לוכחינהו מר להנהו דבי ריש גלותא, ואמר לא מקבלי מינאי.

ואמרינן אפילו הכי לוכחינהו מר. התם הוא שלא הוכיחם כלל, אלא שלא היה מכיר בהם שלא ישמעו, ומשום דאולי ישמעו או משום שלא יהיה להם פתחון פה היה חייב להוכיח לפחות פעם אחת, עכ"ל.

אמנם דבריו דחוקים הם: אני אומר שזהו ענין בפני עצמו, ומיירי בדבר שהחוטאים אינם יודעים שזה אסור ומתלוצצים מהמוכיח ועל כל פנים יעברו, על כן מוטב שיהיו שוגגים ואל יהיו מזידים, והוא כדמיון הא דאיתא במסכת שבת פרק שואל (קמח, ב) ובמסכת ביצה פרק המביא (לו, ב) לענין תוספת יום כפורים דחזינן להו דאכלי ושתי עד חשיכה ולא אמרינן להו ולא מידי, משום טעמא מוטב שיהיו שוגגין ואל יהיו מזידין.

וזה לשון המיימוני פ"א דהלכות שביתת עשור (ה"ז), נשים שאוכלות ושותות עד חשיכה והן אינן יודעין שמצוה להוסיף מחול על הקודש אין ממחין בידן שלא יבואו לעשות בזדון, שהרי אי אפשר שיהיה שוטר בבית כל אחד ואחד להזהיר, והנח להן שיהיו שוגגים ואל יהיו מזידין, וכן הדומה לזה עכ"ל:

Quant au passage du chapitre Haba al yevimto (Yevamot 65b), où Rabbi Ilaa a dit au nom de Rabbi Eliezer ben Chamoua : de même que c'est une mitsva de dire une parole qui sera écoutée, de même c'est une mitsva pour l'homme de ne pas dire une parole qui ne sera pas écoutée ; Rabbi dit : c'est une obligation, ainsi qu'il est dit (Proverbes 9,8) ne reprends pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse, reprends le sage et il t'aimera. Glose : voici les termes du Nimoukei Yossef, fin du chapitre Haba al yevimto.

C'est une mitsva de dire une parole qui sera écoutée, à celui qui accepte. Une mitsva, car il est écrit (Lévitique 19,17) tu reprendras, même cent fois (Baba Metsia 31a).

Mais envers celui qui n'accepte pas, c'est une mitsva et une obligation de ne pas reprendre. Et ils ont objecté, de mémoire bénie, de ce que nous disons dans le traité Erouvin (Arakhin 16b), que l'on est tenu de reprendre jusqu'à ce qu'il vous frappe ou vous maudisse : là, il s'agit d'un particulier, mais non du public.

Et ce que nous disons dans le traité Chabbat (55a) : que le maître reprenne les gens de la maison de l'exilarque, et il répondit, ils n'accepteront pas de moi, et nous disons, malgré cela, que le maître les reprenne - là, il s'agit d'un cas où il ne les avait pas repris du tout, et où il ne savait pas d'eux qu'ils n'écouteraient pas ; parce qu'ils écouteraient peut-être, ou pour qu'ils n'aient pas de prétexte à alléguer, il était tenu de les reprendre au moins une fois. Jusqu-ici ses paroles.

Toutefois ses paroles sont forcées. Je dis, quant à moi, qu'il s'agit là d'un sujet à part, et qu'il est question d'une chose dont les fautifs ignorent qu'elle est interdite, qui se moquent de celui qui les reprend et qui, de toute façon, transgresseront ; dès lors, mieux vaut qu'ils fautent par inadvertance plutôt que délibérément.

Cela ressemble à ce qui est enseigné dans le traité Chabbat, chapitre Choel (148b), et dans le traité Betsa, chapitre Hamevi (36b), au sujet de l'ajout au jour de Kippour : nous les voyons manger et boire jusqu'à la tombée de la nuit et nous ne leur disons rien, pour la raison qu'il vaut mieux qu'ils fautent par inadvertance plutôt que délibérément. Et voici les termes du Rambam, chapitre 1 des Lois du repos du dixième jour (halakha 7) : des femmes qui mangent et boivent jusqu'à la tombée de la nuit et qui ignorent que c'est une mitsva d'ajouter du profane au sacré, on ne les en empêche pas, afin qu'elles n'en viennent pas à le faire délibérément ; car il est impossible qu'il y ait un garde dans la maison de chacun pour avertir.

Laisse-les donc fauter par inadvertance plutôt que délibérément, et de même pour ce qui y ressemble. Jusqu-ici ses paroles :

וזה לשון הרא"ש במסכת ביצה בריש פרק המביא, כתב בעל העיטור דוקא במידי דאתא במדרשא כגון תוספות עינוי יום כפורים, אבל במידי דכתב באורייתא בהדיא מחינן בהו וענשינן להו עד דפרשי, עכ"ל. והיינו טעמא, מאחר שלא מבורר איסורא בהדיא חיישינן הן לא יאמינו ולא ישגחו, ועל זה חובה שלא לומר דבר שלא נשמע, משום מוטב שיהיו שוגגין.

אבל דבר שנתפרסם אסורו ונודע ומבורר, אזי הוכח תוכיח אפי' מאה פעמים:

Et voici les termes du Roch, traité Betsa, au début du chapitre Hamevi : l'auteur du Itour a écrit que cela ne vaut que pour une chose dérivée d'une exégèse, comme l'ajout à l'affliction du jour de Kippour ; mais pour une chose écrite explicitement dans la Torah, on proteste contre eux et on les punit jusqu'à ce qu'ils s'en abstiennent. Jusqu-ici ses paroles.

Et telle en est la raison : puisque l'interdit n'est pas établi de manière explicite, nous craignons qu'ils ne croient pas et n'y prêtent pas attention ; à ce sujet, c'est une obligation de ne pas dire une parole qui ne sera pas écoutée, parce que mieux vaut qu'ils fautent par inadvertance. Mais pour une chose dont l'interdit est publiquement connu, notoire et établi, alors tu reprendras, même cent fois :

עוד יש לפרש דברי רבי אליעזר בן שמוע שלא לומר דבר שלא נשמע, היינו להוכיח לץ שמתלוצץ על דברי המוכיח וצוחק עליו, כי ישראל אף שהיו חוטאים ולא שומעים לקול נביאיהם זה לא היה בכלל התלוצצות רק נביאי שקר הטעום וסברו שדבריהם אמת. וכן המוכיח לחבירו והוא משיב לו על הוכחה לא עשיתי כך, או אומר עשיתי וכדין עשיתי אז מחויב להוכיח עד הכאה, ולמר כדאית ליה.

אמנם אם צוחק לדברי המוכיח ומתלוצץ עליו, אז חובה על המוכיח שלא יאמר:

On peut encore expliquer les paroles de Rabbi Eliezer ben Chamoua, de ne pas dire une parole qui ne sera pas écoutée, comme visant le fait de reprendre un moqueur, qui raille les propos de celui qui reprend et se rit de lui. Car Israël, même lorsqu'ils fautaient et n'écoutaient pas la voix de leurs prophètes, cela ne relevait pas de la moquerie : ce sont les faux prophètes qui les égaraient, et ils pensaient que leurs paroles étaient vraies.

De même, celui qui reprend son prochain et que celui-ci lui répond au reproche, je n'ai pas fait cela, ou bien dit, je l'ai fait et je l'ai fait selon la loi : alors il est tenu de reprendre jusqu'aux coups, et chacun selon son avis. Mais s'il se rit des paroles de celui qui reprend et se moque de lui, alors c'est une obligation pour celui qui reprend de ne rien dire :

עוד יש לפרש דברי רבי אליעזר בן שמוע, מדבר מי שרוצה להחמיר על עצמו ולהוכיח אחר השיעור שמחוייב להוכיח למר כדאית ליה ולמר כדאית ליה, על זה אמר שלא יעשה שוב, וטוב שלא יאמר דבר שלא נשמע משום אל תוכח לץ ודו"ק:

On peut encore expliquer les paroles de Rabbi Eliezer ben Chamoua comme parlant de celui qui veut se montrer rigoureux envers lui-même et reprendre au-delà de la mesure à laquelle il est tenu de reprendre, chacun selon son avis : à ce sujet il a dit qu'il ne doit plus le faire, et qu'il est bon de ne pas dire une parole qui ne sera pas écoutée, en raison de ne reprends pas le moqueur. Examine bien cela :

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