דעת תבונות

Daat Tevunot — Section 59

Ramhal - dialogue sur la finalité
En bref

Ce passage poursuit l'introduction déjà posée : l'Intellect l'explique plus avant, et l'on comprend : « Il est le lieu du monde, et le monde n'est pas Son lieu ». Pour le Ram'hal, rien n'est nécessaire à l'existence sinon Son existence ; tout le reste n'existe que par Sa volonté, suspendu à Sa parole. Sa volonté et Son décret sont le lieu de tous les êtres ; hors de cela, aucun lieu. Il est antérieur à tout, mais Sa création ne l'est pas : tant qu'Il n'a pas voulu ni décrété, aucun lieu pour les créatures ; Lui seul doit nécessairement exister, et dès qu'Il a décrété, Il a donné un lieu aux édifices qu'Il a bâtis ensuite.

Aussi : la joie et la gloire de D.ieu ne manquent pas quand les êtres n'existent pas encore ; les voies de la conduite (hanhaga) et les influx n'ont de raison d'être que par Sa volonté.

אמר השכל – אפרש לך יותר הקדמתי זאת, ותביני ענין עמוק; וכן תביני מאמרם ז"ל (ב"ר סח, ט), "הוא מקומו של עולם ואין העולם מקומו":

Dit l'Intellect - je vais t'expliquer plus avant cette introduction que j'ai posée, et tu comprendras une idée profonde ; ainsi comprendras-tu également la parole de nos maîtres, de mémoire bénie (Bereshit Rabba 68, 9) : "Il est le lieu du monde, et le monde n'est pas Son lieu" :

הנה, אין שום דבר מוכרח המציאות אלא מציאותו ית', וכל הנמצא זולת זה אין לו מציאות אלא בחפצו ית', ונמצא תלוי ועומד רק ברצונו ית'. ועל כן נקרא, שכל המציאות המצוי תלוי במאמרו ית', כענין מה שאמרו במים העליונים (ב"ר ד, ג; תענית י ע"א) וכענין זה אמרו ז"ל (חגיגה יב ע"ב), "הארץ על מה עומדת - על העמודים וכו', וסערה תלויה בזרועו של הקב"ה".

וכן אמרו עוד (ילק"ש ח"א, תתקסד), "בשר ודם למטה ממשואו, אבל הקב"ה למעלה ממשואו, שנאמר (דברים לג, כז), ומתחת זרועות עולם". המשילוהו בזה כאילו הוא תומך כל המציאות בכל פרטיו, והוא עומד עליהם מלמעלה:

Voici : rien n'est nécessaire à l'existence sinon Son existence, béni soit-Il, et tout ce qui existe hormis cela n'a d'existence que par Sa volonté, béni soit-Il ; il se trouve donc suspendu et maintenu par Son seul vouloir, béni soit-Il. C'est pourquoi l'on dit que toute la réalité existante est suspendue à Sa parole, béni soit-Il, à la manière de ce qu'ils ont dit au sujet des eaux supérieures (Bereshit Rabba 4, 3 ; Taanit 10a) ; et dans le même sens nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Haguiga 12b) : "Sur quoi la terre repose-t-elle ? - Sur les piliers, etc., et la tempête est suspendue au bras du Saint, béni soit-Il".

Ils ont dit encore (Yalkout Chimoni, première partie, 964) : "La chair et le sang sont au-dessous de leur fardeau, mais le Saint, béni soit-Il, est au-dessus de Son fardeau, ainsi qu'il est dit (Deutéronome 33, 27) : et au-dessous, les bras du monde". Ils ont usé ici d'une image, comme s'Il soutenait toute la réalité dans tous ses détails, se tenant au-dessus d'eux :

וכלל והענין הוא הדבר אשר דברתי, שכיון שאין המציאות המחודש ממנו ית' מוכרח אליו כלל, אם כן הרי הוא נתמך רק על מה שרצונו הפשוט רוצה בו. ותביני מאד שרק רצונו וגזירתו זאת הוא המקום לכל הנמצאים, וזולת זה לא היה מקום כלל.

ועל כן הוא ית"ש קדום ודאי, אך אין בריאתו קדומה, ולאפוקי מהמינים שאומרים, כיון שהוא קדום צריך שגם העולם יהיה קדמון. כי עד שלא רצה וגזר בזה, לא היה מקום לנבראים לימצא; אדרבה, לפי מציאותו ית' אין להם ענין, כי אינם כדבר המוטבע בחוק טבעו של האדם, אלא הוא לבדו ית' יש לו לימצא בהכרח ולא זולתו, וזה פשוט.

אלא ברצותו בהם, וגזר גזירה זאת שימצאו הנמצאים, אז יש להם מקום, ולא בלא זה. ונמצא, שכשגזר בזה - הרי נתן מקום לכל הבנינים שבנה אחר כך:

Et la règle générale, le fond de la chose, est ce dont j'ai parlé : puisque l'existence renouvelée à partir de Lui, béni soit-Il, ne Lui est nullement nécessaire, elle n'est donc soutenue que par ce que Sa volonté simple veut d'elle. Comprends bien que ce sont uniquement Sa volonté et Son décret qui constituent le lieu de tous les êtres, et que, hormis cela, il n'y aurait aucun lieu du tout.

Voilà pourquoi Lui, béni soit Son nom, est certes antérieur à tout, mais Sa création, elle, n'est pas antérieure - à l'exclusion de ce que disent les hérétiques, à savoir que, puisqu'Il est antérieur à tout, il faudrait que le monde aussi soit éternel. Car tant qu'Il n'a pas voulu ni décrété cela, il n'y avait pas de lieu pour que les créatures se trouvent ; bien au contraire, au regard de Son existence, béni soit-Il, elles n'ont aucune raison d'être, car elles ne sont pas comme une chose imprimée dans la loi de la nature de l'homme ; Lui seul, béni soit-Il, doit nécessairement exister, et rien d'autre que Lui, et cela est évident.

Mais dès lors qu'Il les a voulues et qu'Il a décrété ce décret que les êtres se trouvent, alors ils ont un lieu, et non autrement. Il se trouve donc que, lorsqu'Il a décrété cela, Il a donné un lieu à tous les édifices qu'Il a bâtis par la suite :

ועוד תביני, שאף על פי ועכשיו אנו יודעים שהקב"ה שמח על כל מעשיו, והם לכבוד אליו, כענין שנאמר (תהלים קד, לא), "יהי כבוד ה' לעולם ישמח ה' במעשיו", לא נחשוב מפני זה שבזמן שלא היו נמצאים אלה, אם כן היתה חסרה ממנו ית' שמחה או כבוד ח"ו. אלא כבר אמרנו, האדון ית"ש במציאותו הפשוט - אין מקום לנבראים עמו כלל, כי אינם שייכים בענינו.

אבל ברצותו בהם, אז מפני החפץ והרצון הזה נמצאים לו לשמחה, כביכול, ולכבוד. כי ודאי החפץ הזה הוא הנותן מציאות הנמצאים האלה, ונקרא שאינו מושלם, אם אין מציאותם נעשה.

והרי זה כמקום העומד ליבנות עליו בנינים, שהוא חלל עד שלא נמלא מן הבנינים ההם. ולא הנבראים לבד, אלא אפילו כל דרכי ההנהגה והחוקים, מיני ההשפעה שזכרנו, שהם לפי ערכנו ולא לפי ערכו, אין להם ענין כלל אלא ברצותו במציאות הנמצאים.

על כן רק על פי החפץ הזה חידשם כולם, ואינם מוכרחים בו; אבל גם הם בכלל הבנינים הממלאים את המקום הזה, כי אלו ואלו צריכים להשלמת החפץ הזה, וזה פשוט. והרי ביארנו מה שדי לנו בענין הזה:

Comprends encore ceci : bien que nous sachions maintenant que le Saint, béni soit-Il, se réjouit de toutes Ses œuvres, et que celles-ci sont à Sa gloire, selon ce qui est dit (Psaumes 104, 31) : "Que la gloire de ה' soit à jamais, que ה' se réjouisse en Ses œuvres", nous n'irons pas penser pour autant qu'au temps où ces êtres n'existaient pas, il manquait à Lui, béni soit-Il, une joie ou une gloire, à D.ieu ne plaise. Nous l'avons déjà dit : le Maître, béni soit Son nom, dans Son existence simple - il n'y a auprès de Lui aucun lieu pour les créatures, car elles ne relèvent en rien de Son être.

Mais dès lors qu'Il les a voulues, alors, en raison de ce désir et de cette volonté, elles existent pour Lui comme joie, pour ainsi dire, et comme gloire. Car assurément c'est ce désir qui donne l'existence à ces êtres, et l'on dit qu'il n'est pas accompli tant que leur existence n'est pas réalisée.

Il en va comme d'un terrain destiné à ce que l'on y bâtisse des édifices : il demeure un vide tant qu'il n'est pas rempli de ces édifices. Et non pas les créatures seules, mais même toutes les voies de la conduite (hanhaga, gouvernement divin du monde) et les lois, les sortes d'influx que nous avons mentionnés, qui sont selon notre mesure et non selon la Sienne, n'ont aucune raison d'être sinon par Sa volonté que les êtres existent.

C'est pourquoi c'est en vertu de ce seul désir qu'Il les a tous innovés, et ils ne Lui sont pas nécessaires ; mais eux aussi font partie des édifices qui remplissent ce lieu, car les uns et les autres sont requis pour l'accomplissement de ce désir, et cela est évident. Voilà, nous avons expliqué ce qui nous suffit en cette matière :

💬
✉ Signaler une erreur de traduction